ONMT: Ce qu’attend la CNT du nouveau directeur général
Le Conseil du gouvernement a désigné jeudi 23 juin, Adel El Fakir à la tête de l’Office national marocain du tourisme. Selon le président de la confédération nationale du tourisme, le nouveau directeur général aura du mal à booster les arrivées touristiques et les recettes en devises s’il n’arrive pas à mobiliser davantage de ressources financières pour l’ONMT.
Avec ses 750 millions de DH de budget, l’ONMT essaye tant bien que mal de donner une meilleure visibilité au Royaume à travers des campagnes médiatiques internationales et des ouvertures ponctuelles de lignes aériennes de compagnies étrangères.
Interrogé par Médias24, Abdellatif Kabbaj, président de la CNT, s’impatiente en affirmant que toute la profession attend depuis 6 mois le nouveau directeur général de l’Office.
"Depuis le départ de Zouiten en novembre dernier, toute la machine de promotion était bloquée dans l’attente d’un successeur. Maintenant qu’un nouveau DG a été nommé, il va falloir patienter encore au moins un an avant qu’il ne se mette dans le bain et annonce des actions fortes car il ne vient pas du tourisme", s’interroge Kabbaj.
En dehors de ce retard qui aurait nui aux intérêts du secteur, notre interlocuteur pense que Adel Al Fakir devra donner de nouveaux moyens à l’ONMT pour se distinguer de son prédécesseur qui malgré un maigre budget a réussi à attirer plusieurs compagnies low-cost qui ont boosté les arrivées étrangères (11 millions en 2017).
"Pour marquer son mandat, il devra attribuer de nouveaux moyens humains aux délégations de l’ONMT à travers l’Europe et le monde. L’office qui est censé assurer la promotion mondiale du Maroc est en sous-effectifs à cause d’un manque cruel de moyens financiers. Il faut donc impérativement augmenter son budget qui plafonne à peine à 750 millions de dirhams par an.
"Sachant que la norme internationale pour la promotion est de 3% des entrées touristiques en devises et que le Maroc réalise 70 MMDH de recettes, nous demandons juste 2% soit 1,4 MMDH pour l’ONMT.
"Le ministre Sajid se bat certainement pour augmenter ce budget mais le vrai décideur est le ministère des Finances qui n’a pas l’air très pressé. Du côté des opérateurs privés, nous perdons également beaucoup de temps à cause de divisions au lieu de défendre cette cause auprès du secteur public.
"Avec un budget conséquent, l’ONMT pourrait développer de grandes campagnes médiatiques sur les marchés traditionnels et émergents et attirer plus de compagnies aériennes avec des subventions.
"De notre côté, nous sommes pour que le Maroc crée ses propres compagnies aériennes pour ne plus être tributaire de ces low-cost qui peuvent plier bagages quand elles le souhaitent", milite Kabbaj.
Selon lui, l’échec des compagnies low-cost marocaines s’explique par le "sabotage" de la direction de l’air (ministère des transports) qui voulait protéger la RAM menacée dans ses monopoles de l’époque.
"Nous ne sommes plus dans la même situation car la compagnie nationale réalise un chiffre d’affaires croissant en Afrique. Air Arabyia cartonne au Maroc avec un capital d’à peine 250 millions de DH. Cela veut dire que l’Etat peut aisément mobiliser 2,5 MMDH pour créer une dizaine de low-cost nationales permettant de ramener davantage de touristes étrangers. On pourrait commencer par 5 grandes villes auxquelles on destinerait 5 avions loués: Air Marrakech, Air Agadir, Air Tanger ….
"Ce n’est pas à l’office de le faire mais plutôt aux ministères du transport aérien et du tourisme. Selon moi, entre ces compagnies régionales et un budget conséquent pour l’ONMT, nous arriverions très vite aux 20 millions de touristes dont nous sommes encore très loin. Pour l’instant, nous sommes obligés de négocier avec des tour-opérateurs comme Thomas Cook pour remplir nos hôtels", conclut le président de la Confédération nationale du tourisme.