Des milliers de manifestants à Al Hoceima, ouverture des premiers procès
Portraits de Zefzafi brandis vers le ciel à Al Hoceima, des milliers de personnes ont manifesté hier pour la cinquième nuit consécutive. A Casablanca, Rabat et Kénitra, les rassemblements ont été dispersés par la police.
La tension ne faiblit pas à Al Hoceima, Imzouren ou Beni Bouyaach. Dans ce dernier bourg, les commerçants étaient en grève mardi, particulièrement les boulangeries. Un rassemblement tenu dans l’après-midi a été dispersé par la police. Les manifestants ont demandé la libération des militants et des manifestants arrêtés, scandé des slogans contre “la militarisation du Rif(*)“ et contre la corruption. “Nous sommes tous Zefzafi“ ont-ils scandé portraits tendus, poignets attachés pour signifier leur détermination et drapeaux amazighs au vent.
Le père de Fikri et les parents de Zefzafi s’expriment
Al Hoceima mardi soir, le père du pêcheur Mohcine Fikri accidentellement mort dans une benne à ordures fin octobre dernier, a pris la parole devant les manifestants. Il a appelé l’Etat “à rendre justice“ et a appelé les manifestants “à poursuivre leurs protestations pacifiques“. “Je suis fier de mon fils, il a agi en homme“ a pour sa part déclaré la mère de Nasser Zefzafi devant les manifestants. Il n’a rien fait d’autre que de manifester pacifiquement pour des revendications légitimes“, a-t-elle ajouté. Son père a également pris la parole pour insister sur le caractère pacifique que doivent garder les manifestations.
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Plus tôt dans la journée à Al Hoceima, s’étaient ouvert les premiers procès des militants du Hirak et des manifestants arrêtés au cours du week-end. Défendus par un collectif d’une quinzaine d’avocats, les prisonniers ont fait état de “tortures“ subies durant leur arrestation. La défense a demandé des expertises médicales. Des témoins et des journalistes rapportent que la salle du tribunal s’est rapidement transformée en tribune pour défendre l’action et les revendications économiques et sociales du Hirak, et condamner l’importante présence sécuritaire à Al Hoceima et dans ses environs.
Davantage de médiatisation
Hier mardi, moins de 24 heures après l’arrestation de Nasser Zefzafi par la police, de nouveaux renforts sécuritaires ont été envoyés à Al Hoceima et dans les environs. Transféré au siège de la BNPJ à Casablanca, Nasser Zefzafi est en grève de la faim selon des militants du Hirak, mais nous n’avons pas pu vérifier l’authenticité de cette information. Zefzafi, selon les chefs d’inculpation qui pourraient être retenus contre lui, peut être retenu par la police pendant 48 heures, une période renouvelable deux fois consécutives avant une éventuelle présentation au parquet.
Pour l’instant, malgré les appels de certaines franges de la société civile et de quelques groupes politiques, le dialogue est inexistant et il est difficile de dire quand la contestation et les manifestations cesseront. Une délégation de médiateurs de la société civile prévoit de se rendre à Al Hoceima le lundi 5 juin.
Pour l’instant, ailleurs au Maroc et en Europe, la mobilisation de la rue en faveur des militants et des sympathisants du Hirak se poursuit. Des rassemblements importants sont prévus ce mercredi 31 mai au soir à Tétouan et à Madrid, ainsi qu’à Lille et Bruxelles. Du côté officiel, on voit apparaître depuis hier sur les réseaux sociaux des appels à manifester contre le Hirak le 20 juillet prochain et pour la devise “Dieu, la patrie, le Roi“.
Les événements d’Al Hoceima et du Rif enfin commencent à attirer une couverture médiatique internationale. La presse française, espagnole ou belge s’est désormais emparée du sujet. Les chaînes de télévision européennes, arabes et même russes commencent à traiter le sujet avec de plus en plus de détails, plateaux multiplex et débats contradictoires.
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(*) Il faut rappeler que le Dahir de 1958 instaurant une militarisation du Rif, comme cela avait été auparavant le cas pour Meknès et Rabat, a été abrogé par le Dahir de décembre 1959 sur l’organisation administrative du Royaume. Les manifestants faisaient donc probablement allusion à la présence sécuritaire actuelle.