Abattage avicole: les opérateurs agréés dénoncent la prolifération des tueries informelles et l'inaction du gouvernement
Les demandes des professionnels sont restées lettre morte. Depuis début 2018, trois abattoirs agréés ont arrêté leurs activités. Principale revendication: l'application de la loi.
"Dix ans après (NDLR: le lancement du Plan Maroc vert), le point noir demeure le très faible niveau d'application de ces lois (49/99 et 28/07) dans leur partie aval, car dépendantes du ministère de l'Intérieur", s'indigne l'Association nationale des abattoirs industriels avicoles (Anavi).
Dans un communiqué, l'association rappelle qu'"aucune mesure tranchante n'a jamais été prise au niveau de l'abattage et de la distribution du poulet, bien qu'une des obligations essentielles de l'Etat soit l'inspection sanitaire des viandes."
L'exercice de l'abattage nécessite l'obtention d'un agrément
Les professionnels du secteur se plaignent des tueries non agréées et non autorisées par l'Office national de sécurité sanitaire et alimentaire. Elles sont passées de moins de 8.000 en 2007 à 13.900 selon le dernier recensement du ministère de l'Intérieur (début 2016). Le communiqué accuse également les communes "(...) agissant sans consultation des services sanitaires et sans respect des lois en vigueur".
Contacté par Médias24, le président de l'Anavi, Omar Benayachi précise que "Normalement les communes ne devraient pas autoriser l'ouverture de tueries. Les communes livrent des autorisations pour vendre du vif et par extension ces points de vente font également de l'abattage. Les agréments sont livrés par une commission constituée entre autres par l'Onssa ainsi que d'autres départements. L'Office n'est pas en mesure de contrôler une tuerie dont elle n'a pas autorisé l'ouverture", tacle M. Benayachi.
Au niveau national, le taux du poulet abattu et contrôlé dans les abattoirs agréés est de seulement 8%, "soit le taux le plus faible du pourtour méditerranéen."
Plus de 90% de l'abattage relève de l'informel
Les abattoirs agréés font face aujourd'hui au problème de l'informel qui menace leur développement et leur compétitivité. Plus d’une dizaine d’abattoirs ont cessé toute activité ces quinze dernières années. Aujourd'hui, ils ne sont que 17. Cette année, trois nouveaux abattoirs avicoles ont fermé leurs portes.
Fin 2015, l'association a proposé, avec le concours d'un cabinet marocain, un projet de transition avec pour ambition de relever le niveau de traçabilité et de salubrité de la volaille tout en présentant une alternative aux tueries notamment par leur transformation et intégration dans le secteur formel.
"Six ministères concernés directement et indirectement ont reçu notre étude et nos propositions. Hormis le ministère de l'Agriculture, sensible à notre problématique mais sans les attributions nécessaires, notamment en matière de fermeture d'établissement ne se conformant pas à la loi, nos demandes sont restées lettre morte", rappelle l'association.
Cette étude favorisera un écosystème autour de l'émergence d’une industrie du froid, du développement du transport et des plateformes de frais, de l'industrie du traitement et de la valorisation des déchets, de la modernisation de nos marchés de proximité et surtout de la garantie de la salubrité des viandes blanches et de la protection du consommateur.
"Aujourd'hui plus que jamais, nous avons besoin d'un plan de mise à niveau ambitieux pour maintenir les 10.000 emplois directs que nous arrivons encore tant bien que mal à sauvegarder, mais aussi pour mettre notre pays à l'abri des importations par manque de compétitivité avec tous ses effets sur la filière."