2018 sera-t-elle l’année du capital-investissement?
Après le lancement lundi d’Innov Invest - fonds pour l'appui et le financement des start-up et des projets innovants, verrons-nous le réel amorçage du capital-investissement?
Pour intéressant qu’il soit, le capital-investissement demeure un mécanisme relativement peu utilisée par les entreprises marocaines, encore moins par les start-up.
Le mois d’octobre 2017 a vu la mise en place de deux événements susceptibles de booster le recours au capital-investissement: la création du fonds Innov Invest, ainsi que l’introduction dans le PLF 2018 d’un crédit d’impôt favorisant l’investissement dans les entreprises innovantes.
Vers un effet d’entraînement
Des mesures dont se félicitent les membres de l’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC), comme l’explique sa déléguée générale, Françoise De Donder: "C’est un excellent début. La création d’Innov Invest est le résultat d’un travail initié en 2014, mené conjointement par l’Amic et les cadres du ministère des Finances. L’investissement en capital demeure un mode de financement peu répandu, mais qui connaît une importante marge de progression".
Le fonds Innov Invest, géré par la Caisse centrale de garantie (CCG), compte investir 700 MDH durant les cinq prochaines années dans le capital d’entreprises innovantes. A ce sujet, il est bon de rappeler qu’une entreprise est considérée comme "innovante’’ si elle consacre au moins 30% de son budget à la R&D.
"Nous comptons sur un effet d’entraînement. L’intervention du secteur public traduit une réelle volonté de dynamiser ce type d’investissement. L’engagement d’institutionnels du calibre de la BMCE, Attijariwafa Bank, Masen, Irisen… reflète aussi la confiance en ce projet. Quant aux acteurs privés, le fonds permet de mieux organiser et de fédérer l’écosystème du capital-investissement", souligne Françoise De Donder.
Les start-up à la traîne…
Du côté de l’AMIC – qui comprend 25 membres dont la majorité sont des sociétés de gestion retenues dans le cadre des conventions signées avec la CCG, on nourrit de gros espoirs quant au rôle d’Innov Invest dans l’essor du capital-risque.
Toutefois, force est de constater que jusqu’à présent, le capital-investissement n’a pas vraiment profité aux start-up – innovantes ou pas:
-Selon les dernières statistiques de l’AMIC, jusqu'à fin 2016, 183 entreprises ont bénéficié d’un investissement en capital de l’ordre de 6,3 MM DH.
-80% de ce montant a bénéficié à des entreprises bien établies, qui souhaitent poursuivre leur développement. Sur ce point, on apprend auprès de l’AMIC que les fonds marocains sont plutôt généralistes et multisectoriels, avec une prédilection pour l’industrie : automobile, chimie, agroalimentaire, santé,…
-En valeur, l’amorçage-risque ne représente que 7% de cette enveloppe
"Cela est compréhensible car jusqu’ici le ratio rendement/risque était trop faible pour inciter à l’investissement", précise la déléguée générale de l’AMIC. En clair, le gain potentiel était minime par rapport aux risques encourus…
Pour aller de l’avant et mieux cibler les start-up, la commission d’amorçage de l’AMIC travaille actuellement sur une étude du segment "Amorçage-risque’’. Parmi les pistes de réflexion retenues, l’intérêt de créer un nouveau véhicule d’investissement dédié à l’amorçage-risque, ainsi qu’un benchmark des expériences réussies et adaptables au Maroc – avec un focus sur le Chili et le Rwanda. Les résultats de cette étude seront dévoilés au cours des premiers mois de 2018.