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Fettah Bennani: “Nous réussirons à ramener le calme à Al Hoceima”

Quatre jours après l’interpellation du meneur de la contestation d’Al Hoceima, les tensions sont toujours aussi vives dans la région. Face au silence du gouvernement, une initiative médiatrice de l’association Bayt El Hikma présidée par Fettah Bennani veut tenter de ramener le calme. Entretien.

Fettah Bennani: “Nous réussirons à ramener le calme à Al Hoceima”
Samir El Ouardighi
Le 1 juin 2017 à 15h34 | Modifié 11 avril 2021 à 2h41

Médias24: Que vous inspire l’effervescence actuelle au rif qui menace de s’étendre au Maroc ?

Fettah Bennani: Comme beaucoup de Marocains, ce mouvement m’inspire la peur pour mon pays.

Pour illustrer mon propos, je citerai l’appel à une grève générale de 3 jours.

Mes échos disent que les grévistes sont minoritaires et que le reste des commerçants craignent d’ouvrir leurs magasins par peur de représailles d’une poignée de gens qui menacent de brûler leurs locaux.

Il faut donc trouver une solution rapide par le biais d’une médiation menée auprès des représentants des pro-manifestants, des pro-gouvernement et par ceux qui ne penchent ni pour l’un ni pour l’autre. Notre objectif est de réunir au maximum dix personnes qui fassent tampon entre les antagonistes.

-Pour se substituer aux acteurs politiques dont le silence est assourdissant?

-Nos partis politiques sont frileux car leur principale hantise est de perdre leurs électeurs. Quand ce genre de problèmes surviennent, ils évitent de parler même si quelque uns s’expriment à titre individuel avec des déclarations timides. Ainsi, à la veille des élections législatives, Bayt El Hikma leur a demandé par écrit leur position sur les libertés individuelles et nous avons eu zéro réponse.

-La solution ne viendra donc pas des formations politiques?

-Le salut viendra d’une médiation crédible car nous sommes dans un pays où le Roi est sans cesse sollicité à tort et à travers et là encore, tous les yeux sont tournés vers lui.

Il y a des fois où il faut laisser les choses décanter et peut-être que plus tard Sa Majesté interviendra mais au jour d’aujourd’hui, je ne sais pas si c’est possible ou pas.

-Pensez-vous que ce mouvement de contestation est légitime?

-Au départ et même maintenant, les revendications sociales sont indéniablement légitimes mais il faut préciser qu’elles pourraient concerner d’autres régions du Maroc et ne sont donc pas propres au Rif.

L’effet aggravant a été la mort atroce de Mohsine Fikri qui a permis à certains de grossir le trait mais est-ce que les habitants d’Al Hoceima sont plus mal lotis que ceux de Meknès ou Marrakech ?

-Tout le monde sait que cette région paye le prix de l’indifférence des époques précédentes?

-C’est sûr mais le Roi Mohammed VI a initié une véritable réconciliation avec des investissements que l’on ne peut pas nier. Al Hoceima est en train d’être désenclavée avec plusieurs voies rapides d’accès.

La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a car le Maroc n’a pas le budget des Etats-Unis et parce qu’il y a d’autres régions qui nécessitent aussi une politique de grands travaux.

Je n’aimerai pas être à la place du gouvernement qui a un maigre budget d’investissement pour satisfaire tous les Marocains. C’est comme une maman qui a du mal à nourrir à leur faim ses enfants.

-Soutenez-vous la dispersion musclée des manifestations pacifiques de Rabat et Casablanca?

-Le militant des droits humains que je suis ne peut pas être d’accord avec l’utilisation de la force publique quand ce n’est pas nécessaire et que les manifestations ont un caractère pacifique.

Cela ne m’empêche pas d’être pour une répression sévère quand des manifestants cassent des voitures ou des magasins et de soutenir sans états d’âme une intervention vigoureuse des forces de sécurité.

-Pour l’instant, il n’y a pas eu de casse ou de violence particulière?

-Al Hoceima a vécu le week-end dernier des heurts avec des manifestants qui jetaient des pierres contre les éléments de police. Ceci est intolérable car autant je suis pour laisser les manifestations pacifiques se dérouler sans intervention policière, autant je suis intransigeant avec les casseurs.

-Zefzafi doit-il être puni pour sa violente intervention dans la mosquée d’Al Hoceima?

-Il a été arrêté pour l’ensemble de ses provocations. Dans ses harangues, il a insulté le ministre de l’Intérieur et accusé plusieurs autres représentants de l’Etat dont la personne du Roi indirectement.

Ceci est intolérable car un leader qui se veut à la tête d’un mouvement pacifique se doit d’être pondéré et surtout d’apporter les preuves de ses accusations contre la mauvaise foi de l’Etat.

