Le CRI de Casablanca-Settat veut réduire la ‘mortalité’ des entreprises
Combien d’entreprises réussissent-elles à passer le cap des 3 premières années ? Quelles sont les difficultés rencontrées et comment peut-on les surmonter? C’est pour répondre à ces questions que le CRI de Casablanca-Settat a, pour la première fois au Maroc, livré les résultats d’une étude sur les facteurs impactant l’évolution des entreprises. Les détails.
En dépit de la progression du Maroc dans le classement Doing Business, force est de constater que le taux de création des entreprises régresse – passant de 11% en 2007 à 8% en 2015, alors même que le taux de défaillance des entreprises est passé de 1/10 en 2009 à 1/5 en 2015. Selon l'INSEE (France), le taux de création d'entreprises est le rapport du nombre des créations d'entreprises d'une année n au stock d'entreprises au 31 décembre de l'année n-1.
C’est dans le but d’identifier les facteurs - endogènes et exogènes, qui influencent le plus la pérennité de l’entreprise, que le Centre régional d’investissement (CRI) de Casablanca-Settat a mené une étude sur un échantillon de 1.244 structures créées entre 2003 et 2015, sur un total de 64.000 entreprises créées via ce CRI durant la même période – et dont 51% sont toujours en activité à ce jour.
Cette étude, qui a bénéficié de l’appui technique et financier de la Banque mondiale, a été réalisée conjointement avec la DGI, la CNSS, la CGEM et l’OMPIC. Elle débouche sur des recommandations concrètes qui s’inscrivent notamment dans le cadre de la refonte des CRI, récemment opérée au niveau national.
>Constats
-93% de ces entreprises sont des TPE employant moins de 10 employés, réalisant un CA < 10 MDH (CA de 5 MDH en moyenne). Ce chiffre d’affaires est réalisé à 85% avec des entreprises privées, 10% avec le public et 5% à l’export.
-80% sont actives dans le secteur tertiaire, dont 34% dans le commerce.
-27% des entreprises immatriculées au CRI n’ont jamais entamé une quelconque activité.
-Secteurs d’activité les plus propices à la pérennité de l’entreprise: enseignement, industrie manufacturière et activités financières.
-Secteurs les moins propices : industries extractives, production et distribution d’électricité, information et communication.
-Taux de survie global : 73% passent le cap de la 1ere année, 48% dépassent les 3 ans, 32% les 5 ans, et à peine 6% des entreprises sont toujours actives 10 ans après leur création.
Le taux de survie est toutefois à relativiser, car il englobe notamment les entreprises n’ayant jamais entamé une activité. Si l’on prend en compte uniquement les entreprises en activité, on observe une nette amélioration de ce ‘ratio de survie’.

>Difficultés rencontrées par les entreprises
-Accès au marché : considéré comme principal écueil par 7 entreprises sur 10. Les griefs les plus récurrents ont trait aux délais de recouvrement, à la concurrence des grands comptes et des entreprises étrangères et à la concurrence de l’informel et des monopoles.

-Accès au financement: 6,5 entreprises sur 10 s’en plaignent : niveaux de garantie trop importants et étendues au patrimoine personnel - les banques faisant peu de cas de la caution de la Caisse centrale de garantie. S’y ajoutent la complexité, la longueur et le coût des procédures de crédit.
Résultat: près de 3 entreprises sur 5 déclarent ne pas souhaiter recourir à un financement bancaire!

- La fiscalité, les RH et l’immobilier représentent également des freins selon les entrepreneurs sondés, quoique dans une moindre mesure…

>Plan d’action
Le CRI de Casablanca-Settat s’est basé sur les résultats de cette étude pour élaborer un plan d’action en 3 axes, dont la mise en œuvre compte beaucoup sur le Comité Stratégique de la Promotion de l’Entreprenariat dans la région (CSPE).
-Création d’un fonds de promotion et d’investissement régional: soutien financier et technique pour promouvoir le développement de l’écosystème entrepreneurial, assouplir les conditions d’accès au crédit bancaire.
-Accompagnement des porteurs de projets et suivi post-création: mise à niveau des connaissances, mentorat et accompagnement,… Sur ce dernier point, le directeur du CRI Casablanca-Settat, Abdallah Chater, a confirmé le lancement dans 3 semaines d’un package complet de formation.
-Small Business Act régional : Suivi des quotas des marchés publics attribués aux TPME, sensibilisation des donneurs d’ordres publics ainsi que des grandes entreprises – notamment à travers des mesures incitatives, à sous-traiter auprès des TPME,…
Voici la vidéo de la présentation, diffusée en live par Médias24: