Le phénomène Kabareh cheikhat
Les Marocains sont-ils conservateurs? Un mythe cassé par la troupe Kabareh Cheikhat dont le seul intitulé brise plus qu'un tabou en ravivant le génome des ancêtres, le patrimoine artistique de l'Aïta.
Ils sont des hommes, des jeunes, déguisés en femmes, en cheikhat chantant l'Aita en la jouant avec le bendir, l'oud, la darbouka et la kamanja (violon). Portant des caftans, maquillés (rouge à lèvre, fard à paupière et fard à joue), Kabareh Cheikhat vise à briser l'image de la Cheikha aux mœurs légères, et à remémorer l'histoire de femmes opiniâtres, rebelles, charismatiques et douées de joutes oratoires.
Le jeune collectif se met ainsi dans la peau de Kharboucha, Hajja Hamdaouia, Bouchaib El Bidaoui, Fatna Bent Lhoucine, et assument leurs rôles sur scène. Alors que l'Aïta (appel), était une forme de résistance à l'époque du protectorat français, puis a été niée par une jeunesse la dénigrant et la qualifiant d'archaïque, elle renaît de ses cendres pour devenir la forme de protestation contre les clichés.
Par ailleurs, le spectacle amusant d'hommes interprétant des femmes porte une cause plus sérieuse qu'en apparence, celle de libérer le corps de l'homme des clichés de rigidité et de dureté. Leur logique consiste à ainsi incarner le stéréotype pour le déconstruire.
La vidéo ci-dessus a été réalisée entièrement par Amine Belghazi pour Converge Production.