Al Hoceïma: Quels impacts sur l'activité économique de la région?
Quel est l'impact économique des événements que connaît la ville d’Al Hoceima? Les opérateurs ressentent-ils une inquiétude? Et qu'en est-il des avertissements américain et anglais à leurs ressortissants?
Contacté par nos soins, Omar Moro, président de la Chambre de commerce de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, affirme que la situation que vit Al Hoceima impacte bel et bien l’activité économique de la région, notamment au niveau de l’investissement privé, qui est en lui-même une des revendications des manifestants du Hirak.
"Aucun investissement privé ne sera possible, s’il n’y a pas un retour au calme complet dans la région", lance notre interlocuteur. Plusieurs actions ont été entamées pour attirer l’investissement dans la région, mais M. Moro indique que ces tentatives sont entravées par les événements.
Il explique que, depuis plusieurs mois, et dans le cadre de la promotion de la ville, des discussions avaient été entamées avec des investisseurs intéressés par la région.
Par ailleurs, des délégations d’investisseurs ont été sollicitées par la Chambre de commerce et le Centre régional d’investissement, pour visiter la région. Ceux-ci opèrent dans les centres d’appels, les activités manufacturières comme le câblage automobile ou la confection, ainsi que dans le tourisme, et sont venus pour explorer les opportunités d’investissement à Al Hoceïma et ses environs.
"Nous sommes entrés dans un véritable circuit d’investissement régional, chose qui manquait cruellement à Al Hoceima", indique Omar Moro.
Ceci étant, notre interlocuteur affirme avoir de plus en plus de difficultés à continuer la prospection d’investisseurs, ou la promotion de la ville: "Nous n’arrivons même pas à faire la promotion de la région, et à communiquer autour d’elle comme il le faut", s’inquiète M. Moro
Il insiste sur la nécessité de restaurer un climat sain, sans lequel les investisseurs privés ne peuvent venir. Et pour retrouver la sérénité, Moro suggère de retravailler l’image de la ville, avec une stratégie bien déterminée: "L’image d’Al Hoceïma a pâti des photos et des vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux", indique notre interlocuteur.
Tourisme: pas d'impact pour l'instant
Du côté du secteur touristique, l’impact n’est pas encore palpable mais le risque est présent. Les informations fausses ou imprécises au sujet d'un supposé avertissement adressé aux voyageurs ou résidents britanniques ou américains au Maroc ont créé un flou préjudiciaible à la ville.
Pour Abdelghani Ragala, président du conseil régional du tourisme de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, il faut éviter les exagérations: "Les manifestations à Al Hoceima sont pacifiques et il n’y a pas eu de violences jusqu’à présent", s’indigne-t-il.
Il ajoute: "La situation n’est pas catastrophique. Des manifestations du genre, on en trouve partout dans le monde, même à Londres".
Mais pour l’instant, Abdelghani Ragala affirme que la situation est normale, surtout que la saison estivale n’a pas véritablement commencé, et que l’activité touristique de la ville attire plutôt le tourisme national, dans ses deux composantes: marocains résidents et non résidents, qui préfèrent attendre la fin du Ramadan pour voyager.
M. Ragala demeure optimiste, et espère que la tension va s’estomper: "Je reste optimiste, vu que les revendications sociales des habitants d’Al Hoceima ont eu des suites positives auprès des autorités, et je pense donc que les manifestations vont bientôt cesser. Sinon, il est évident que le secteur en sera affecté", affirme M. Ragala.