Conseil national de l’entreprise: les déficits structurels de la région Drâa-Tafilalet
Errachidia a abrité, mardi 6 février, le Conseil national de l’entreprise ainsi que le conseil d’administration de la CGEM – le dernier à être présidé par Miriem Bensalah-Cheqroun. En dépit de la dimension nationale de cette rencontre, les échanges ont essentiellement porté sur l’enclavement de Drâa-Tafilalet et les difficultés rencontrées par les PME de la région.
L’éternelle problématique de l’attractivité économique des régions était au cœur des débats, lors de cet événement qui a réuni aux côtés des membres de la CGEM, des représentants des autorités locales ainsi que Abdelkader Amara, ministre de l’Equipement et des Transports, et Mohamed Sajid, ministre du Tourisme (vidéo ci-dessous).
Miriem Bensalah-Cheqroun, présidente de la CGEM qui arrive au terme de son mandat, a pointé du doigt une série de problèmes structurels qui pénalisent l’attractivité de la région. «J’ai rencontré un certain nombre d’opérateurs avant la tenue du Conseil national, et tous se plaignent en premier lieu de l’enclavement de la province».
Drâa-Tafilalet est l’une des plus récentes régions à avoir été créées, suite au dernier découpage administratif du Royaume. Elle comprend 1,6 M d’habitants, s’étend sur 120.000 km², mais ne contribue qu’à hauteur de 2,6% au PIB national.
«La majorité des acteurs locaux sont des TPE, qui voient leur région comme étant défavorisée, malgré ses potentialités. La région connaît un sérieux déficit en termes d’infrastructures, ainsi que l’absence d’une zone industrielle totalement équipée, à même d'attirer les investisseurs et leur conférer un avantage comparatif», souligne Miriem Bensalah.
> Infrastructures: les projets pour la région
Concernant le déficit d’infrastructures, le ministre de tutelle Abdelkader Amara semble avoir un avis divergent sur la question: «La région comprend 5.400 km de routes dont 3.800 km sont asphaltées».
Dans un exposé très technique, Amara a donné un aperçu des projets de son ministère pour Drâa-Tafilalet, sans pour autant communiquer d’échéance quant à leur concrétisation:
-Voie express Meknès-Errachidia-Rissani: d’une longueur de 381 km, elle nécessite un budget global de 4,528 MMDH: 4,4 MMDH pour les travaux, 100 MDH pour les expropriations et 28 MDH pour les études.
-Tunnel: les études sont en cours pour sélectionner la meilleure des deux options suivantes. A noter que l’accès au tunnel sera payant:
Option 1: Tunnel du Tichka: longueur de 5,4 km, pour un budget estimé à 5 MMDH. Cette option permet aux voitures de gagner 20 mn, et 29 mn pour les camions.
Option 2: Tunnel Ourika: longueur de 10 km, 12 MMDH d’investissement. Ce tracé permet de gagner 78 mn pour les voitures et 112 mn pour les camions.
-Autoroute Meknès-Errachidia: en phase d’études préliminaires, le département de Amara a retenu 9 tracés différents. La longueur prévisionnelle est de 250 km, pour un budget estimé à 15,6 MMDH.
-Plan ferroviaire 2040: développement de 2 nouveaux axes: Meknès-Khénifra-Errachidia et Marrakech-Ouarzazate.
-Aérien: le ministre du Tourisme Mohamed Sajid a annoncé le démarrage imminent d’une desserte quotidienne Casablanca-Errachidia, à seulement 400 DH pour un aller simple.
> Assainir l’environnement des affaires
Afin de redynamiser l’essor économique de la région, les participants au Conseil national de l’entreprise ont identifié trois secteurs prioritaires: tourisme, énergie et mines, agriculture et agro-industrie.
Des niches porteuses de croissance, à condition d’épauler les fragiles PME de la région. Ces dernières affirment subir les affres de l’informel, ainsi que la difficulté d’accéder aux marchés publics - sans oublier le coût de l’énergie qu’ils estiment prohibitif. Plusieurs entrepreneurs ont ainsi demandé l’application d’un taux préférentiel à leur facture énergétique, compte tenu de la présence de trois sites de production à énergie renouvelable dans la région: Ouarzazate, Midelt et Erfoud (en projet).
Au sujet de l’informel et de la concurrence, Miriem Bensalah a fait d’étonnantes révélations: «des entrepreneurs m’ont rapporté que de grandes entreprises nationales procédaient à la création de PME domiciliées dans la région, afin d’être en mesure de décrocher des marchés locaux. Une pratique qui aurait même touché les appels d’offre de la centrale solaire Noor». La présidente de la CGEM appelle les autorités locales – de même que les entrepreneurs, à redoubler de vigilance: «Les grandes entreprises doivent servir de locomotive, et non verser dans la concurrence déloyale».
Les travaux du Conseil national de l’entreprise ont été clôturés par la signature de la charte de création du Comité régional pour l’environnement des affaires (CREA). Une instance qui aura la difficile tâche de réanimer l’économie moribonde de la région Draâ-Tafilalet.
Malgré une multitude de déficits structurels, Miriem Bensalah reste confiante dans l’avenir de la région: «Tous ces problèmes peuvent être résolus si on fait preuve de courage politique». A bon entendeur…