Contrôle fiscal: CIH Bank appelle à un alignement des règles du fisc sur celles de BAM
Ce mardi 12 septembre, le top management de CIH Bank s'est expliqué sur le contrôle fiscal qui a plombé ses résultats semestriels à fin juin 2017. Le groupe a en effet vu son RNPG régresser de 32,3% pour se situer à 122,1 MDH.
"Nous sommes la seule banque qui est catégorisée par l’administration fiscale [La banque a en effet reçu la catégorisation fiscale «A» par la Direction générale des impôts, ndlr.], et nous respectons méticuleusement les règles fiscales. Mais il s’est avéré que nous avions une interprétation très différente sur la fiscalité des provisionnements", a affirmé Ahmed Rahhou, patron du groupe CIH Bank.
Le groupe bancaire estime que le dénouement du contrôle fiscal qu'il a subi a révélé des divergences qui subsistent dans les règles de provisionnements imposées par le fisc d'une part, et celles préconisées par Bank Al Maghrib d'une autre part.
Alors que les règles de la Banque centrale supposent un provisionnement des crèances dès que le risque se fait sentir autour de celles-ci, l’administration fiscale ne considère comme fiscalement déductibles que les provisions qui ont donné lieu à des suites judiciaires dans les 12 mois qui suivent la constitution de la provision.
Par ailleurs, le contrôle fiscal des provisions s'est étalé sur une période de 10 ans, soit depuis la date du dernier contrôle, comme le veut la déontologie du fisc en matière de provisions: "Et comme vous connaissez le montant des provisions dans les banques... on considère plutôt que la facture que nous avons eu n'est pas dramatique", ajoute M.Rahhou.
Dans le même sillage, notre interlocuteur affirme que des discussions sont en cours avec le ministère des Finances pour qu'il y ait un alignement entre les règles fiscales et les règles de BAM en la matière.
Et aussi les charges du démarrage d'Umnia Bank
En plus du contrôle fiscal, il faut dire que d’autres éléments ont plombé les performances financières du CIH Bank, à savoir les charges liées au démarrage de l’activité d’Umnia Bank, ainsi qu’un coût du risque relativement élevé.
La banque participative du CIH Bank a en effet terminé le premier semestre 2017 sur un déficit dépassant les 23 MDH, que CIH Bank a absorbé en totalité, vu qu'il représente l’entité gestionnaire d’Umnia Bank même s'il n’en détient que 40%.
"Umnia Bank continuera à être déficitaire au moins sur cette année", ajoute Ahmed Rahhou. Et pour cause, les financements qui n’ont pas encore démarré alors que ce sont eux qui alimentent le compte d’exploitation. Et alors que le corpus légal de la Mourabaha vient d’être défini, M. Rahhou affirme que les demandes de financements mourabaha immobilière sont nombreuses mais qu'à ce stade, rien ne peut être fait.
D’une autre part, CIH Bank affiche un coût du risque élevé, tant au niveau consolidé (+43,4% à 152,2 MDH) qu’en social (+100% à 128,4 MDH). Ahmed Rahhou affirme toutefois que la banque a encore des reprises à récupérer au cours de l’année, surtout au niveau du secteur de l’immobilier, qui se trouve dans une posture difficile: "Nous ne voulons surtout pas brader les actifs de la banque, et quand le marché n’est pas porteur, on s’abstient de récupérer ou on diffère", explique Rahhou.
Au niveau commercial, Ahmed Rahhou ajoute que des mesures comme la gratuité de la tenue des comptes (avec le produit Code 30) ou la suppression des dates de valeurs, constituent "une stratégie gagnante", avec comme gage un PNB qui augmente de 11% au niveau social.
"L’instantanéité des opérations, la visibilité totale des comptes pour le client, la possibilité de procéder à toutes les opérations via son mobile… c’est ce qui fait la banque digitale", explique Ahmed Rahhou. "Des pratiques comme les dates de valeur vont bientôt disparaître, avec des opérateurs de paiement et les opérateurs technologiques qui entrent dans le jeu".
Au terme du premier semestre 2017, CIH Bank est donc passé par une mauvaise passe, même si l'entreprise s'en sort avec un résultat positif. Ahmed Rahhou affirme que fin 2017, l’impact du contrôle fiscal aura été absorbé, et que des créances provisionnées significatives seront reprises, ce qui permettra à la banque de boucler l'année en cours sur un résultat quasiment au même niveau que celui d'une année auparavant.