Aujourd’hui, il est poursuivi pour un vrai délit car il a interrompu et même arrêté complètement une prière. Empêcher les fidèles d’accomplir leur devoir, de surcroît un vendredi, est une infraction.

Pour calmer les esprits qui demandent sa libération, il faudrait essayer de trouver un compromis.

-C’est-à-dire?

-Qu’il présente ses excuses et soit libéré provisoirement en attendant d’être jugé car ce n’est pas une bonne chose qu’il reste emprisonné.

-N’est-il pas naïf de penser que celui qui a séduit ses partisans par son intransigeance va s’excuser?

-On peut trouver un modus vivendi qui convienne à tout le monde. J’y crois parce que je pense que pendant sa garde à vue, il a dû prendre conscience qu’il était allé trop loin.

-Peut-on faire un parallèle entre Zefzafi et le Tunisien Bouaziz avec des réseaux sociaux incontrôlables qui peuvent allumer le feu avec des appels à la contestation?

-Les réseaux sociaux, je suis très inquiet de leur force car j’y suis très présent. Je connais plusieurs gens qui y interviennent et n’appliquent pas du tout leurs publications à leur propre vie.

C’est un moyen d’exister qui peut être à la fois bénéfique et très dangereux car le meilleur comme le pire s’y côtoie sauf qu’il peut trouver une écoute attentive et faire effet boule de neige.

-Comme l’appel à la grève générale de 3 jours qui est parti d’une publication sur Facebook...

-Cela illustre bien le danger des réseaux sociaux qui peuvent contribuer à déstabiliser tout un pays à partir d’un simple clavier.

En quoi votre initiative se distingue-t-elle de celle portée par l’intellectuel Salah El Ouadie?

-Toutes les initiatives sont les bienvenues à condition de jouer collectif et pas une partition en solo.

Ce n’est pas notre cas car notre but est d’impliquer un maximum de personnes du monde associatif, culturel et politique avant de choisir ceux qui partiront sur place pour mener une médiation efficace.

-Qui seront les interlocuteurs de vos envoyés spéciaux?

-Toutes les parties à savoir d’abord la population, les gens du Hirak, les représentants de l’Etat comme le gouverneur, et les acteurs politiques ou associatifs locaux.

-Que proposerez-vous concrètement pour que les manifestants arrêtent leur mouvement?

-Avant toute chose, les écouter et voir ce qu’ils réclament. A partir de là, nous ferons la navette entre les uns et les autres pour arriver à trouver un terrain d’entente.

Nous ne sommes pas pressés car nous essayerons de toucher un maximum de personnes concernés.

-Avez-vous dans vos soutiens des représentants de la cause amazigh?

-Plusieurs d’entre eux ont répondu présents comme Meryem Demnati, Ahmed Assid ou Kamal Hachkar.

-Que faut-il penser de la manifestation du 20 juillet qui compte réunir 1 million de personnes?

-Je n’y crois pas un instant car l’appel de Zefzafi ne réunira pas plus de 10.000 personnes. J’espère que l’on arrivera à calmer les esprits qui s’échauffent avant cette date.

-L’appel à la contre-manifestation intitulée "J’aime mon pays et mon Roi", ne risque-t-il pas de produire les mêmes effets que celle anti-PJD avant les législatives qui avait été un flop total?

-Au jour d’aujourd’hui, on ne sait pas qui l’organise et il faut attendre pour savoir ce qui va se faire.

-Faut-il se préparer à une crise qui va durer voire même pourrir avec des risques de dérapages?

-Etant de nature optimiste, je pense qu’à tout problème, il existe des solutions et cela me contrarie quand certains font des parallèles avec la Tunisie ou avec la Syrie.

Même si la situation est grave, je pense que la crise actuelle ne dépassera pas certaines limites.

-Sauf en cas de mort du côté des manifestants ou des forces de l’ordre?

-Oui car dans ce cas de figure, on peut entrer dans une dimension incontrôlable. C’était déjà notre crainte pendant le mouvement du 20 février mais les autorités marocaines ont réagi intelligemment.

Il faut éviter de faire le parallèle avec les événements de Ghardaïa en Algérie car ce pays est dirigé par un régime militaire qui privilégie la répression et n’a cure du nombre de morts ou de blessés.

-Si votre initiative et autres médiations devaient échouer, la seule solution ne pourra donc venir que du Roi?

-Pourquoi être défaitiste à l’avance? Le calme reviendra bientôt à Al Hoceima car nous réussirons le challenge que nous nous sommes fixés. 

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Samir El Ouardighi
Le 1 juin 2017 à 15h34

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