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Le droit de rêver pour les jeunes d'une banlieue déshéritée de Casablanca (AFP)

REPORTAGE. "Réapprendre aux jeunes à rêver": c'est la raison d'être du centre culturel Les Etoiles de Sidi Moumen, une banlieue déshéritée de Casablanca, surtout connue à cause des attentats meurtriers perpétrés en 2003 par une bande de kamikazes issus du quartier.

Le droit de rêver pour les jeunes d'une banlieue déshéritée de Casablanca (AFP)
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Le 6 janvier 2018 à 6h39 | Modifié 6 janvier 2018 à 6h39

"Quand on dit aux jeunes que la violence n’est pas une voie d’expression, il faut leur trouver d’autres voies", explique le cinéaste Nabil Ayouch qui a cofondé ce lieu avec l'artiste Mahi Binebine.

Son lien avec Sidi Moumen s'est noué à la suite des attentats perpétrés par 12 kamikazes et qui ont fait 33 morts en mai 2003.

Il en a tiré un film à succès, "Les chevaux de Dieu", inspiré du roman de Mahi Binebine "Les Etoiles de Sidi Moumen", consacré à la radicalisation de la jeunesse du quartier.

Quand il est venu présenter son film à Sidi Moumen, Nabil Ayouch est reparti avec une conviction - "même dans une zone de non-droit, il y a un droit à l’espoir", et un projet: "réapprendre aux jeunes à rêver".

Le rêve de Yacine, justement, c'est de "devenir concertiste, de jouer avec un orchestre symphonique".

Cet adolescent est venu apprendre le solfège et le piano dès l'ouverture du centre en 2014. "La formation est bien meilleure qu’au conservatoire de Casablanca", dit-il avec assurance, du haut de ses 14 ans.

- 'Il n'y avait rien' -

Danse classique, solfège, musique, ateliers de hip-hop, leçons d'anglais et de français, etc.: plus de 300 jeunes fréquentent comme lui le bâtiment blanc situé près de la nouvelle ligne de tramway, en face d’une mosquée.

Les plannings respectent les horaires des prières, les familles du voisinage apprécient les séances gratuites de cinéma, le passage d'artistes étrangers amène un public de l'extérieur.

"Si on fait un flashback, en 2014 il n’y avait rien, pas de culture, pas de cinéma. Ici, nous sommes au Centre les Etoiles de Sidi Moumen, cela veut dire qu’il y a aussi des étoiles et pas seulement des terroristes", insiste Soumia Errahmani, l'assistante de la direction.

La jeune femme de 24 ans qui masque ses cheveux sous un foulard dit avoir appris ici que "si tu veux, tu peux". Elle est venue pour un stage parce qu’elle avait "toujours rêvé de toucher une guitare et des percussions". Elle a monté un groupe de musique "les Africa Vibes" et elle est restée. Elle s'occupe de gérer les dossiers d’inscription et de "rassurer les parents".

Au Maroc, dans les milieux populaires où dominent les valeurs traditionnelles, "le rapport à l’art en général et à la danse en particulier, est très difficile", dit-elle. Mais Les Etoiles changent la donne, peu à peu: "les parents viennent voir les spectacles, ils sont fiers de leurs enfants, les mères qui s’inquiétaient de voir leur filles danser viennent demander des conseils, certaines empruntent des livres".

 'Murs invisibles' 

Pour Nabil Ayouch, le principal enjeu c’est "de briser les murs invisibles", dans les esprits ou dans la géographie urbaine qui "réserve la culture aux centre-ville".

Ce Franco-marocain a grandi en banlieue parisienne, "au milieu des barres" de Sarcelles. Il a vu ses premiers films "au ciné-club de la MJC", la Maison de la jeunesse et de la culture, et y a puisé "un imaginaire très fort".

"Je me suis rendu compte bien plus tard que si j'étais devenu réalisateur, c'est probablement parce que j'avais fait toutes ces rencontres", raconte le cinéaste de 48 ans dont le dernier film "Much Loved" a été sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes et censuré au Maroc.

Après Casablanca, un autre centre culturel, "Les Etoiles de Beni Makada" a ouvert mi-novembre à Tanger (nord). Comme Sidi Moumen, Beni Makada est un quartier pauvre et surpeuplé, surtout réputé pour ses trafics, ses bagarres et ses descentes de police.

Comme à Casablanca, il s’agit de "changer les regards sur le quartier", de "montrer qu’il y a aussi de jeunes talents", de "faire venir des gens de l’extérieur", a expliqué à l'AFP le directeur local, Annafs Azzakia Ben Sbih, lors de l'inauguration.

Un autre centre doit ouvrir à Fès l’an prochain, puis un autre à Marrakech, dans le même type de périphérie marginalisée.

"L’idée, c’est de créer un maillage, un réseau avec des programmes similaires et des programmations partagées, avec des enseignants passionnés, formés et rétribués qui viennent ouvrir des brèches et permettent aux jeunes de s’y engouffrer", souligne Nabil Ayouch. Le fonctionnement repose sur des dons privés et des partenariats avec les instituts culturels étrangers.

C'est sous le signe des Etoiles que Meriem, 21 ans, s'est lancée dans le rap. Elle travaille sur un nouveau titre, "ce qui appartient aux filles", rêve de concerts et de tournées. Son père est contre mais sa mère la soutient: "elle m'encourage et me dit +vas-y fonce+". (AFP)

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Le 6 janvier 2018 à 6h39

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