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Migrants subsahariens à Fnideq: les rafles s’intensifient dans le nord du Maroc

Depuis plusieurs jours près de Fnideq, des candidats à l’émigration vers l’Europe sont interpellés et conduits par autocar vers d’autres villes du Royaume.

Migrants subsahariens à Fnideq: les rafles s’intensifient dans le nord du Maroc
Jamal Amiar
Le 5 septembre 2017 à 11h32 | Modifié 11 avril 2021 à 2h42

“Chaque jour, deux à trois autocars partent vers d’autres villes du Maroc où ils déposent les jeunes Sénégalais, Guinéens, Libériens ou Camerounais interpellés dans les forêts autour de Fnideq“. L’agent des forces de l’ordre qui décrit la situation n’a aucune illusion non plus sur une interruption prochaine de la pression migratoire. “Ils sont conduits dans d’autres villes du Maroc mais pas aux frontières car c’est illégal, souligne-t-il. Certains décideront de s’installer au Maroc et de faire une demande de régularisation et d’autres de retourner chez eux; d’autres essaieront de trouver un travail et de mettre de l’argent de côté avant de revenir au Nord pour tenter de passer vers Sebta ou Mélillia“.

A Fnideq et Belyounech, Médias24 a pu apprendre que ces rafles se poursuivent depuis plusieurs jours. “Il y en a eu hier dimanche 3 et ce lundi 4 septembre, indique Moussa [le prénom a été changé], un jeune Sénégalais de 19 ans. Entre hier et aujourd’hui, près de 180 de nos camarades ont été arrêtés; moi je suis arrivé à me cacher“.

Moussa se trouve au Maroc depuis près d’un an et il a déjà plusieurs tentatives infructueuses de passage en force vers Sebta à son actif. A ses côtés, se trouve Lamine, jeune Guinéen âgé de 15 ans. Son ami Moussa le Sénégalais précise: “c’est un enfant“, dit-il. Lamine est déjà au Maroc depuis plus d’un an où il est arrivé via l’Algérie et Oujda. Les deux jeunes sont chichement vêtus et ils portent un sac avec quelques habits dedans et une casserole sans manche.

Interpellations à Sebta par la police espagnole (archives)

Migrants subsahariens à Fnideq: les rafles s’intensifient dans le nord du Maroc

 

Sur le bord de la double voie qui mène de Tanger Med à Belyounech, un groupe de trois Libériens marchent et engagent la conversation avec méfiance. Ils viennent de Tanger. Ils sont arrivés au Maroc depuis peu de temps. Ils sont au courant des rafles et semblent modérément rassurés. La fatigue se lit sur leurs visages.

Ils ont fait Monrovia-Tanger avant d’en arriver là. Par la route côtière ouest-africaine, c’est 4.695 kilomètres renseigne Google Maps; 61 heures en voiture si tout va bien toujours selon le moteur de recherche … Mais les jeunes Subsahariens du XXIe siècle ne sont pas des voyageurs comme les autres.

Parlant du récent film du Chinois Ai Weiwei, Human Flow, présenté à la Mostra de Venise fin août, Jacques Mandelbaum écrit dans Le Monde du 3-4 septembre que celui-ci “rend sensible à l’injustice de l’exil forcé; c’est une humanité déplacée, précaire, privée d’intimité, sevrée d’espérance, désespérée, humiliée, vivant d’expédients et de rebuts aux portes des démocraties, dans des camps de fortune. Une humanité de papiers et de cartons, de toiles ravaudées et de vieux plastiques (…) . La recrudescence des guerres, l’expansion des iniquités sociales, l’accélération des mutations climatiques ne permettront plus, demain, que ce flux soit encore longtemps endigué“.

Pression pour passer

En ce début du mois de septembre, après les tentatives de passages en force à Bab Sebta et aux clôtures qui entourent l’enclave espagnole enregistrées depuis un an, la consigne est d’interpeller un maximum de candidats à l’émigration clandestine. “Il s’agit d’éviter qu’ils se regroupent et tentent de forcer le passage vers Sebta“, explique un gendarme. C’est l’objectif des Espagnols et des forces auxiliaires et gendarmes côté marocain.

Le 9 décembre dernier, plus de 430 candidats à l’émigration vers l’Europe avaient réussi à sauter les clôtures entourant Sebta. Quelques jours plus tard, le 1er janvier 2017, ce sont plus de 1.100 jeunes subsahariens qui avaient tenté leur chance, sans succès cette fois-ci.

Durant le printemps et l’été, plusieurs tentatives de passage ont eu lieu. Par-dessus les clôtures, par Bab Sebta et même en jet-ski pour les plus fortunés.

La période actuelle semble particulièrement “favorable“ aux rafles et inversement “défavorable“ aux tentatives de forcer le passage vers Sebta. Depuis le 1er septembre et jusqu’au 17, tout passage des commerçants de marchandises de contrebande est suspendu au poste-frontière. Cette décision a été prise en raison en raison du flux des vacanciers de retour vers l’Europe et suite à la mort de deux femme porteuses de fardeaux à Bab Sebta le lundi 28 août dernier.

Avec l’été qui tire vers sa fin, les forces de l’ordre espagnoles sont en théorie plus alertes face aux éventuelles tentatives de passage. Côté marocain, il ne fait pas de doute que le sujet de la migration qui préoccupe Madrid est constamment abordé par les parties marocaine et espagnole. Ce n’est pas forcément par hasard que rafles et interpellations de migrants subsahariens du côté de Fnideq depuis 48 heures coïncident avec la fin des vacances qui mobilisent les forces de l’ordre, et l’Aïd qui en démobilise beaucoup.  D’ici la mi-septembre et avant la reprise du commerce transfrontalier, les rafles vont se poursuivre. Des deux côtés de la frontière, les forces de l’ordre sont déployées.

Mais en la matière, la situation n’est pas uniquement tendue du côté de Fnideq. Au cours de ces dernières heures, au moins trois pateras avec respectivement huit, 11 et 47 personnes à bord ont été signalées dans la zone du détroit de Gibraltar et sur l’axe Nador-Motril dans la mer d’Alboran.

 A Mélillia samedi 2 septembre, au moins sept candidates à l’émigration clandestine que la police avait  arrêtées en pleine mer  sont décédées. Les gardes civils ne voulaient pas que l’embarcation franchisse les eaux territoriales de l’enclave espagnole. D’autres sources parlent de 14 morts.  Ainsi vont les rêves de nombreux jeunes Africains. “La lutte contre la migration irrégulière est en réalité une guerre contre les pauvres“, indiquait le Nigérien Amadou Boulama de passage à Barcelone fin août.

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Jamal Amiar
Le 5 septembre 2017 à 11h32

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