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ECONOMIE

R&D au Maroc : les efforts restent timides, la compétitivité de l'économie en pâtit

La recherche et développement peut-elle vraiment constituer un levier de croissance au Maroc ? C’est autour de cette thématique que X-Maroc, association des lauréats marocains de l’Ecole polytechnique de Paris, a organisé le 15 janvier à Casablanca son 8è colloque. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le Maroc accuse un sérieux retard en la matière…

R&D au Maroc : les efforts restent timides, la compétitivité de l'économie en pâtit
Zakaria Boulahya
Le 15 janvier 2019 à 17h10 | Modifié 11 avril 2021 à 2h50

En 2018, les dépenses mondiales en R&D ont atteint 1.000 milliards de dollars. Avec une forte implication du secteur privé, qui contribue à hauteur de 69% de ces dépenses dans les pays de l’OCDE. Ce ratio culmine jusqu’à 78% en Chine et en Corée du Sud…

Quid du Maroc ? Premier constat: le secteur privé est aux abonnés absents, les budgets alloués à la recherche sont à 70% publics. De plus, « le Royaume a investi 0,8% de son PIB en R&D en 2017. Certes, c’est mieux que les 0,34% de 2016, mais nous sommes tout de même loin de la moyenne de 2,3% constatée dans les pays de l’OCDE », souligne Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie et du Commerce, lors de son intervention au 8è colloque de l’association des lauréats marocains de l’Ecole polytechnique de Paris (X-Maroc), organisé le 15 janvier à Casablanca.

« La technologie a un impact phénoménal sur l’emploi, la défense nationale, l’ordre mondial,… La recherche est un élément différenciant au niveau planétaire, qui assoit la domination de certains pays, révèle le potentiel de pays émergents, et laisse les autres sur le bas-côté. Le Maroc ne peut se permettre d’être absent. Certes, on ne peut pas tout faire, mais nous avons la possibilité de choisir nos combats », précise Elalamy.

Déficit de gouvernance et barrière de la langue

Tout au long des dernières années, plusieurs discours, émanant aussi bien de responsables ministériels que du Roi en personne, mettaient l’emphase sur la nécessité de promouvoir la recherche scientifique au Maroc. Toutefois, « malgré les efforts menés en ce sens, notre gouvernance, notamment financière, semble anachronique, et n’arrive pas à tenir compte des spécificités de la recherche scientifique», estime Saaïd Amzazi, ministre de l’Education nationale, qui appelle au développement des PPP dans la R&D.

Précisément dans la recherche appliquée, car «la recherche fondamentale est encore un luxe pour le Maroc. Elle est très couteuse, et ses applications pratiques sont assez tardives», souligne Amzazi, qui profite de l’occasion pour annoncer le lancement, conjointement avec le ministère de l’Industrie, d’un appel à projets PPP doté d’une enveloppe de 50 MDH, et qui se focalisera sur la R&D dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique et des énergies renouvelables.

Face à une audience composée en majorité d’ingénieurs et de docteurs, le ministre de l’Education nationale avertit également sur la baisse préoccupante du nombre de diplômés en sciences et ingénierie au Maroc. Mais ce n’est pas le pire : «Plus de 30% des bacheliers scientifiques marocains s’inscrivent en droit ou en sciences humaines, car ces matières sont enseignées en arabe. Voilà comment la fausse problématique de la langue, qui est actuellement débattue au Parlement, pousse des milliers de jeunes à s’éloigner des filières scientifiques, ce qui pénalise des générations entières».

