Jerada: l’avenir du “Hirak” se décide aujourd’hui
C’est aujourd’hui, jeudi 15 février, que les manifestants de Jerada discuteront des propositions formulées lundi 12 février par le wali de la région, suite à la visite du chef de gouvernement à Oujda. Des propositions qui ont reçu un accueil tiède de la part de la population, surtout parmi les mineurs…
"Toute la ville ne parle que de ça", souligne Chaâbane Bouchaouch, l’un des mineurs clandestins de Jerada, en référence au plan de développement communiqué lundi dernier par Mouad Jamai, wali de la région, au lendemain de la visite à Oujda du chef de gouvernement, Saâdeddine Elotmani.
Selon ce mineur clandestin – qui est également étudiant universitaire, les mesures figurant dans le plan de développement de la région ont laissé un sentiment mitigé parmi les manifestants. S’ils reconnaissent l’aspect positif de certaines propositions, ils demeurent circonspects quant à la mise en œuvre des alternatives économiques.
"Le dossier de Jerada a bénéficié de l’attention des plus hauts responsables de ce pays, et nous respectons cela. Maintenant tout dépend de la concrétisation des mesures proposées, ce qui soulève plusieurs interrogations", observe Chaâbane Bouchaouch.
Des alternatives économiques "très court-termistes"
Au titre des points positifs aux yeux des habitants de la petite ville, citons notamment l’ouverture d’une enquête sur le processus de liquidation des Charbonnages Du Maroc, ainsi que la suspension de 5 permis d’exploitation. Sur ce dernier point, M. Bouchaouch s’interroge: "c’est un bon début, mais pourquoi suspendre uniquement ces 5 permis et pas d’autres? Pourquoi les barons du charbon n’ont-ils pas été inquiétés?".
Quant aux alternatives économiques proposées, leur mise en œuvre ne signifie pas forcément la fin des problèmes aux yeux de la population. A commencer par les mineurs clandestins: "L’idée de constituer une société ou coopérative de mineurs est très court-termiste. Les réserves de charbon sont sur le point de s’épuiser, tout le monde le sait. Il faut que le champ d’action de cette coopérative s’étende à d’autres minerais, ainsi qu’à d’autres activités telle que l’exploitation agricole".
Les emplois proposés dans les centrales thermiques de Jerada ne font également pas l’unanimité parmi les habitants. Trois unités de la centrale thermique de Jerada vont bientôt fermer, en raison de leur impact négatif sur l’environnement. Or, 500 personnes y travaillent actuellement. Auront-ils la priorité dans le processus de recrutement au sein des nouvelles centrales, compte tenu de leur expérience? Dans ce cas combien de personnes inexpérimentées pourront-elles bénéficier de ce processus? Telles sont les questions que se posent des manifestants.
Une "trêve" à l'horizon?
Toujours dans le même contexte, "les autorités ont reconnu l’aspect polluant de trois unités de la centrale thermique, avec ce que cela implique comme ennuis de santé. Dans ce cas, les habitants qui ont souffert de cette pollution des années durant, ne méritent-ils pas une prise en charge ou un dédommagement collectif?", se demande Chaâbane Bouchaouch.
L’ensemble de ces points – et bien d’autres, seront débattus aujourd’hui par les représentants des manifestants ayant assisté à la rencontre de lundi dernier, avec le wali de la région.
C’est en soirée que sera décidée la poursuite ou non des manifestations, même si la tendance générale privilégie plutôt une "trêve", le temps de mettre en œuvre les mesures proposées. Sans oublier certains points en suspens qui n’ont pas reçu d’écho favorable auprès des autorités. Tels que le dédommagement des familles dont des membres ont péri dans les descenderies de charbon. Les mineurs s’inquiètent également du sort de certains d’entre eux, suite à l’ouverture d’une enquête quelques jours après le décès d’Abderrahmane Zoukari, dans une descenderie clandestine.
"Des mineurs ont été convoqués par la police et accusés de dissimulation de cadavre. Lors des interrogatoires, les autorités ont demandé à certains s’ils percevaient de l’argent de source étrangère, comme s’ils étaient des séparatistes. C’est une pente dangereuse…", avertit Chaâbane Bouchaouch.