Conjoncture, secteur bancaire, flexibilité du dirham: Ce qu'en dit Ahmed Rahhou
Le PDG du CIH Bank est connu par ses analyses pertinentes. Pour lui, la reprise tant attendue de l'économie marocaine pour l'année en cours n'est pas suffisante, et plusieurs secteurs peuvent mieux faire.
Intervenant lors de la présentation des résultats semestriels du groupe qu’il gère, le président du CIH Bank Ahmed Rahhou n’a pas mâché ses mots sur des dossiers importants tels que la conjoncture économique ou la flexibilisation du Dirham.
S'agissant de l'économie, M. Rahhou affirme que si des secteurs se comportent généralement bien, à l’instar des métiers mondiaux du Maroc (automobile et aéronautique), d’autres affichent de performances moins importantes freinant ainsi la reprise économique qui, selon lui, peut mieux faire. En effet, les chiffres de la reprise attendus pour 2017 ne satisfont pas notre interlocuteur.
PDG d’une banque longtemps axée sur l’immobilier, Ahmed Rahhou regrette que ce secteur soit toujours en difficulté: "Les productions de logement ont commencé à baisser l’année dernière déjà, en plus des transactions, ce qui a influencé la production de crédits bancaires qui sont alloués au secteur", nous confie-t-il.
L’encours du crédit immobilier avance donc à petits pas et le secteur "ne semble pas être dans une situation de repris"» selon Rahhou. Il estime que l'immobilier a besoin du dynamisme que peuvent lui donner des mécanismes spécialisés, comme les OPCI (Organismes de placement collectif en immobilier).
"Sur ce sujet, les textes réglementaires tardent un peu", explique-t-il. Il affirme que la filiale du groupe CIH Bank Ajarinvest, spécialisée en la matière, est quasiment prête et n’attend que les tampons réglementaires.
Au niveau du secteur bancaire, Rahhou signale le bon comportement des marges à fin juin 2017, après la baisse qu’elles ont subie en 2016.
Dans le même sillage, l’amélioration que connaît à présent le crédit bancaire n’est pas suffisante selon Rahhou: "Nous constatons un petit frémissement qui n’est pas encore de nature à inverser les tendances, ni à booster l’économie", indique-t-il.
"Le Dirham est à sa juste valeur"
Pour le patron de CIH Bank, le dossier de la flexibilisation du Dirham a été sur un démarrage qui a connu des comportements anticipateurs d’une dépréciation de la monnaie nationale: "Si les gens anticipent un phénomène, celui-ci finit par se produire", prévient-il
Il explique: "Si tout le monde commence à acheter du sucre en supposant qu’il y aura une pénurie de sucre, alors celle-ci se produira forcément vu que tout le monde aura stocké du sucre chez lui".
Cet exemple, notre interlocuteur le duplique sur la ruée qu'ont subie récemment les réserves de change: "Les gens ont acheté des devises pour couvrir leurs positions, et ça a réduit les réserves, poussant ainsi les autorités à reporter la mesure".
Le patron du CIH Bank affirme qu’il n’y a toutefois pas eu de spéculation contre le Dirham: "Tout ce que nous avons fait, c’est que nous avons répondu aux souhaits des clients de couvrir leurs positions", indique-t-il.
Il ajoute: "Nous ne sommes pas dans une logique d’anticipation d’une dépréciation. D’ailleurs, je pense que le Dirham est à sa juste valeur aujourd’hui, et qu’il n’y a pas de raison de s’inquiéter".