Banques participatives. Bank Assafaa visiblement vexée d'avoir raté l'ouverture du bal
Lors d'un point de presse, le directeur général de la nouvelle banque, Youssef Baghdadi, n'a pas lésiné sur les allusions à Umnia Bank, la première banque participative à avoir démarré ses activités.
Comme nous l’avions annoncé le 6 juin, Bank Assafa, la banque participative d’Attijariwafa Bank et ex Dar Assafaa, société de financement participatif, sera lancée de deux à trois semaines, par l’ouverture d’une vingtaine d’agences à travers le Royaume.
Ceci étant, Youssef Baghdadi, directeur général de la nouvelle banque, ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de la concurrence, ou, plutôt, du seul et unique concurrent présent aujourd'hui sur le marché: Umnia Bank, la filiale participative de CIH Bank en joint venture avec la banque qatarie QIIB.
Bank Assafaa a décidé d'ouvrir fin juin ou début juillet, pour des raisons parfaitement défendables. Mais son DG a donné l'impression d'être sur la défensive et de se justifier par rapport à son concurrent qui a ouvert plus tôt. Il explique le retard pris par rapport à Umnia Bank (sans mentionner son nom, bien évidemment). La cause, selon lui, des chantiers encore en suspens chez Bank Al Maghrib et le Conseil supérieur des Oulémas.
Notre interlocuteur a même été virulent: "Aujourd'hui, il y a tellement de chantiers bloqués chez la Banque centrale et le CSO pour que personne ne peut dire qu'il a lancé une banque participative", a-t-il indiqué (vidéo).
Vous l'aurez compris, cette remarque, et d'autres qui ont suivi sont adressées à la filiale du CIH. Bien que Baghdadi ait indiqué par la suite qu'il "ne peut pas parler en leur nom", le message a été compréhensible et, dans la salle, étonnement, rires et sourires se traçaient sur les visages.
"Nous ne voulons lancer notre activité que lorsque tout sera prêt. Pourquoi être les premiers et offrir un service incomplet au client?", a-t-il ajouté.
Une attaque implicite à Umnia Bank qui, si l'on se fie au propos de Youssef Baghdadi, a ouvert pour rien. Car selon lui, la convention type d'ouverture de compte est toujours en suspens chez BAM et le CSO: "Aujourd'hui, on ne peut rien faire. On ne peut pas ouvrir de compte ni collecter des fonds" ajoute M. Baghdadi.
Autre bémol, les contrats de financements, sur lesquels Umnia Bank tarde également: "Ce sont les financements qui font réellement la différence entre une banque classique et une banque participative. C'est ce que le public demande", ajoute M.Baghdadi, dans un clin d'oeil "discret" toujours à Umnia Bank.
Les contrats types de financement sont également en cours de finalisation à Bank Al Maghrib. Mais l'autre hic, selon Youssef Baghdadi, c'est que ceux-ci doivent être adossés à une assurance takaful, dont l'écosystème ne sera prêt que dans "4 à 6 mois" selon notre interlocuteur.
Sans takaful, les financements ne seront pas opérationnels, car ceux-ci ne peuvent être adossés à l'assurance conventionnelle: "Les banques participatives n’ont pas le droit de vendre l’assurance conventionnelle. Le CSO a tranché là-dessus", insiste M. Baghdadi.
Il ajoute que d'autres chantiers sont en cours de finalisation au niveau de la Banque centrale et ses partenaires: les fonds de garantie pour la compensation, le mécanisme des financements interbancaires, le cadre fiscal participatif, ainsi que l'émission des premiers sukuk.
Et puisque le précurseur de Bank Assafaa, la société de financement Dar Assafaa, existait déjà sur le marché depuis 2010, Youssef Baghdadi s’est targué d’un "leadership" et d’une "présence marquée" construite au fil des années, sur lesquels Bank Assafaa capitalisera sûrement.
"Pourquoi se lancer en premier? Pour le leadership? Nous l’avons déjà", a-t-il ajouté. M. Baghdadi estime que la présence ancrée du groupe dans le marché de la finance alternative depuis près de 7 ans, a permis à ses équipes de développer une expertise métier et une connaissance des besoins et aspirations des Marocains.
Il a dévoilé la nouvelle identité visuelle, avec nouveau logo à la couleur vert de jade, fruit d’une inspiration née de l’insigne "Barakat Mohamed", un héritage spirituel des premiers musulmans d’Essaouira.
Au final, un argumentaire dense et bien fourni, des moyens certains, un sentiment de puissance légitime par l'appartenance à un grand groupe, mais un discours défensif et de justification qui n'était pas nécessaire. Il y a de la place pour tout le monde.
