Guerre des visas entre les Etats-Unis et la Turquie
Les Etats-Unis et la Turquie ont réduit, dimanche 8 octobre, leurs services de délivrance de visas respectifs, alimentant une tension diplomatique encore accentuée par l'arrestation d'un employé turc à la mission américaine à Istanbul mercredi 5 octobre.
L'ambassade américaine à Ankara, qui a dégainé la première, a déclaré que le gouvernement américain avait été forcé à réévaluer "l'engagement" de la Turquie à l'égard de la sécurité des services et du personnel des missions diplomatiques, et ce à la lumière des "événements récents".
Au-delà de cette formulation sur des "événements récents", l'ambassade américaine n'a pas explicitement mentionné l'arrestation de son employé turc.
Celui-ci a été placé en détention provisoire par un tribunal d'Istanbul mercredi soir, accusé de liens avec le mouvement du prêcheur Fethullah Gulen, réfugié aux Etats-Unis, qu'Ankara estime impliqué dans le coup d'Etat raté de 2016 contre le président Recep Tayyip Erdogan.
Concrètement, les Etats-Unis ont "suspendu tous les services de visas pour les non-immigrants dans tous les bureaux diplomatiques américains en Turquie".
Les visas de non-immigrant sont délivrés à ceux qui se rendent aux Etats-Unis pour le tourisme, des traitements médicaux, les affaires, un travail temporaire ou des études. Les visas d'immigrants concernent ceux qui cherchent à vivre aux Etats-Unis de façon permanente.
La Turquie a répliqué dimanche en suspendant "tous les services de visas" pour les Américains aux Etats-Unis, précisant que cela vise également les visas délivrés en ligne et à la frontière.
Dans une tentative apparente de se moquer de l'annonce américaine, l'ambassade turque à Washington a publié successivement deux déclarations qui étaient presque des copiés-collés de celle de l'ambassade américaine à Ankara.
Dès jeudi 6 octobre l'ambassade des Etats-Unis s'était déclarée "profondément préoccupée" par l'arrestation de son employé, et elle avait rejeté les allégations visant celui-ci comme "totalement sans fondement". L'homme a été inculpé pour espionnage et tentative de renversement du gouvernement.
Le porte-parole d'Erdogan, Ibrahim Kalin, avait défendu cette arrestation, affirmant "qu'il devait y avoir des preuves sérieuses" et pointant du doigt un appel téléphonique du consulat américain d'Istanbul à un suspect clé le soir du coup d'Etat, le 15 juillet 2016.
Cette dernière arrestation suit celle d'un employé turc du consulat américain à Adana (sud), arrêté en mars pour avoir soutenu le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
(Avec AFP)