Le groupe Renault lance une fondation au Maroc au budget minimaliste
Le 1er constructeur automobile du Maroc a lancé ce jeudi 29 novembre une fondation qui a pour but d’améliorer le quotidien des riverains de ses unités de production. Bémol : la volonté de garder confidentiel le montant exact de son budget qui semble plutôt limité voire, maigre. Sachant que l’enveloppe des 8 fondations Renault atteint à peine 3,6 millions d’euros/an, celle du Maroc pourrait recevoir environ 5 MDH, ce qui équivaut à une part infime du chiffre d’affaires local et mondial de ce géant mondial.
Installé au Maroc depuis 1928, le groupe Renault a créé une fondation éponyme nationale pour contribuer au développement humain lié à son activité industrielle et commerciale.
Un événement considérable sachant que la locomotive de l’industrie automobile marocaine (43% de part de marché locale et premier constructeur installé au Maroc) était étrangement absente de l’accompagnement socio-économique des populations riveraines de ses sites de production, et en particulier de celui stratégique de Melloussa à Tanger.
De bonnes intentions au menu
Dans le cadre de sa stratégie internationale de responsabilité sociale de l’entreprise (RSE), le Maroc accueille donc cette fondation qui va concevoir des actions facilitant l’inclusion et la mobilité durable et plus généralement accroître les retombées positives de son activité sur l’environnement proche.
Ainsi, en termes d’inclusion et pour donner sa chance à chacun, le groupe s’engage à faciliter l’accès à l’éducation pour remédier à la déperdition scolaire et promouvoir la diversité (genre, handicap…).
Concrètement, cela passe par la mise en place d’un programme de mobilité scolaire (13 bus pour transporter les écoliers de leur lieu éloigné de résidence aux établissements scolaires), la création et l'équipement de classes préscolaires, la réfection des écoles, les activités parascolaires (sport, art, lecture…).
Concernant la mobilité durable, le constructeur automobile a conçu un programme de prévention nommé «Tkayes» avec des ateliers de formation pour sensibiliser les jeunes enfants à la sécurité routière (port de la ceinture, passages cloutés …) dont le non-respect entraîne 3.500 morts par an.
En dehors du bureau de la fondation Renault Maroc constitué de salariés du groupe, cette structure promet d’intégrer, à terme, des personnalités de la société civile pour enrichir son offre de services.
D’ici là, elle est assistée par le réseau de la fondation centrale Renault Monde (située à Paris) dont l’expérience à l’international sera très utile pour maximiser l’aide aux riverains de son activité de production ou de vente.
5 MDH/an pour chacune des 8 fondations Renault de la planète
Après avoir présenté la mission de la fondation, sa directrice Zineb El Jazouli, également directrice communication et RSE du Groupe Renault Maroc, a répondu aux questions de la presse présente.
Interrogée par Médias24 sur le budget annuel de fonctionnement (au moins au démarrage), notre interlocutrice s’est refusée à répondre en qualifiant de confidentielle cette information alors que les comptes d’une fondation n’ont rien de secret et sont même censés être publics.
Non satisfaits de cette absence de réponse, nous avons profité de la présence du directeur de la Fondation Renault France pour lui demander à combien s’élevait le budget du territoire français.
Préférant, lui aussi, ne pas révéler l’enveloppe réservée à sa fondation, Olivier Faust a consenti à nous communiquer le chiffre global corporate de 3,6 millions d’euros (40 MDH) pour les 8 entités du monde (Espagne, Colombie, Argentine, Brésil, Roumanie, Portugal, Turquie et en dernier lieu au Maroc)
Une discrétion qui s’explique peut-être par le fait qu’en faisant une simple division, on se rend compte que le budget moyen annuel d’une fondation Renault est de 5 millions de dirhams soit un peu plus de 400.000 DH par mois, ce qui n’est pas énorme pour un géant de l’industrie automobile.
Un engagement social qui gagnerait à être corrélé avec une rentabilité marocaine juteuse
Si, encore une fois, cette initiative socio-économique doit être saluée, il n’en demeure pas moins que la somme allouée pour développer des actions sociales est plutôt surprenante sachant que le chiffre d’affaires du constructeur au niveau mondial se compte en milliards d'euros.
Certains pourraient même dire une misère comparée à la rentabilité exponentielle réalisée au Maroc.
Précisons en effet que le groupe tire ses revenus marocains des 3 entités suivantes :
- Du réseau commercial de Renault Commerce Maroc,
- Depuis 1966, de son usine casablancaise la Somaca dont la capacité de production des marques Dacia et Renault va doubler en passant de 80.000 actuellement à 160.000 en 2022.
- Depuis 2012, de la plus grande usine du continent basée à Tanger dont la capacité de production va elle aussi exploser.
En ramenant le montant du budget moyen de la fondation au nombre de ses 11.000 collaborateurs marocains, on se rend compte que la stratégie RCA du leader incontesté du marché national en termes de vente (4/10) consacre, à peine, 36,36 dirhams par mois ou 436 DH/an à chacun de ses employés.
Sachant que son activité est appelée à exploser au Maroc avec une capacité de production qui en fera un membre des 10 plus grands constructeurs de la planète, gageons que cette fondation saura également se développer avec un budget corrélé à la réussite industrielle et commerciale du groupe.
Pour illustrer cette success-story marocaine, il est utile de rappeler qu’en 2017, le constructeur a exporté 333.000 véhicules sur les 376.000 produits dans ses deux usines de Tanger et Casablanca.
Ce record de vente qualifié d’historique par Marc Nassif, DG du groupe Maroc, a constitué à lui seul 10% des ventes mondiales du constructeur et mériterait donc de gratifier sa fondation locale d’un budget plus confortable pour ne pas dire décent.