Face à des rivaux féroces, l'agriculture française s'accroche
Face à la concurrence effrénée de leurs voisins, les producteurs français de fruits et légumes ont vu s'effondrer ces dernières années leurs parts de marché et ont vu disparaître la moitié d'entre eux depuis les années 1980.
"Il y a 30 ans, on était autosuffisants, aujourd'hui, on importe 40% de nos fruits et légumes", alerte Raymond Girardi, vice-président du Modef (Confédération syndicale agricole pour les exploitants familiaux).
"En 2004, la France produisait à peu près 400.000 tonnes de pêches nectarines, on produisait ce qu'on consommait. En 2014, on a produit 200.000 tonnes. On a perdu 50% de notre capacité de production", renchérit Luc Barbier, producteur de prunes dans la région de Nancy et président de la FNPF (Fédération nationale des producteurs de fruits), une branche de la FNSEA.
Principal accusé de cette perte de vitesse: le coût de la main d'œuvre en France.
"Plus de 60% du coût de revient d'un abricot, c'est la main d'œuvre. Ici, elle revient à 13/14 euros de l'heure, en Espagne, c'est 6 euros", s'alarme Nathalie Bonnet, dont le verger s'étend sur quelque 300 hectares à Générac (Gard).
Elle est d'autant plus inquiète que l'Espagne, ces dernières années, "a planté de manière suffisamment importante pour nous gêner à l'export", et que la marchandise arrive "avec un niveau qualitatif similaire au nôtre".
Une piste pourrait toutefois permettre de contourner cet écueil: comme l'industrie automobile avant elle, la production de fruits et légumes s'ouvre de plus en plus à la robotique.
"On essaye aujourd'hui d'avoir un verger qui soit prêt à accueillir la robotisation", explique ainsi Arnaud de Puineuf, de la société angevine Pomanjou, un des plus gros producteurs français de pommes. Seule la cueillette pose encore problème, mais des sociétés, notamment américaines, semblent de plus en plus proches de trouver un robot cueilleur qui n'abîme pas le fruit.
"Quand on en arrivera à ce point-là, on aura tout-à-fait de quoi devenir compétitif au niveau mondial", veut croire Arnaud de Puineuf.
Si certains producteurs de pays voisins sont accusés de dumping, tant social que sur les prix, l'interprofession espère profiter des Etats généraux de l'alimentation pour faire bouger le cadre législatif et faire valoir son modèle plus vertueux.
(Avec AFP)