Financement : Vers la structuration des réseaux des Business Angels
Le ministère de l'Economie et des Finances soutenu par le GIZ cherche à structurer les réseaux des Business Angels dans le cadre du développement de nouveaux modèles de financement "alternatifs, inclusifs et innovants" pour les TPME marocaines. Détails.
Les réseaux des Business Angels (BA) ont encore du mal à trouver leur rythme de croisière au Maroc. Par « Business Angel », on entend notamment toute personne physique qui investit ses propres ressources financières dans des startups, et qui met à leur disposition ses compétences, son expérience et son réseau relationnel en plus de leur accompagnement effectif.
Plusieurs tentatives ont émergé au cours de ces dix dernières années pour installer cette culture des Business Angels mais les résultats restent timides. Et même quand des hommes d’affaires marocains mettent la casquette de Business Angels, ils préfèrent rester dans l’ombre et communiquent rarement sur leurs actions.
Sous d’autres cieux, les réseaux de Business Angels sont une importante composante de l’écosystème de l’innovation. Ils sont un maillon fort primordial de la chaîne de valeur pour le développement des startups. Car l’intervention du BA couvre la phase la plus critique du cycle de développement des jeunes entreprises, celle de l’amorçage. Il fournit le premier tour des fonds après ceux de l’entrepreneur et le Love Money (amis et famille).
Cet important levier pour les startups peine à émerger au Maroc. C’est la raison pour laquelle le ministère de l’Economie et des Finances (MEF) et le Projet de la Coopération Technique Allemande (GIZ) se sont penchés sur la question dans le cadre du développement de nouveaux modèles de financement « alternatifs, inclusifs et innovants » pour les TPME marocaines.
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Ce qui freine les startups et les BA
Une étude pour établir un diagnostic sur l’écosystème Maroc dédié à l’innovation et plus spécifiquement sur le rôle des Business Angels a été réalisée auprès de 32 organisations du marché : Startups, Business Angels et Venture Capital, régulateurs et agences étatiques, avocats et enfin, incubateurs.
Selon cette étude que Médias24 a pu consulter, il existe plusieurs facteurs qui freinent le développement des startups au Maroc :
- Une chaîne de valeur de l’innovation qui présente de nombreuses aspérités et notamment sur le volume de deal flow (Flux d'opportunités d'investissement étudiées par le capital-investisseur, ndlr) qui demeure trop faible et pas assez qualifié.
- Un cadre légal et juridique qui constitue un frein au bon déroulement des transactions et qui ne valorise pas le rôle et l’exposition au risque assumé par les investisseurs.
- Une économie trop faiblement soutenue par l’Etat qui n’a pas encore déployé de dispositif suffisant pour l’instauration d’un climat des affaires favorable au développement d’une chaîne de valeur de l’innovation nationale intégrée.
- La faiblesse institutionnelle du marché. En effet, le match making entre porteurs de projets et investisseurs souffre d’un déficit de confiance irréconciliable, qui n’est pas comblé par des institutions ou des acteurs qui pourraient remplir ce rôle de tiers de confiance.
Face à ces constats, le ministère de l’Economie et des Finances soutenu par le GIZ a lancé un projet pilote d’appui institutionnel au développement de l’activité des Business Angels afin de contribuer à l’accélération du financement des TPME à fort potentiel et des startups innovantes.
Parmi les objectifs du projet :
- La structuration et le développement des réseaux des business Angels
- La contribution au développement de l’écosystème des business Angels
- La qualification du Deal Flows.
- Le renforcement et la diversification de l’offre de financement pour les startups innovantes.
- L’accélération du financement des startups innovantes à travers les réseaux de Business Angels.
Il devrait, par ailleurs, contribuer à appuyer le déploiement du projet Innov Invest géré par la CCG dont une composante cherche justement à réaliser des co-investissements avec des réseaux de BA.
Cet appui technique destiné aux réseaux Business Angels dont les actions ont démarré en décembre 2018 prévoit un ensemble de dispositifs:
- Dispositif juridique & Due Diligence : il s’agit d’accompagner les réseaux des BA par un cabinet juridique pour la mise en place d’une boite à outils juridique en fonction de leurs besoins (par ex. Charte déontologique, manuel de procédures, due diligence juridique, contrat d’investissement).
