L’Istiqlal dans le gouvernement? trop tôt pour le dire
Le microcosme médiatico-politique bruisse de rumeurs au sujet d’une entrée de l’Istiqlal au sein du gouvernement. Eclairage et analyse.
Pour que l’Istiqlal entre au gouvernement, il faudrait qu’il y ait remaniement. Et pour qu’il y ait remaniement, il faudrait qu’il y ait un changement majeur.
Au cours des précédentes semaines, il y a eu deux changements ayant une incidence sur le champ politique:
-l’élection de Nizar Baraka, il y a à peine une semaine, à la tête de l’Istiqlal.
-les audits lancés par le Roi à l’égard des projets d’Al Hoceima: les enseignements tirés de la crise d’Al Hoceima touchent à la gouvernance, à l’efficacité, au contrôle et au suivi des projets, au modèle économique lui-même, mais à ce stade n’ont concerné ni des partis politiques ni des hommes politiques spécifiques.
Contrairement à ce qu’ont déclaré des analystes politiques ou des médias, le Roi n’a évoqué un “séisme politique“ que dans un cadre bien précis: lorsqu’il a demandé une réflexion générale au sujet du modèle de développement. Voici exactement ce qu’a dit le Roi:
"Nous invitons le gouvernement, le parlement et les différentes institutions ou instances concernées, chacun dans son domaine de compétence, à reconsidérer notre modèle de développement pour le mettre en phase avec les évolutions que connaît le pays. (…)
"Fidèle à l’approche participative dont nous nous prévalons toujours pour aborder les problématiques nationales majeures, comme la révision de la Constitution et la régionalisation avancée, nous appelons à ce que soient associés à ce processus de réflexion l’ensemble des compétences nationales, des acteurs sérieux et des forces vives de la nation.
"En outre, nous appelons tout un chacun à faire montre d’objectivité en appelant les choses par leur nom, sans complaisance ni fioriture, et en proposant des solutions innovantes et audacieuses; quitte à s’écarter des méthodes conventionnelles appliquées jusqu’ici, ou même, à provoquer un véritable séisme politique“.
Pour ce qui concerne l’Istiqlal, ce n’est pas parce que le parti a changé de secrétaire général qu’il va retrouver une place au sein du gouvernement. Sinon, cela sera bientôt le cas du PAM aussi.
La décision de participer ou pas relève du Conseil national. Celui-ci a bien décidé, fin 2016, de participer au gouvernement. Cette décision est-elle toujours valable? Ce n’est pas certain, car la conjoncture a changé et la composition du conseil national aussi.
Baraka estime que la situation actuelle est marquée par un certain “flou“. Il est contre les alliances opportunistes, conjoncturelles ou affinitaires. Il entend mettre en avant les programmes et les projets de chaque parti pour trouver ensemble un “programme commun“. Et l'Istiqlal ne frappera pas à la porte du gouvernement sans réunion préalable et décision de son conseil national.
Le nouveau comité exécutif a tenu sa première réunion sous la présidence du nouveau secrétaire général le jeudi 12 octobre. Les instances de l’Istiqlal se remettent en état de marche. Tout celà va demander plusieurs semaines ou quelques mois. L’Istiqlal ne sera pas en position de prendre position avant la fin de l’année. D’ici là, le “concurrent“ PJD aura (ou pas) changé de secrétaire général.
Cela étant dit, force est de constater qu'au sein de l'Istiqlal, il y a une forte pression en faveur d'une entrée dans le gouvernement. Cette pression est exercée par des dirigeants qui s'estiment "ministrables". La dernière rumeur en date concerne une éventuelle nomination de Youssef El Amrani, en tant que ministre délégué chargé des Affaires africaines, poste dont la création a été annoncée par le Roi dans le discours de l'ouverture de la nouvelle session parlementaire, prononcé vendredi 13 octobre. Youssef El Amrani a été ministre avec une étiquette de l'Istiqlal.
Si cette rumeur se confirme, la seule question sera de savoir s'il portera de nouveau l'étiquette du PI ou pas.
Bref, dans certaines instances du parti, ceux qui se croient concernés ou en position ministrable, ne demandent qu'à y croire. Si El Amrani revient au gouvernement, ils y verront une porte ouverte pour leur propre nomination.
Le rêve (d'un poste) est un moteur de la vie politique.