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ECONOMIE

Redouane Samlali: “La majorité des cliniques privées sont transparentes”

L'opinion publique a une image négative des cliniques privées. Lors des Assises de la fiscalité, certaines pratiques de la profession ont été pointées du doigt. L'association des cliniques qui a décidé de porter plainte contre Zouhair Chorfi reconnaît que certains établissements recourent à des pratiques discutables ou condamnables mais assure que la majorité sont transparents. 

Redouane Samlali: “La majorité des cliniques privées sont transparentes”
Samir El Ouardighi
Le 15 mai 2019 à 20h48 | Modifié 11 avril 2021 à 2h42

Honoraires exorbitants, refus des paiements par chèque, sous-déclaration des revenus au fisc..., la liste des griefs de l'opinion publique contre les cliniques privées est longue.

Des pratiques remises sur la table pendant les assises de la fiscalité avec l’intervention très remarquée de Zouhair Chorfi, SG du ministère de l'Economie et des Finances, qui a provoqué la colère de cette profession représentée par l’Association nationale des cliniques privées et présidée par Redouane Samlali.

Une charte de bonne conduite pour lutter contre les mauvaises pratiques

S’estimant injustement attaquée, l’ANCP a, dès le lendemain, porté plainte contre Zouhair Chorfi accusé d’avoir tenu des propos diffamatoires à l’encontre des propriétaires de cliniques privées.

Hasard ou pas, un courrier daté du 6 mai adressé par l'ANCP à ses membres a pointé du doigt des pratiques de corruption des ambulanciers pour qu’ils transfèrent leurs patients à certaines cliniques plutôt qu'à d'autres.

Si certains ont vu dans cet avertissement une tentative de redorer le blason des cliniques privées auprès de l’opinion publique, le président de l’association nous affirme tout le contraire.

Sollicité par Médias24 pour clarifier la position de l'ANCP, Redouane Samlali déclare en effet que l’envoi du courrier "n’a absolument rien à voir avec les critiques qui ont eu lieu lors des assises de la fiscalité".

"Ce n’est qu’une coïncidence car nous sommes une corporation qui est propre et qui essaye de s’entourer de personnes intègres. Depuis très longtemps, nous réagissons contre certaines pratiques qui ne sont pas en phase avec la déontologie et la moralité du métier exercé par les cliniques.

"La preuve est que ce courrier a été rédigé avant les assises qui se sont tenues les 3 et 4 mai et qu’il a été envoyé le 6 du même mois. Nous condamnons totalement les pratiques de certains confrères qui veulent attirer les faveurs des ambulanciers et notre courrier a pour finalité de les avertir.

"A cet effet, une charte de bonne conduite des cliniques sera publiée très bientôt et sera validée par le ministère de la Santé. Les cliniques seront d’ailleurs tenues d’y adhérer sous peine d’être exclues de l’ANCP", promet Samlali.

"Des brebis galeuses mais minoritaires"

Concernant les accusations de refuser les chèques et de privilégier les paiements au noir, Samlali regrette des "propos diffamatoires laissant entendre que tout le secteur est pourri".

"Comme partout ailleurs, il y a des brebis galeuses mais aujourd’hui, la majorité des cliniques est bien structurée financièrement.

"Nul besoin d’être économiste pour comprendre qu’il est impossible de ne pas déclarer 90% de son chiffre d’affaires. Il y a certainement des anomalies dans le fonctionnement de certaines cliniques mais pas au point de dissimuler l’essentiel de ses revenus.

"Même si un propriétaire de clinique veut détourner une partie de son chiffre d’affaires, c’est impossible car sa marge de manœuvre est très étroite avec des charges d’exploitation énormes.

"A ce propos, le fisc s’est déjà intéressé à notre secteur et jamais au grand jamais, il n’est arrivé aux chiffres avancés par le secrétaire général, pas même à leur dixième", précise l'actionnaire de la clinique Le Littoral.

Pourquoi les cliniques privilégient les paiements en liquide

Interrogé sur les cas bien réels de patients obligés de payer leurs factures en espèces, Samlali affirme que l’association qu’il préside condamne formellement ce genre de pratiques.

« Dans ce cas de figure, le patient doit appeler un huissier pour constater cette anomalie mais quand il y a un accord entre le malade et le médecin, l’ANPC ne peut plus intervenir. Ces pratiques existent et au risque d’être brutal, si la population les accepte, elle se doit de les assumer. Ceci dit, la plupart des cliniques ne peuvent pas adopter ce type d’approche sans risquer de tomber en faillite.

« De plus, il faut arrêter de faire l’amalgame entre les paiements en liquide et au noir. Le noir est de l’argent encaissé qui ne sera pas déclaré aux impôts alors que le cash encaissé pourra être déclaré.

« Si certaines cliniques exigent d’être payées en liquide, c’est le plus souvent pour une question de confiance et/ou de risque de se retrouver avec un chèque sans provision.

« Le plus souvent, cela concerne les gens de passage qui ne sont pas connus ou qui viennent pour une urgence tard dans la nuit. Comme dans toute prestation commerciale, le vendeur de soins a le droit de douter de la solvabilité du chèque.

La défaillance du système public et de l’assurance maladie à l'origine de la colère des patients ?

"Le vrai problème est notre système de soins qui est malade car il n’est pas valorisé à sa juste valeur. Nous travaillons avec une tarification de soins, datant de 14 ans, qui est qualitativement et quantitativement insuffisante.

"A titre d’exemple, la réanimation est référencée à 1.500 dirhams alors que son prix de revient est de 4.000 dirhams. Le problème est que dès que le Marocain paye le prix réel, il nous traite de voleurs.

"Sur les réseaux sociaux, il y a des personnes qui mettent de l’huile sur le feu en créant de fausses polémiques et en nous livrant à la vindicte populaire mais nos cliniques sont pleines et nos patients nous font toujours confiance.

"Au lieu de nous attaquer, l'administration devrait augmenter les budgets pour la santé publique et l’assurance maladie. La source des problèmes vient de ces deux niveaux car la priorité devrait être d’améliorer la qualité des soins dans les hôpitaux publics et faire en sorte que les patients soient mieux remboursés.

"Tant que l’on aura un système d’assurance maladie défaillant, les malades devront se saigner pour payer leurs soins. De notre côté, nous allons continuer à offrir des soins de dernière génération mais il faudra bien qu’un jour, l’assurance maladie accepte enfin de les rembourser.

"Est-il normal qu’un examen comme le Petscan qui existe depuis 8 ans et qui est primordial pour les cancéreux ne soit toujours pas remboursé par les assurances ? Face à cette défaillance, ce sont les cliniques qui sont désignées comme des bouc-émissaires voire comme des voleurs", conclut Samlali qui ajoute que l’ANCP fera d’autres sorties à l’avenir pour dénoncer ce genre d’anomalie.

Voilà en tous les cas ce qu'affirme le président de l'association des cliniques privées. Débat à suivre. Chacun se fera son opinion.

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Samir El Ouardighi
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