Sidi Boulaalam: première reconstitution de la tragédie
Les premiers récits diffusés par les confrères et les réseaux sociaux permettent de réaliser une petite reconstitution de la tragédie de Sidi Boulaalam.
A l’origine des événements tragiques, une initiative de l’association “Aghissi de mémorisation du Coran et des œuvres sociales“. Cette association a organisé et pour la cinquième année consécutive, une distribution de produits alimentaires (banderole ci-dessous). Les produits en question sont de la farine, de l’huile, du thé et du sucre.

La distribution a été programmée pour le 19, 20 et 21 courant, “à l’occasion de la Marche Verte“, annonce la banderole, au domicile de son président sis dans la commune de Sidi Boulaalam, région d’Essaouira.

Le président en question s’appelle Abdelkbir El Hadidi (photo). Il apparaît sur plusieurs vidéos de confrères, consécutives au drame, où il relate sa version. Il y affirme avoir obtenu les autorisations préalables auprès des autorités publiques et que cette opération de distribution est effectuée pour la cinquième année consécutive.
Dès minuit, les candidats commençaient à arriver. C’est dire. Toutes les images montrent une présence exclusivement féminine, à part les premiers rangs où se trouvaient selon le président de l’association, 1.200 à 1.500 hommes.
Ces hommes seront servis en premier, sur décision du président. A l’aube, ils font la prière d’Al Fajr, collectivement et il distribuera les sacs en priorité, selon ses propres dires, aux “prédicateurs, tolbas (récitateurs de coran), muezzins, imams“.
Ensuite seulement, commence la distribution aux femmes. Des milliers de femmes sont sur place. Peut-être parce que ce sont des veuves ou des divorcées, en situation précaire, ou parce que les corvées sont souvent dévolues aux femmes. La majorité écrasante d’entre elles sont mères de familles.
Selon les autorités locales, environ 4.000 personnes sont présentes.
Le président affirme ne s’être rendu compte de rien, ni bousculade ni problème, puisque selon sa version, il était resté à l’intérieur du local de stockage.
Différents témoins affirment que le président ou l’un de ses adjoints sortaient à intervalles réguliers pour filmer la foule et que la bousculade, voire la détresse, étaient visibles.
En tout état de cause, la bousculade se déclenche vers 10H30, “sous la pression du soleil, de la chaleur, de la soif“ selon les témoignages.
A 11H00, la foule se disperse, de nombreux corps gisent par terre, une vieille dame donnée pour morte, est sauvée par les passants, les ambulances arrivent…
Mohamed Analfous, président de la section régionale de l’AMDH Marrakech-Safi, nous décrit la distribution d’aides comme “désorganisée et contraire à la dignité humaine“. Il ajoute: “cela fait 4 ou 5 ans que l’association organise ce genre de distribution, avec des débordements chaque année“.
“La majorité d’entre elles travaille dans des coopératives d’huile d’argan“, estime-t-il.