Crédit bancaire: reprise “artificielle” à la fin de l’année 2018
L’encours du crédit a progressé de 3,2% en 2018 contre 2,9% une année auparavant. A fin novembre, la croissance se limitait à 1,2%. Le mois de décembre a été dopé par les prêts aux sociétés financières.
Reprise en trompe-l’œil du crédit bancaire en 2018. Selon les statistiques monétaires à fin décembre publiées par Bank Al-Maghrib, l’encours des crédits s’est établi à 870 milliards de DH, en hausse de 3,2% par rapport à 2017, année qui avait enregistré une croissance de 2,9% seulement.
Jusqu’à fin novembre 2018, la progression du crédit bancaire se limitait à 1,2%. Que s’est-il passé en décembre ? Y a-t-il eu un sursaut brutal de l’activité ?
Durant le mois de décembre 2018, les banques ont augmenté leurs encours de crédits de 22,2 milliards de DH, soit 81% des 27,2 milliards de DH de surplus engrangé pendant toute l’année.
Ces 22,2 milliards de DH proviennent, pour plus de la moitié, des créances diverses sur la clientèle, constituées principalement des prêts aux sociétés financières qui comptent parmi elles des filiales de banques.
Il s’agit d’opérations courantes chaque fin d’année pour « embellir » les chiffres de l’activité. D’ailleurs, il est fréquent que les statistiques des mois de janvier montrent une baisse des crédits aux sociétés financières, traduisant le retour à la normale.
Le deuxième contributeur à la croissance du crédit en décembre, et donc sur toute l’année, est la catégorie « comptes débiteurs et crédits de trésorerie » avec un surplus de 8 milliards de DH en décembre et de 10,3 milliards de DH sur l’année.
Là aussi, les crédits aux sociétés financières ont généré la moitié de la croissance. Les entreprises non financières privées ont généré l’autre moitié. Leurs dossiers de crédits ont connu un déblocage massif en fin d’année.
Hormis ces deux catégories, les évolutions sont normales. Les crédits immobiliers ont réalisé une croissance de 3,6% en 2018, dont une partie générée par les financements participatifs de l’habitat qui atteignent 4 milliards de DH contre 160 millions une année auparavant.
Les crédits à la consommation ont progressé de 6,1% et les crédits à l’équipement des entreprises de 2%.
Quant aux créances en souffrance, elles ont limité leur croissance à 2,5% pour atteindre 65,2 milliards de DH, soit un taux d’impayés de 7,5%.
Finalement, la reprise du crédit est « artificielle » et le secteur a toujours besoin d’être stimulé pour relancer essentiellement le financement des entreprises. Ce que toutes les parties prenantes (BAM, banques et CGEM) peinent à réaliser. Une réunion est prévue en mars pour trouver des solutions.
Il faut savoir en effet que le crédit aux entreprises non financières privées a stagné en 2018 à 342,8 milliards de DH (+0,5% contre +2,5% en 2017). Seuls les crédits aux ménages (+5,2%, à 330 milliards de DH) et les prêts au secteur public (+6,4%, à 70,9 milliards de DH) continuent à afficher une croissance.
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