Crédits bancaires: les taux remontent
Les taux débiteurs moyens pondérés appliqués aux crédits ont enregistré une hausse de 31 points de base durant les trois premiers mois de l’année 2017. Ils se sont situés à 5,48%. Cette hausse était prévisible , selon les opérateurs, et fait pousser un "ouf" de soulagement à la Banque centrale.
Car durant la majeure partie de l’année dernière, les taux n’ont fait que baisser. La reprise peut donc s’expliquer par les baisses successives qu’ont connues les taux au cours des 3 premiers trimestres de 2016 qui ont atteint 41 points de base. Cette hausse est aussi le résultat du recadrage du Wali de Bank Al Maghrib à l’encontre des banques.
Un mal pour un bien
M. Jouahri avait révélé au mois de mars dernier qu’il avait adressé une lettre au GPBM pour mettre un terme à la guerre des taux entre les banques. Pour lui, la concurrence qui s’était installée a conduit à certaines pratiques pouvant être nuisibles au secteur bancaire. Par exemple lorsqu'on vend en dessous du prix de revient.
Dans un contexte concurrentiel accru marqué par l'essoufflement de la distribution des crédits, des établissements bancaires ont cherché à attirer les clients en faisant jouer les taux à la baisse. C’est ainsi que les banques ont accordé des financements aux entreprises et des crédits à l’habitat à des taux "anormalement" bas. Ces taux n’incorporaient même pas tous les coûts y afférents, explique-t-on auprès de la Banque centrale.
Plusieurs banques ont lancé des campagnes agressives de recrutement des clients grâce à des taux historiquement bas.
Une situation qui a donc poussé Abdelatif Jouahri à intervenir. Il a ainsi adressé un courrier au conseil du GPBM, en début d’année, pour l’alerter sur les risques liés à ces pratiques.
Le risque
Le Wali de la Banque centrale a aussi rappelé la nécessité de se conformer aux principes fondamentaux de la saine gestion des risques. Bien évidemment, il était question des rémunérations des crédits accordés.
La Banque Centrale explique que l’octroi de crédits à des taux bas, qui ne couvrent pas tous les frais, peut, en cas de répétition, provoquer une détérioration de la situation financière des établissements de crédit.
"S’agissant plus particulièrement du crédit à l’habitat, dont l’essentiel de la production est accordé à des taux fixes, ces pratiques pourraient exposer les banques à un risque de taux à moyen et long terme, dans le cas où les taux d’intérêt remontent", nous explique la Banque Centrale.
Dans une telle hypothèse, les banques devraient revoir à la hausse la rémunération de leurs ressources financières. La marge qui serait dégagée sur cette catégorie de crédits ne permettrait plus de couvrir les coûts y afférents. Sachant qu’elle doit supporter le coût du refinancement, les coûts de gestion et le coût du risque.
"Pour préserver la résilience des banques, les taux d’intérêt appliqués aux crédits immobiliers doivent être fixés de manière à générer une marge bénéficiaire minimale", conseille Bank Al Maghrib. Cette marge est nécessaire pour assurer une rémunération minimale des fonds propres.
En tout cas, selon les professionnels que nous avons pu contacter, les conseils de Jouahri ont été pris à la lettre et les taux se stabilisent depuis quelques semaines après avor gagné quelques points depuis le début de l'année.