Conjoncture. Comment des opérateurs économiques ont vécu le premier semestre 2017
Les témoignages des opérateurs économiques divergent. Dans certains secteurs d’activité, la satisfaction est totale, dans d’autres, c’est l’accalmie. Les opérateurs dans ce deuxième cas de figure s’attendent toutefois à une reprise lors du deuxième semestre.
De manière générale, la confiance reprend dans le milieu des affaires. Même auprès de ceux qui ne sont pas arrivés à sortir leur épingle du jeu lors de ce premier semestre, la certitude que tout ira mieux dès juillet, voire au plus tard à la rentrée, est présente.
>Ahmed Bouhaouli, DG de l’APC (association professionnelle des cimentiers)
"Depuis le début de l’année, le secteur est dans le rouge. Les baisses des ventes ont atteint 10% certains mois et cette tendance est restée la même jusqu’au mois de mai.
"Cette atonie s’explique par la longue période de vacation politique, le durcissement des contrôles au niveau des autorisations notamment pour la partie auto-construction –plus de 60% du secteur du bâtiment-, les baisses des mises en chantier sachant que 80% des ventes du ciment vont à la partie logement...
"Nous nous attendons à une embellie à partir de juin, les chiffres que nous attendons incessamment nous diront si nos pronostics sont bons ou pas. Mais globalement, la reprise devrait arriver lors du deuxième semestre étant donnée que la campagne agricole sera bonne, selon les prévisions -102MQx-. Et en général, une bonne récolte induit automatiquement des investissements dans la pierre".
NDLR: les ventes de ciment ont accusé une baisse de 7,56% à fin mai 2017. En cumul annuel, la baisse est de 5,8%.
>Iqbal ElKettani, directeur délégué de la FNPI (Fédération nationale des promoteurs immobiliers)
"Grâce à la baisse des taux d’intérêt jusqu’au début 2017 -Ndlr: ils ont tout de même repris depuis quelques mois-, le secteur a pu être redynamisé. C’est connu: L’amélioration des conditions de financement contribue de façon générale à la redynamisation de la demande.
"Pour le deuxième semestre, il est prévu de rester sur le même trend haussier. L’arrivée des MRE, le lancement des banques participatives et l’application de la nouvelle loi sur la Vefa (vente en état futur d’achèvement) contribueront certainement à la reprise du marché".
>Saloua Karkri, présidente de l’Apebi (Fédération Marocaine des Technologies de l'Information, des Télécommunications et de l'Offshoring)
"Nous avons été fortement pénalisés par le retard accusé dans la formation du nouveau gouvernement. De nombreuses entreprises publiques, ou sous la tutelle de ministères gérés par intérim, n’avaient pas tenu leurs conseils d’administration à temps et ne pouvaient pas débloquer leurs budgets. Des marchés publics n’ont pas été lancés malgré la publication de décrets autorisant cela.
"Au niveau économique, le Maroc a perdu une année, de septembre 2016 à septembre 2017. La vraie reprise aura lieu à la rentrée. Les choses ont commencé à bouger en juin et pour les semaines à venir, nous nous attendons à un rush d’appels publics avant le départ en congé pour être prêts en septembre".
>Hakim Marrakchi, DG de Maghreb Industries et président de la commission CGEM-International
"Au niveau des produits de la consommation courante, le premier trimestre a été mauvais. Ce recul de la consommation s’est poursuivi lors du deuxième trimestre, y compris pendant Ramadan, mois de rush d’habitude.
"La lecture qu’on en fait renvoie à une insuffisance des liquidités sur le marché exerçant une pression sur les trésoreries notamment des intermédiaires (distributeurs, grossistes…) qui ont diminué leurs stocks. Cette explication est valable notamment pour des produits de consommation dont les budgets ne sont pas compressibles.
"Pour les produits de consommation dont les dépenses peuvent être réduites, la baisse peut s’expliquer par des économies faites directement par les ménages: par exemple dans le secteur des jus industriels, les consommateurs ont préféré acheter des fruits frais qui sont bon marché cette année.
"Mais d’une manière générale, la tendance constatée est à la baisse".
>Mohamed Talal, DG de «La Voie Express» et président de la commission logistique de la CGEM
"En ce qui concerne «La Voie Express», nous sommes sur une croissance de 25 à 30% de notre business. Mais cela est dû au fait que nous avons investi, augmenté le capital, racheté une entreprise au Sénégal fin 2016, démarré une nouvelle plateforme logistique, lancé une nouvelle flotte de véhicules… Dans ce sens, je ne sais pas si notre entreprise reflète le secteur.
"Au niveau logistique, nous sommes satisfaits exceptés deux soucis: le recrutement et le recouvrement, mais là il ne s’agit pas de problèmes propres à 2017, même si le malaise s’est accentué cette année, certaines banques ayant resserré les lignes de crédits pour les PME.
"Au niveau sectoriel, la partie logistique se porte également bien. Par contre, le transport de marchandises va mal à cause de la pression exercée par la branche informelle qui tire le secteur vers le bas. La morosité est réelle. La baisse d’activité est notable et a engendré une guerre des prix".