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ECONOMIE

Tourisme: La chute de la livre turque n’a pas fait augmenter le nombre de visiteurs marocains

La chute de plus de 40% de la livre que subit la Turquie depuis le début de son bras-de-fer avec les Etats-Unis est, en théorie, censée profiter aux touristes étrangers. Selon le vice-président de la CNT, cette situation n’a cependant pas fait augmenter la demande marocaine pour cette destination car ses prestations sont libellées en dollars ou en euros.   

Tourisme: La chute de la livre turque n’a pas fait augmenter le nombre de visiteurs marocains
Samir El Ouardighi
Le 12 septembre 2018 à 17h03 | Modifié 11 avril 2021 à 2h48

Malgré la forte chute de la livre turque, dont le taux de change est passé de 2 DH pour 1 livre à 1,43 DH pour 1 livre, rien que sur le dernier mois, il ne faut pas s’attendre à une explosion des arrivées marocaines en Turquie.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la débâcle de la monnaie ne profitera pas aux touristes nationaux qui sont de plus en plus nombreux à s’y rendre pour éviter la procédure, fastidieuse et non garantie, d'obtention d'un visa européen.

En dehors de son accès-libre, cette destination est, en effet, de plus en plus plébiscitée, depuis environ 10 ans, pour la qualité de ses prestations mais également pour la possibilité de faire des achats bon marché.

Avant le début de la crise diplomatique Turquie-Etats-Unis dont les présidents se reprochent respectivement d’emprisonner un pasteur évangéliste (Andrew Brunson) pour complicité dans le putsch raté de 2016 et d’abriter un "terroriste" ( Fethullah Gulen), la valeur de la livre avait déjà commencé à s’effriter mais pas aussi brutalement que pendant la seule journée du 10 août (-25%).

Selon l’ancien président de la Fédération nationale des agences de voyages du Maroc (FNAVM), cette chute (+/- 40%), n’a pas entrainé une baisse conséquente ou équivalente des tarifs de la compagnie aérienne turque (Turkish Airlines) et des prestations hôtelières du pays.

Interrogé par Médias24, Fouzi Zemrani affirme que son secteur n’a enregistré aucune hausse spectaculaire ou sensible des demandes de voyages vers la Turquie.

"Cela s’explique par le fait que la chute de leur monnaie n’a pas été répercutée sur les prix des services aériens ou des séjours hôteliers.

"Depuis le début de la déferlante marocaine dans ce nouveau pays à la mode, nos partenaires nous ont toujours facturé leurs prestations en dollars et en euros. Il suffit d'ailleurs de se connecter sur le site de Turkish Airlines pour voir que les tarifs des billets proposés en monnaie américaine n’ont pas bougé.

"Aucun service de nos prestataires n’est facturé en livre, qu’on peut qualifier de monnaie interne, car tout comme le Dirham qu’elle n’accepte pas, la Turquie a une monnaie non convertible à l’international.

"Aux bons de commande pour des séjours sur mesure (selon durée, qualité…), nos partenaires agents de voyages répondent par des devis établis en dollars", révèle Zemrani qui ajoute que ce système a permis à ces opérateurs de minimiser ces désagréments monétaires conjoncturel.

Le seul avantage de cette crise monétaire profite aux amateurs de shopping (vêtements, bijoux…), de restauration et de divertissement, produits et services vendus en monnaie locale. Un argument toutefois insuffisant pour augmenter les séjours des marocains en Turquie surtout que la haute-saison s’achève et ne reprend qu’en avril prochain à l’occasion du grand prix de formule 1 à Istanbul.

Notre interlocuteur tient cependant à préciser que la gravité de la situation, ayant négativement impacté le pouvoir d’achat des Turcs, a poussé les commerçants à réévaluer progressivement leurs tarifs.

"Si vous vous contentez d’acheter un billet d’avion et pensez pouvoir faire jouer la concurrence sur place en trouvant, par exemple, un hôtel 5 étoiles moins cher qu’avant la dévaluation, c’est une erreur.

"Aujourd’hui plus qu’hier, tout est facturé en dollars ou en euros pour les touristes étrangers car l’inflation a fait perdre 40% de son pouvoir d’achat à la population.

"Même si les hôteliers encaissent le prix de la chambre en livre turque, la base de la facture est toujours en dollars car les tarifs ont été revus à la hausse pour éviter les pertes de change.

"On observe le même phénomène dans un pays touristique comme l’Egypte qui a adopté un système de change flottant. Afin de pallier les pertes de recettes, toutes les prestations liées au tourisme ont été libellées en dollars", conclut le vice-président de la Confédération nationale du tourisme (CNT) qui ajoute que la tendance à l’indexation des tarifs locaux sur le dollar revient en force au niveau mondial.

Un constat que l’on peut d’ailleurs vérifier au Maroc sur les sites de réservation des ryads. En effet, ces maisons d’hôtes tenues en grande majorité par des étrangers dans des villes comme Marrakech, Fès… affichent systématiquement les prix de leurs chambres en euros.

Les opérateurs turcs se sont donc bien gardés de tomber dans le piège de la chute de leur monnaie qui leur aurait fait perdre une bonne partie de leurs recettes touristiques et au final les Marocains ne bénéficieront pas de baisse de 40% pour leur séjour dans ce pays qu’ils visitent en masse.

Malgré cette fausse-joie relayée par certains médias internationaux, cette crise monétaire aura au moins pour effet de contribuer à atteindre l’objectif des 40 millions de touristes étrangers/an après une longue désaffection des touristes internationaux consécutive à l’instabilité sécuritaire.

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Samir El Ouardighi
Le 12 septembre 2018 à 17h03

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