Les premiers chantiers de l’Agence du développement du digital
Maroc Digital 2020, péglementation, plate-forme pour les appels d’offres … autant de chantiers qui attendent la nouvelle Agence du développement du digital. Celle-ci verra le jour très prochainement après l’adoption de son texte de loi au parlement et elle aura du pain sur la planche à partir des premiers jours.
Plusieurs dossiers prioritaires attendent la mise en place de la nouvelle Agence du développement du digital (ADD), dont le projet de loi a été adopté le mardi 1er aout. "Le premier chantier de l’Agence sera de mettre à jour la stratégie "Maroc Digital 2020" qui est déjà dépassée même si elle n’a été lancée que l’année dernière", prévient Saloua Karkri-Belkeziz, présidente de l’Apebi, qui a accompagné ce dossier depuis le début.
Pour celle qui a proposé quelques amendements à propos de cette loi, l’ADD doit revoir les objectifs de la stratégie "Maroc Digital 2020" qui manquent d’audace. "L’objectif d’atteindre un taux de dématérialisation de 50% des procédures administratives à l'horizon 2020 n’est pas du tout ambitieux à notre époque", ajoute la présidente de l’Apebi.
Il ne faut pas nier, cependant, que plusieurs administrations sont en avance sur ce sujet en particulier. L’on peut donner l’exemple de la Direction générale des impôts (DGI) ou encore l'Agence nationale de la conservation foncière du cadastre et de la cartographie (ANCFCC).
La stratégie "Maroc Digital 2020" vise aussi à connecter à terme 20% des PME, ce qui est pour l’Apebi très timide comme avancée. "Nous préconisons de revoir ce taux à la hausse pour qu’il dépasse au minimum 50% d’ici 2020", nous explique Saloua Karkri-Belkeziz.
En parallèle de ce chantier stratégique, l’ADD devra aussi entamer une réflexion sur la réglementation. L’objectif sera de renforcer tout l'arsenal réglementaire pour qu’il soit adapté à la digitalisation espérée des administrations publiques.
"Si l’ambition est d’arriver à mettre en place une nouvelle plateforme pour les appels d’offre publics, l’actuelle réglementation s’avère caduque. Le modèle des Cahiers de prescriptions spéciales (CPS) ne sera plus valable", nous explique Saloua Karkri-Belkeziz.
L’objectif de l’ADD c’est aussi de réussir à se positionner comme un médiateur entre le secteur privé et le public, notamment en matière d’octroi et de réception des appels d’offres. "L’ADD doit être l’interlocuteur du secteur privé. Ce qui intéresse le secteur privé, c’est d’avoir accès aux marchés publics et à des projets structurants et pas forcément à des subventions et aides", précise la présidente de l’Apebi.
La tant attendue transformation numérique et digitalisation de l’administration publique seront aussi l’une des missions principales de l’Agence. L’ADD qui aura son siège à Rabat contribuera à la convergence et à la cohérence des projets publics dans le domaine du e-gov. "Le rôle principal qu’elle va jouer sera surtout centré sur le financement et le pilotage des projets", ajoute la présidente de l’Apebi.
Le Maroc obtient plusieurs formes d’aides et des prêts, de la part de plusieurs organismes internationaux à l’instar de la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou encore l’Union européenne, au profit des projets numériques. Ces financements seront centralisés par l’ADD, qui les mettra à la disposition des ministères pour leurs propres projets et devra aussi les accompagner et piloter ces chantiers.
"Les ministères, et notamment le ministère de tutelle (du Commerce et de l’industrie), deviendront des clients de l’ADD. L’agence n’est pas là pour remplacer les directions de l’informatique des départements ministériels, son rôle est d’impulser les projets et de mutualiser les ressources", détaille notre interlocutrice.
L’Agence aura aussi un rôle à jouer pour instaurer une meilleure gouvernance et surtout pour offrir un meilleur service aux citoyens. "L’ambition est d’avoir une sorte de CRM pour le service public. Grâce à une seule application, le Marocain pourra avoir son extrait d’acte de naissance ou tout autre attestation", détaille la présidente de l’APEBI.
Cela dit, pour y arriver il faudra que l’ADD réussisse à fédérer l’ensemble des ministères autour d’un seul projet et de réussir à les convaincre de partager l’information. "Au Maroc, nous avons une carte d’identité nationale biométrique et on nous demande encore de retirer un extrait d’acte de naissance. Tout ça doit être aboli", regrette Saloua Karkri-Belkeziz.
Pour rappel, le conseil d’administration de l’Agence comprendra des représentants des secteurs publics et privés (ANRT, Maroc PME, AMDIE, CCIS, CGEM, GPBM, Barid Al Maghrib), ainsi que de 4 personnalités désignées par voie réglementaire par le Chef du gouvernement sur proposition du ministre de l'Industrie, de l'investissement, du commerce et de l'économie numérique.