Médicaments : Vers une révision du mode de fixation des prix ?
La baisse des prix des médicaments n'a pas engendré d'effet volume pour les pharmaciens et les industriels. Ces derniers tirent la sonnette d'alarme et les ruptures de stocks de médicaments se multiplient. Le ministère de la Santé a lancé une étude pour évaluer le mode de fixation des prix adopté en 2013.
Le mode de fixation des prix des médicaments, instauré lors du mandat de Lhoussain Elouardi, pourrait bien subir des ajustements. Le décret 2-13-852 relatif aux conditions et aux modalités de fixation du prix public de vente des médicaments, adopté en 2013, est au cœur d'une étude lancée par l'actuel ministre de la Santé Anas Doukkali.
L'objectif de cette étude est d'évaluer l'impact de l'application de ce décret sur les acteurs du secteur pharmaceutique, principalement les pharmaciens et les industriels.
C’est ce qu’a affirmé Anas Doukkali, en marge de l'inauguration de l'extension de l'usine du laboratoire pharmaceutique Sothema, lundi 28 janvier.
Avant l'adoption du décret, plusieurs laboratoires vendaient leurs médicaments à des prix beaucoup plus élevés par rapport à d’autres pays.
Suite à l’entrée en vigueur du texte, les prix des médicaments ont connu des baisses successives et parfois conséquentes.
«Les pharmaciens d'officine tirent la sonnette d'alarme et les industriels alertent sur certains médicaments dont les prix ont baissé drastiquement », avance le ministre.
En effet, à plusieurs reprises, industriels et pharmaciens d’officine se sont ouvertement plaints de ces baisses, estimant que cette réforme a des conséquences négatives sur le secteur.
Leur principal argument est que l’effet volume promis par les autorités au moment de l’application de la réforme n'a pas été constaté. Les baisses des prix ont été opérées mais l'augmentation des ventes n'a pas suivi, n’ont-ils cessé de répéter durant ces dernières années.
Il existe aussi un débat sur le benchmark adopté par le décret. «Les industriels nous reprochent de baisser les prix quand le benchmark est bas et de ne pas les relever quand le benchmark est plus élevé», avance Doukkali.
«Je n’ai pas de complexe sur la question des prix des médicaments. J’estime que c’est une affaire de bon dosage. Si on continue à baisser les prix juste pour les baisser, le produit risque de ne plus être disponible. Que dois-je faire ? Baisser les prix mais garantir la disponibilité du produit sur le marché », avance le ministre.
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« On a eu des cas de rupture de stocks de médicaments à cause des prix bas. Le ministère a donc été obligé d'intervenir pour demander ce qui se passe. On s’est rendu compte que certains industriels arrêtent la fabrication et procèdent à l’importation d’un générique grâce à une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) », nous confie Anas Doukkali. Une ATU que le ministère se voit obligé d’accorder à ces opérateurs pour approvisionner le marché.
« Nous ne voulons pas rendre cette pratique courante, car les produits importés avec ces autorisations exceptionnelles ne passent pas par circuit normal de contrôle », ajoute-t-il.
L'étude lancée sur l’impact du décret 2-13-852 est menée en partenariat avec l’OMS. Elle sera prête au cours de ce premier semestre. L’objectif est d’évaluer l’impact sur le citoyen, sur les assurances maladie, sur les caisses de l’état, sur l’industrie pharmaceutique, …
À en croire le ministre de la Santé, tout cela a pour finalité d’installer de la transparence dans la relation avec les industriels et d'assurer deux objectifs principaux :
- L'accessibilité du médicament pour le citoyen. « On continuera à surveiller les prix de très près », promet Doukkali.
- Assurer la disponibilité du produit sur le marché national.
«Tant que nous n'avons pas les résultats de l'étude, nous ne prendrons aucune décision sur la question des prix», conclut-il.