Une réalité qui se reflète dans les différents classements internationaux. Car si le Maroc occupe la 10è place de l’Indice mondial de l’innovation - parmi les pays aux revenus similaires, la part du Royaume dans la production scientifique mondiale n’excède pas 0,1% - son classement en Afrique ayant même régressé de la 3ème à la 6ème place entre 2000 et aujourd’hui…

La R&D au Maroc ? Oui, c’est possible…

Pourtant, le Maroc peut se targuer de quelques belles réussites en matière de recherche et développement. Le Groupe OCP est connu pour avoir développé et breveté nombre de process industriels propres à l’industrie chimique. En agriculture, les chercheurs de l’INRA ont développé, au milieu des années 80, une nouvelle variété de mandarines qui est considérée par les professionnels comme «la meilleure mandarine au monde, aussi bien pour sa forme, son goût, que par la possibilité de la cultiver durant une longue période», témoigne Badr Bennis, DG adjoint des Domaines agricoles.

Mais l’exemple le plus emblématique vient sans doute de Managem. Le groupe minier a développé un procédé qui a nécessité 7 années de R&D, portant sur la valorisation des sous-produits de l’extraction minière – en l’occurrence le cobalt. Non seulement le procédé a été breveté, mais il a aussi conduit à une exploitation industrielle. «Glencore, qui est l’un des leaders mondiaux de l’extraction minière avec 45% du marché mondial du cobalt, traite une grande partie de sa production dans une usine Managem, située près de Marrakech» explique Ismail Akalay, ancien DG mines et industries de Managem.

Cet exemple est encore plus éloquent quand on sait que ce procédé, développé vers la fin des années 90, accapare aujourd’hui 40% des installations du groupe minier et représentera, selon Akalay, la première source de contribution aux résultats de Managem au titre de l’exercice 2018 !

Concrétiser des efforts de recherche en applications économiquement viables est donc du domaine possible au Maroc. Quelles sont donc les raisons qui entravent l’émergence de la R&D et, surtout, sa contribution à la création de richesse – à l’heure où le Maroc s’interroge sur son modèle de développement ?

Le Maroc «non engagé dans les industries du futur»

Tawfik Mouline, DG de l’Institut royal des études stratégiques (IRES), dresse une série de facteurs contraignants. «L’approche sectorielle demeure prépondérante, au détriment de la logique de pôles de compétitivité qui n’a pas été assez développée. Cela ne favorise pas la mobilisation des synergies, ce qui se traduit par la fragmentation des efforts et l’éparpillement des moyens financiers. Ainsi bien sûr que par une faible valorisation économique des résultats de recherche».

La modeste contribution du secteur privé dans les efforts de recherche, comme annoncé au tout début de cet article, a également été pointée du doigt. A la décharge de nos entrepreneurs, encore faudrait-il mettre en place un terreau propice à leur implication – notamment sur le plan fiscal. La Chine, qui compte 20% des chercheurs dans le monde, a mis en place un système incitatif qui permet aux entreprises de déduire jusqu’à 150% des charges engagées en R&D !

Verrons-nous un jour un réel essor de la recherche et développement au Maroc ? Surtout compte tenu des mutations technologiques et économiques en cours ? Pour le DG de l’IRES, Tawfik Mouline, le Royaume doit impérativement se concentrer sur les écueils suivants – qui menacent de mettre le Maroc au ban de l’économie mondiale:

-Un positionnement international du Maroc, en matière d’économie de la connaissance, moins favorable comparativement aux pays émergents - principalement sous l’effet des contre-performances enregistrées dans le domaine de l’enseignement supérieur.

 

R&D au Maroc : les efforts restent timides, la compétitivité de l'économie en pâtit

-Une part des hautes technologies dans les exportations de biens manufacturés relativement faible, comparativement à la moyenne mondiale et à la part affichée par certains pays émergents.

R&D au Maroc : les efforts restent timides, la compétitivité de l'économie en pâtit

-Un classement non approprié du Maroc au titre de la densité robotique industrielle, traduisant le non engagement du pays dans les industries du futur.

R&D au Maroc : les efforts restent timides, la compétitivité de l'économie en pâtit

Ci-après les vidéos des panels tenus ce matin au 8è colloque de X-Maroc:

 

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Zakaria Boulahya
Le 15 janvier 2019 à 17h10

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