Engagement de haut niveau pour soutenir les très petites entreprises
Le soutien aux TPE était au cœur des débats du "Forum TPE", organisé ce mercredi 13 février par Attijariwafa bank sous le thème: "Quelles mesures concrètes pour renforcer et structurer le tissu des TPE au Maroc". La mise en œuvre des recommandations de ce forum sera portée par deux ministres, la CGEM et AWB. Les détails.
Les Très petites entreprises (TPE), quelque 3 millions d'entités, sont littéralement les parents pauvres de l’économie marocaine. Peu structurées, elles n’arrivent pas, en majorité, à décrocher des financements pour se développer, encore moins à accéder aux marchés. Et ce malgré les multiples dispositifs publics mis en place, notamment les mécanismes de garantie de la Caisse centrale de garantie (CCG) et d'accompagnement de Maroc PME.
Lors de ce "Forum TPE" organisé par Attijariwafa bank, les témoignages-vidéos de plusieurs dirigeants de TPE révélaient leur méconnaissance quasi-totale des mécanismes de soutien en leur faveur. Pour les rares d’entre eux à avoir tenté de décrocher un financement, ils fustigent des conditions d'accès au crédit prohibitives compte tenu de leur "taille".
Un constat partagé par plusieurs intervenants à ce forum, à leur tête, le ministre de l’Economie Mohamed Benchaâboun qui impute les difficultés d'accès au financement des TPE essentiellement à leur défaut de structuration et au faible niveau de garanties qu'elles présentent. Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie et du Commerce, relève avec pragmatisme qu’avec "un bilan nul et zéro taxes payées, c’est vrai qu’il est difficile de décrocher un crédit". MHE recommande notamment aux TPE de «payer leurs taxes afin d’assainir leur bilan et renforcer leur dossier de crédit».
Toutefois, les deux ministres ont fait quelques annonces encourageantes en faveur des TPE:
-Mohamed Benchaâboune a annoncé la refonte des systèmes de garantie Damane de la CCG, l’objectif étant d’en restreindre le nombre tout en assouplissant les modalités d’accès. Il sera aussi procédé à la création de Damane AGR, destiné aux activités génératrices de revenu, incluant les TPE qui bénéficieront prochainement d’une ligne de crédit à taux bonifié, selon le ministre de l’Economie.
Parmi les prochaines lois et stratégies qui prendront en compte les besoins des TPE, Benchaâboune a notamment cité la future loi sur le crowdfunding (financement participatif), l’élaboration en cours d’un Small Business Act, ainsi que le lancement prochain de la Stratégie nationale de l’inclusion financière. Aucun horizon précis n’a cependant été défini par le ministre.
-Moulay Hafid Elalamy a annoncé des discussions en cours sur la part des TPME dans la commande publique dans le cadre du futur Small Business Act. Par ailleurs, le ministère ouvrira ses centres régionaux à Maroc PME, afin de renforcer l’accompagnement de proximité des TPE.
Les régions ont un rôle à jouer
Au-delà des mécanismes de garantie de la CCG et du soutien de Maroc PME, il existe d'autres initiatives publiques privées porteuses pour les TPE. En termes de structuration, mais aussi d’accès au financement et aux marchés…
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Ainsi, Dar Al Moukawil, structure créée par AWB, a accompagné plus de 20.000 TPE en un peu plus d’un an, selon Mohamed Kettani, PDG de la banque.
Du côté de la Cosumar, Mohamed Fikrat se veut plus pragmatique: l’écosystème sucrier a été structuré essentiellement en TPE, avec des résultats probants notamment en termes de transport agricole, ainsi que de fabrication locale d’équipements agricoles, «qui reviennent 30% moins chers que ceux qu’on avait l’habitude d’importer», affirme le PDG du groupe, qui a signé, en marge de ce forum, une convention de partenariat avec AWB portant sur l’accompagnement, notamment financier, de 1.200 TPME appartenant à l’écosystème Cosumar.
Les régions ne sont pas en reste, et feraient même de sérieux efforts en faveur des TPE à en croire Brahim Moujahid, président de la région Béni Mellal-Khénifra: «les conseils régionaux ont la responsabilité de promouvoir les investissements. La loi impose déjà aux collectivités territoriales un quota de 30% en faveur des TPME. Les marchés d’une valeur inférieure à 200.000 DH sont quant à eux réservés aux TPE».
Donnant pour exemple la région qu’il préside, Brahim Moujahid indique qu’un fonds de 20 MDH est consacré annuellement à la promotion des investissements des TPME. L’implantation dans la zone industrielle est subventionnée à hauteur de 200 DH/mètre carré. La région supporte 30% de l’investissement en biens d’équipement, et accorde une prime de 5.000 DH pour chaque poste d’emploi créé. En outre, les exportations agricoles sont encouragées par la région, qui subventionne une part des coûts logistiques.
Les recommandations seront portées au gouvernement sous forme de livre blanc
Les mesures d’accompagnement des TPE sont donc bien réelles. Sauf que, comme dans d’autres secteurs, elles pêchent par un manque de cohérence et d’efficacité. Salaheddine Mezouar, président de la CGEM, fustige notamment "un faisceau disparate qui érode la confiance dans les mesures mises en place. Mezouar a notamment insisté sur «la finalisation du Small Business Act avant les Assises de la fiscalité, afin de l’y intégrer. Faute de quoi, on reproduira les mêmes schémas…".
Le président de la CGEM s’est engagé à sensibiliser les grandes entreprises sur "l’exemplarité en matière de délais de paiement", ainsi qu’à accroître le nombre de marchés accordés aux TPE. Mezouar n’a pas manqué de titiller le secteur bancaire dont la contribution au financement des TPE est jugée en deçà des attentes, ainsi que le gouvernement qui «doit prendre ses responsabilités de manière claire et forte».
En clôture de ce forum, le président d’Attijariwafa bank a livré les recommandations stratégiques issues de cet événement. L’on pourrait croire que cette énième liste restera sans suite, tant la littérature politico-économique a été abondante autour des TPE avec les résultats que l’on connait…
Sauf que les recommandations de ce forum portent tout de même une lueur d’espoir: "elles serviront de socle à l’élaboration d’un livre blanc qui sera transmis aux pouvoirs publics et au secteur privé. Les axes de ce livre blanc seront implémentés dans le cadre d’une stratégie nationale. Mohamed Benchaâboune, Moulay Hafid Elalamy, Salaheddine Mezouar et moi-même nous engageons moralement en ce sens", annonce Mohamed Kettani, PDG d’AWB.
Voici les principales recommandations du futur "livre blanc de la TPE":
-Assouplir l’accès au financement, avec le soutien d’AWB.
-Créer un guichet unique qui centralise les informations, les procédures et les dispositifs d’accompagnement.
-Assurer un accès systématique aux garanties Damane de la CCG, afin d’encourager le financement bancaire classique.
-Harmoniser tous les dispositifs d’incubation et d’accompagnement.
-Faciliter l’accès à la commande publique et aux marchés privés.
-Instaurer des incitations fiscales pour les grandes entreprises qui accordent au moins 20% de leurs marchés aux TPE, et dont les délais de paiement sont inférieurs à un mois. Avec la création d’un label spécifique à ces entreprises.
-Mettre en place une fiscalité forfaitaire pour les TPE.
-Développer de nouveaux mécanismes de formation, notamment continue, avec le renforcement de l’implication de l’OFPPT
-Lancement de campagnes nationales de communication autour des mesures d’accompagnement en faveur des TPE.
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