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ECONOMIE

Textile: le financement et la contrebande freinent la croissance du secteur

Les opérateurs ont réalisé une bonne performance à l’export en 2018. Le secteur est en avance sur les objectifs des contrats de performance signés dans le cadre du Plan d’accélération industrielle. Mais le marché local est toujours miné par la contrebande et l’informel et l’accès au financement est toujours difficile.

Textile: le financement et la contrebande freinent la croissance du secteur
S. N.
Le 17 janvier 2019 à 15h58 | Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Bilan mitigé pour le secteur du textile en 2018. D’un côté, l’export se maintient en hausse et les réalisations dans le cadre du Plan d’accélération industrielle (PAI) sont globalement en avance sur les objectifs. De l’autre, le marché local est toujours dominé par la contrebande et l’informel et les opérateurs ont du mal à accéder au financement.

Contacté par Médias24, Karim Tazi, président de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH), livre le diagnostic suivant.

Export : la barre des 37 milliards de DH franchie

Les chiffres de l’Office des changes s’arrêtent à fin novembre 2018. La rubrique « Textile et cuir » affiche une valeur d’exportations de 35,9 milliards de DH, en hausse de 4,1% par rapport à la même période en 2017. Les vêtements confectionnés totalisent 22,4 milliards (+2,7%) et les articles de bonneterie 7,3 milliards (+4,1%).

Selon Karim Tazi, la barre des 37 milliards de DH d’export de produits de textile a été franchie à fin 2018.

« Le secteur a réalisé en 2018 une progression qu’il faut saluer, sachant qu’elle intervient après les exceptionnelles années 2016 et 2017 où le Maroc avait signé des performances parmi les meilleures au monde sur le marché européen », affirme-t-il.

Rappelons que l’Europe représente le principal marché des produits textiles marocain.

Pour le président de l’AMITH, cette performance est d’autant plus salutaire que l’environnement concurrentiel était particulièrement difficile. « Il faut savoir que dans les pays concurrents du Maroc, la Turquie et la Tunisie notamment, il y a eu une très forte baisse de la valeur de la monnaie, ce qui a boosté leur compétitivité. Cela a beaucoup influencé les donneurs d’ordre, le facteur prix étant déterminant dans notre métier », précise M. Tazi.

Les filières qui ont porté cette performance sont celles organisées en écosystèmes dans le cadre du PAI : Fast Fashion, maille, denim, textile de maison…

Contrats de performance : l’objectif de chiffre d’affaires additionnel dépassé

Pour Karim Tazi, ces résultats sont le fruit de la dynamique enclenchée par le lancement du PAI et sa déclinaison dans le secteur textile à partir de février 2015.

Depuis le démarrage, plus de 150 conventions d’investissement ont été signées pour un investissement cumulé engagé de plus de 4 milliards de DH.

L’objectif en termes de chiffre d’affaires additionnel à l’horizon 2020 est déjà dépassé, affirme le président de l’AMITH (l’objectif est de 12 milliards de DH dont 5 à l’export).

En termes de création d’emplois, le taux de réalisation est d’environ 56% (environ 56.000 emplois engagés sur un objectif de 100.000 emplois).

Marché local: les conditions d'une concurrence loyale toujours absentes

Cela dit, le PAI et sa logique des écosystèmes auraient pu donner de meilleurs résultats pour l’ensemble des opérateurs du secteur s’il n’y avait pas les problèmes des pratiques frauduleuses sur le marché local et d’accès au financement bancaire.

Le marché local, qui pèse plus de 45 milliards de DH selon les dernières estimations et fait travailler des centaines de milliers de personnes (il n’y a pas de chiffres précis compte tenu de l’ampleur de l’informel), est en effet toujours caractérisé par une perte de parts de marché de la production nationale (estimée à moins de 20%) et des destructions d’emplois (en dizaines de milliers).

En cause, la persistance de la contrebande et de la sous-facturation et la percée des marques low-cost étrangères. « Face à cette situation de concurrence déloyale sur le marché local les entreprises structurées tendent à disparaître et l’informel prend de l’ampleur », regrette Karim Tazi.

Ce dernier salue les efforts entrepris par les pouvoirs publics, notamment la prorogation pour trois ans par le ministère de l’Iindustrie des mesures de sauvegarde contre les produits turcs et le renforcement des contrôles douaniers et des sanctions.

« Sauf que l’ampleur du phénomène est telle que les résultats ne sont pas encore visibles. Tant que la contrebande est là, tant que la Turquie utilise d’autres canaux pour acheminer ses produits vers le Maroc…, le marché local ne se redressera pas.

« Pour réussir ce chantier, il faudra fermer toutes les portes qui conduisent à la concurrence déloyale. Tout le gouvernement doit s’y mettre pour combattre les grands contrebandiers qui font de la résistance et manipulent les distributeurs pour maintenir cette situation qui leur est profitable mais qui est dommageable à l’industrie. On ne veut pas d’un Maroc fermé mais simplement d’un Maroc qui arrête les tricheurs à l’entrée », martèle le président de l’AMITH.

Pour lui, la solution est de mettre tout le monde dans un environnement de concurrence loyale et de revoir toute la fiscalité pour l’adapter à la réalité socio-économique.

Appel à des mécanismes de financement adaptés au secteur

L’autre frein au développement du secteur est l’accès au financement. A fin septembre 2018, l’industrie du textile affichait un encours de crédits bancaires de 6 milliards de DH seulement sur un total de 250 milliards de DH pour le secteur secondaire (industrie, énergie et BTP).

« Nous appelons les banques et les pouvoirs publics à fournir davantage d’effort pour financer le développement du secteur », déclare Karim Tazi pour qui les mécanismes de financement adaptés à l’industrie de façon générale et au textile en particuliers sont absents ou très rares.

« Toute l’industrie dans le monde entier n’est pas financée avec des instruments classiques. C’est un domaine capitalistique, générant de faibles marges, où il faut du temps pour une montée en puissance. Nous avons besoin de financements adaptés avec des maturités longues, des taux faibles… Et pour cela il faut des outils comme des fonds de garantie, des aides conditionnées… Nous avons besoin d’un appui public, privé, et public-privé.

« On parle beaucoup de private equity pour financer le textile. Or cet outil est complètement inadapté. Le fonctionnement et les objectifs des fonds d’investissement ne sont pas compatibles avec l’industrie (durée de prise de décision, objectif de rendement, horizon d’investissement…).

« Actuellement, les TPME arrivent malgré tout à décrocher des crédits grâce aux fonds lancés par la CCG. Ce qui manque cruellement ce sont les financements pour les grosses PME. Ces entreprises ont du mal à se financer et c’est pour cela que nous n’avons pas beaucoup d’entreprises de taille moyenne et des champions nationaux », conclut le président de l’AMITH. 

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S. N.
Le 17 janvier 2019 à 15h58

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