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SOCIETE

Migrants subsahariens. Ce qu’en disent des acteurs associatifs

Autant ce sujet, à la fois social, politique et économique soulève un grand débat sur les réseaux sociaux, autant il est difficile de trouver des interlocuteurs qui acceptent d’en parler. Et ceux qui ont bien voulu apporter un éclairage ont exigé l’anonymat. 

Migrants subsahariens.  Ce qu’en disent des acteurs associatifs
Nabila Fathi
Le 28 novembre 2017 à 18h17 | Modifié 11 avril 2021 à 2h44

"C’est un fait divers qui ne permet pas de faire une lecture raisonnée de la question de la migration en provenance des pays subsahariens. Rattacher l’insécurité à Casablanca à la présence des migrants est complètement faux", tient à préciser de prime abord le président d’une association qui travaille sur la question migratoire depuis quelques années.

Par fait divers, il fait référence aux événements survenus le soir du vendredi 24 novembre  dans le quartier Derb El Kebir et Ouled Ziane à Casablanca provoquant des affrontements entre groupes de Marocains résidant dans le quartier et des groupes de ressortissants subsahariens qui squattent depuis quelques mois un parc mitoyen.

Qui sont-ils ?

"Le site d’Ouled Ziane est le plus grand campement informel de la ville. Mais pas le seul. Vu le nombre de migrants subsahariens en situation de rue, je peux assurer qu’il y a certainement d’autres sites plus petits notamment dans les parcs casablancais de moindre envergure. Ces squats, quelle que soit leur taille, sont tous le résultat du déplacement de cette catégorie de migrants en transit de ville en ville et l’impossibilité pour eux de se rendre dans les pays du Nord. Le phénomène devient structurel", explique notre source.

Qui sont donc ces migrants  qui ont élu domicile dans ces campements?

"Ils sont de différentes nationalités, une quinzaine. Parmi eux, ceux qui sont là depuis 4 ou 5 ans et qui veulent voyager. Pour cela, ils ont besoin d’argent et font la manche. D’autres qui n’y sont que depuis quelques semaines. Leur nombre est plus important que les années passées notamment pour des raisons géopolitiques. La Libye commence à fermer ses frontières; Alger et Tunis ont durci leurs politiques envers les migrants subsahariens; le Maroc se retrouve donc avec de nouvelles vagues de personnes  qui arrivent dépossédés de tout au terme d’un long parcours", analyse une autre source opérant dans l’associatif.

LIRE EGALEMENT: AFFRONTEMENTS ENTRE MAROCAINS ET MIGRANTS SUBSAHARIENS A CASABLANCA

C’est ce qui explique selon notre interlocuteur que ces migrants s’orientent vers la mendicité, généralement en bande. "L’argent récolté ne sert pas seulement à économiser pour voyager, mais également à subvenir aux besoins basiques, comme manger, se rendre au bain maure… Ils se déplacent en groupe parfois de 40 personnes pour se protéger des éventuelles agressions", ajoute-t-il.

Un phénomène national

Casablanca n’est pas la seule ville où des campements pareils existent. Pour des raisons évidentes, les premiers ont vu le jour dans le nord du pays, notamment à Tanger et Nador dans la forêt Gourougou.  

A Fès également, un squat similaire existe à proximité de la gare et compte plus de 1.000 personnes en moyenne, selon les estimations d’une association locale. Le nombre des occupants varie entre 300 et 1.300 personnes, dont certains arrivent à gagner l’Europe. D’autres rentrent bredouilles au squat après une tentative échouée… .  

A Marrakech, Agadir et dans toutes les grandes villes du Maroc, c’est le même constat.

"Devant cette inflation, la grande faille est l’absence de services de base: un robinet pour se laver, une couverture pour se protéger du froid et de la nourriture.  Depuis presque deux ans, nous avons constaté une détérioration de l’état physique et psychologique des migrants en situation de transit. Ils passent la journée entière à demander l’aumône. La nuit, ils sont tout simplement dans la de rue, sans aucune protection. Le Samu social à lui seul ne peut pas remplir ce rôle. Ses capacités sont limitées, y compris celles d’accueil de nuit", ajoute notre source.

Que faut-il faire?

"Le Maroc subit un phénomène migratoire mondial aujourd’hui, mais avec à peine 4.000 passages par an en Europe, le pays ne constitue pas une route migratoire importante, mais doit tout de même gérer des points de passage. A titre de comparaison, ce nombre atteint jusqu’à 200.000 en Libye. Mais le Maroc se développe et attire forcément des étrangers, y compris des Syriens. Ces derniers ont néanmoins plus de facilité d’intégration que les subsahariens pour des raisons de barrières multiculturelles. Beaucoup sont victimes de traite humaine", déplore ce militant.

Selon des chiffres non officiels, le nombre de migrants subsahariens varie entre 60.000 et 80.000 personnes, généralement des jeunes de 14 à 35 ans, majoritairement des hommes. Tous ne sont pas intéressés par les opérations de régularisations lancées ponctuellement par le Maroc.

"Il y a eu deux vagues de régularisation, une en 2014 avec la régularisation de 18.000 personnes sur un total de 25.000 et une autre en 2017 sur injonction du Roi. Selon nos informations,  il y a eu 26.000 dossiers avec peine à 30% à 40% de réponses positives ", ajoute-t-il

Que deviennent-ils une fois régularisés? Peu de données existent. Mais selon les acteurs associatifs, c’est dans l’informel qu’ils arrivent, et difficilement à trouver du travail.

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Nabila Fathi
Le 28 novembre 2017 à 18h17

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