- Dispositif de formation & de coaching : ce dispositif vise le renforcement des capacités des réseaux de Business Angels établies afin de développer les compétences et l’expertise des investisseurs et de limiter leur exposition aux risques ;
- Dispositif de Deal Sourcing : il s’agit d’un processus de mobilisation et de qualification du Deal Flow à travers le lancement d’un appel à projets innovants auprès des structures d’accompagnement.
- Dispositif de matchmaking : il s’agit de l’organisation des événements de matchmaking entre les TPME à fort potentiel et les réseaux de BA au Maroc.
- Dispositif de visibilité : ce dispositif prévoit la mise en place d’une plateforme dédiée à la gestion des activités des réseaux BA marocains, une présence sur les médias sociaux avec l’appui d’un community manager, la diffusion de cas de réussites, événements, rapports d’activité et enfin la mobilisation des partenaires nationaux, régionaux et internationaux.
Les pistes de structuration des réseaux de BA
Au-delà de cet appui technique, le projet vise une vraie structuration des réseaux de Business Angels. Pour ce faire, l’étude menée par le ministère des Finances et GIZ propose une « une démarche progressive de structuration du secteur dont le principe fondamental est l’affiliation à des instances reconnues pour bénéficier des dispositifs d’incitation prévues par le régulateur.
Cette organisation se base sur ce qui a été appelé « Commission Startup Maroc », un comité mixte de suivi, de pilotage et de développement de l’innovation au Maroc, composé du ministère de l’Economie numérique, du ministère de l’Economie et des Finances, de la CCG et d’autres acteurs de l’écosystème startup au Maroc. Ce comité aura pour mission :
- Le pilotage : c’est l’organe de suivi et de pilotage du programme national de développement de la chaîne de valeur de l’innovation au Maroc.
- La régulation : Il définit les bonnes pratiques et les principes de soft régulation du secteur et notamment des pratiques en matière de financement de l’innovation et des dispositifs d’open innovation. Il est l’organe qui délivre le label « Maroc Tech ».
- Le développement : Il est en charge du développement de la marque « Maroc Tech » à l’étranger, en Afrique en Europe et dans la région MENA. Il constitue le point d’entrée principal pour les investisseurs ou les porteurs de projet étrangers souhaitant s’installer au Maroc.
Le deuxième pilier de l’organisation proposé est le « Moroccan Business Angels Network » (MOBAN). Il s’agit d’une sorte de fédération marocaine des Business Angels marocains disposant du statut d’association au sens de la loi marocaine, reconnue et régulée par le MEF et l’AMMC. Cette fédération a pour missions :
- La Certification : le MOBAN labelise les Business Angels Networks (BAN’s) marocains. Il certifie également les Business Angels afin qu’ils puissent bénéficier des dispositions fiscales prévues ou qui seront mis en place ultérieurement.
- La Formation et la sensibilisation : il publie, diffuse et assure des formations auprès des BAN’s ainsi que des Business Angels qui le souhaitent, sur la base des bonnes pratiques internationales et des règles en vigueur au Maroc. Sensibilisation sur la spécificité́ et les risques liés à l’activité de l’amorçage.
- Le Développement : elle assure la publicité au Maroc et à l’international des investisseurs privés marocains et dans une moindre mesure de l’écosystème startup marocain.
- Collecte des données & Information : mettre en place et garantir un dispositif de collecte et de traitement des données des membres de la fédération qui assure une totale confidentialité des informations.
- Représentativité de la profession : construire et animer une communauté́ représentative de la profession et être l’interlocuteur privilégié des autorités de tutelle pour contribuer à l’amélioration permanente du dispositif global de financement de l’innovation au Maroc.
Le troisième pilier ou niveau de la structuration du secteur est les réseaux de Business Angels. Il s’agit d’initiatives privées visant à réunir des BA en réseaux. Ces réseaux, doivent être labellisés par le MOBAN pour bénéficier de subventions et de crédit de fonctionnement. La labellisation n’est pas obligatoire. Les BA membres (personnes physiques) doivent être certifiés auprès du MOBAN pour bénéficier des dispositions fiscales spécifiques.
Parmi les rôles assignés aux réseaux de BA :
- Screening et assistance : les BAN’s ont pour principale mission de screener des projets à financer par leurs membres et de les assister dans la conclusion des deals.
- Formation : les BAN’s assurent des formations et du mentoring pour leurs membres.
- Services : les BAN’s proposent également des services complémentaires à leurs membres, gratuits ou payants.