UA-UE. Le Roi plaide pour un véritable partenariat transversal
Le Roi Mohammed VI a appelé à une nouvelle vision dans le domaine migratoire, soulignant la nécessité de "faire de l’immigration un sujet de débat apaisé et d’échange constructif".
"Le temps n’est plus au diagnostic, ni aux polémiques d’arrière-garde. Le temps est à l’action", a insisté le Souverain dans un message adressé, mercredi 29 novembre au 5e sommet Union africaine-Union européenne à Abidjan.
"La solidarité entre l’Europe et l’Afrique n’est ni un concept vide, ni un lien fondé sur une philanthropie univoque. Elle relève d’une responsabilité et d’une dépendance réciproques. La logique d’assistanat verticale peut à présent céder le pas à un véritable partenariat transversal", a souligné le Roi.
"Il s’agit, pour l’Afrique et pour l’Europe, de faire face, de concert, aux défis incontournables, par une compétitivité partagée, une co-localisation des entreprises productives, une mobilité humaine régulée et des échanges culturels féconds.
Parallèlement, la conditionnalité de la dette doit être revue, a affirmé le Souverain. Les pays occidentaux attendent, en effet, que certains pays d’Afrique -indépendants depuis moins d’un demi-siècle- aient des performances politiques et économiques aussi positives et aussi importantes que les leurs, et leur imposent donc des conditions impossibles à respecter.
Cette aberration est d’autant plus vive, que ces mêmes pays européens ont parfois, eux-mêmes, de grandes difficultés sur les plans financier et politique.
Le Souverain n'a pas manqué de dénoncer les pratiques atroces rapportées par les médias, et subies par des migrants en Libye. "Il s’agit d’un véritable déni de l’humanité", a-t-il regretté.
"Peu capables ou peu désireux de saisir les causes profondes du phénomène migratoire, on le fige et on le généralise dans des représentations stéréotypées: à travers des images de déferlements de personnes sans travail et sans ressources, parfois aux profils douteux.
"Si l’UMA avait réellement existé, nous serions plus forts face à ce défi"
"Or, hélas, l’UMA n’existe pas! Et les flux migratoires, à la faveur de conflits régionaux, sont souvent la proie de réseaux de trafics divers, allant des stupéfiants aux filières terroristes".
Le Souverain a annoncé qu'il va soumettre, lors du prochain sommet de l’UA, des propositions pour développer un véritable agenda africain sur la migration.
En juillet 2017, il a présenté une note préliminaire lors du 29e Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine.
Cet agenda se décline en quatre niveaux d’actions: national, régional, continental et international.
Corriger les mythes
Dan son message, le Souverain a insisté sur la nécessité de corriger quatre mythes "infondés" sur la migration:
- "La migration africaine n’est pas, de manière prédominante, intercontinentale. Elle est d'abord intra-africaine: sur 5 Africains qui se déplacent, 4 restent en Afrique;
- "La migration irrégulière n’est pas majoritaire: elle ne correspond qu’à 20% de la migration internationale;
- "La migration n’appauvrit pas les pays d’accueil: 85% des gains des migrants restent dans les pays d'accueil;
Et enfin, le Souverain a rappelé qu’il "n’y a plus de distinction entre pays d’émigration, de transit et d’installation".
(Avec MAP)