Ronaldo accusé de viol: la Juve perd près de 10% à la Bourse de Milan
Le titre du club de football de la Juventus Turin a plongé de près de 10% vendredi à la Bourse de Milan alors que le malaise grandit autour de sa star Cristiano Ronaldo, accusé de viol aux Etats-Unis. Ronaldo n'est pas seulement une star, mais une firme mondiale.
Le titre, qui s'était envolé depuis l'arrivée de l'attaquant portugais à Turin en juillet, a clôturé en baisse de 9,92% à 1,19 euro, dans un marché en baisse de 1,29%.
La police de Las Vegas a annoncé lundi avoir ouvert l'enquête sur les accusations portées par Kathryn Mayorga, 34 ans aujourd'hui, qui affirme dans une plainte au civil que Ronaldo l'a violée "de force" en juin 2009.
L'intéressé a démenti "vigoureusement" ces accusations, expliquant que le viol était "un crime abominable" mais ses principaux sponsors ont commencé à faire entendre leur voix: Nike s'est dit "profondément préoccupé" et EA Sports (éditeur du jeu vidéo Fifa) a, de son côté, parlé d'une situation "troublante".
Ronaldo s'est mis en retrait de la sélection portugaise pour les deux prochains mois mais selon l'entraîneur de la Juve, Massimiliano Allegri, il reste "serein" et sera "prêt à jouer" samedi en championnat.
Jeudi soir, le club septuple champion d'Italie a apporté un soutien appuyé à son attaquant vedette, qu'il a fait venir cet été pour 100 millions d'euros.
"Cristiano Ronaldo a montré son grand professionnalisme et son dévouement au cours des derniers mois, ce qui est très apprécié par tout le monde à la Juventus. Les faits incriminés remontant à presque dix ans ne changent pas cette opinion", a assuré la Juve sur Twitter.
A la Bourse de Milan, l'arrivée de Ronaldo a fait s'envoler le titre de la Juventus, qui s'échangeait à 0,64 euro le 28 juin, date à laquelle les rumeurs sur la venue de la superstar avaient commencé à prendre de l'ampleur.
Le 20 septembre le titre est monté jusqu'à 1,8064 euros (+180%), son maximum historique depuis l'entrée en Bourse de la Juve en 2001.
Une firme mondiale
Un aéroport à son nom, des revenus XXL, une audience colossale et lucrative sur les réseaux sociaux... Cristiano Ronaldo a depuis bien longtemps dépassé le simple cadre du football pour s'affirmer comme une véritable marque mondiale.
Ronaldo, "c'est vraiment une entreprise de produit, de service, de digital. Il y a un musée à son effigie également. C'est extrêmement rare. L'aéroport de Madère porte son nom, en termes d'imaginaire collectif, c'est vraiment impressionnant", avait expliqué à l'AFP le chercheur Jean-Philippe Danglade, spécialiste de marketing.
Grâce à ses salaires mirobolants en club et sa capacité à monétiser son immense notoriété, le quintuple Ballon d'Or a empoché un total de 108 millions de dollars (94 millions d'euros environ) en 2017 dont 61 M USD en salaires (environ 53 millions d'euros), selon le magazine Forbes.
De quoi figurer en troisième position du classement des sportifs les mieux payés de la planète derrière le boxeur Floyd "Money" Mayweather (285 millions de dollars, environ 248 millions d'euros) et son rival du Barça Lionel Messi (111 M USD). Mais les deux années précédentes, c'est la vedette portugaise qui dominait ce vertigineux palmarès.
L'aspect financier a d'ailleurs compté cet été lors de son transfert du Real Madrid à la Juventus Turin, où il dispose d'un salaire à huit chiffres, estimé à quelque 31 millions d'euros par an, malgré ses 33 ans.
Quand il évoluait au Real, ses revenus lui avaient valu quelques ennuis avec le fisc espagnol, soldés par un accord à l'amiable avec la justice et un versement de 16,7 millions d'euros.
Beckham et Jordan
Outre ses salaires en club, l'entrepreneur Ronaldo a fait de son nom un sigle - CR7 -, une marque personnelle déclinée sous toutes les coutures, sur le modèle de David Beckham, ou celui du basketteur Michael Jordan et son logo "jumpman" dans les années 1990.
Depuis l'ouverture de sa première boutique de sous-vêtements "CR7" en 2006 à Funchal, l'homme aux abdos parfaits a élargi la gamme avec jeans, chaussures ou accessoires. Et fin 2015, l'ex-joueur de Manchester United s'est associé au groupe hôtelier Pestana pour bâtir cinq hôtels (un sixième est en projet à Paris) encore sous l'enseigne... "CR7".
En arrivant à la Juventus Turin cet été, il a continué à développer sa ligne "CR7 Underwear" grâce à un partenariat de distribution avec l'enseigne italienne Yamamay...
Pour les sponsors, le quintuple Ballon d'Or et meilleur buteur de l'histoire de la Ligue des champions (120) est une marque attractive. Le natif de Madère est suivi sur les réseaux sociaux par une audience cumulée de 330 millions de "followers", plus que n'importe quel autre sportif, ce qui attire plus d'une dizaine de sponsors de premier plan.
De l'opérateur de téléphonie SFR, l'horloger suisse Tag Heuer, les éditeurs de jeux vidéo Konami puis EA Sports, en passant par le fabricant d'huile Castrol et la compagnie aérienne Emirates, tous se sont arrachés la moindre seconde de spot publicitaire avec le Portugais.
"Famille Nike"
"Son portefeuille est très bien équilibré avec une dizaine de secteurs d'activité très différents et complémentaires", relevait encore Jean-Philippe Danglade, auteur de "Marketing et célébrités".
Et c'est avec l'équipementier américain Nike, avec qui Ronaldo a signé une prolongation de son partenariat "à long terme", que les liens sont les plus forts.
Egérie de la marque depuis 2003, Ronaldo toucherait un revenu minimum d'au moins une vingtaine de millions d'euros par an, même si des montants plus élevés circulent également.
CR7 considère ce partenariat "comme étant à vie". "Je suis un membre de cette famille", avait déclaré le Portugais dans une vidéo diffusée par la marque à la virgule. "C'est le meilleur contrat que j'ai eu dans toute ma carrière."
Selon Forbes, entre le beau gosse "bling-bling" Ronaldo et le timide Messi, il n'y aurait pas photo en termes de retour sur investissement pour Nike et Adidas, rival de l'équipementier américain et sponsor de l'Argentin. En 2016, Ronaldo aurait généré 500 millions de dollars pour Nike via les réseaux sociaux, contre 53,3 millions du côté de Messi pour Adidas.
On comprend le malaise de l'équipementier américain, qui s'est dit jeudi profondément préoccupé" par les accusations de viol "inquiétantes" portées contre son égérie.