Istiqlal: Un nouveau conflit éloigne la perspective d’un congrès
Au terme d’une trêve de 15 jours, la guerre larvée entre les partisans du secrétaire général sortant et ses contestataires a repris de plus belle. L’élection d’un nouveau patron à la tête de l’UGTM est contestée par Hamid Chabat qui n’exclut pas d’ester en justice pour maintenir l’ancienne direction du bras syndical de l’Istiqlal, fidèle à sa candidature au secrétariat général.
Après que la majorité du conseil exécutif du PI ait basculé dans le camp des réformateurs anti-Chabat, le secrétaire général à l’Istiqlal a perdu le contrôle de l’UGTM qui était dirigée par son successeur (à la tête du syndicat) Kafi Cherrat.
Un coup dur sachant que le candidat à sa propre succession est tributaire du soutien des cadres de ce bastion syndical qui fournit une bonne partie des inspecteurs contrôlant les structures du parti.
Pour rappel, Chabat a reçu, samedi 6 mai, le conseil général du syndicat pour convoquer un congrès extraordinaire de l'UGTM mais n’a pas réussi à réunir le quorum indispensable à sa tenue. Le lendemain, les réformateurs l’ont pris de vitesse et ont élu Mayara Enâam (gendre de Hamdi Ould Rachid) SG de l’UGTM.
La perte de contrôle de cette organisation parallèle sonne donc le glas pour un nouveau mandat du secrétaire général sortant qui ne bénéficie plus que du soutien de la Chabiba dirigé par son fidèle lieutenant Abdelkader El Kihel.
Interrogé par Médias24, "l’ancien" secrétaire général Kafi Cherrat récuse la légalité de la désignation de son successeur à la tête de l’UGTM.
"Je suis toujours le seul patron du syndicat car les réformateurs ont fait un coup d’Etat pour déstabiliser la centrale en déplaçant le mécontentement qui gronde à l’Istiqlal vers l’UGTM. L’élection de Enaâm est illégale vu que lors de la réunion de samedi, nous avions les deux tiers des membres du conseil général avec nous soit 160 sur un total de 240. La direction légale a transmis un courrier au ministère de l’Intérieur qui doit prendre ses responsabilités et annuler cette élection. Si malgré tout, les autorités la reconnaissent, nous déposerons plainte au tribunal administratif", menace Cherrat.
Une version démentie par un membre important de l’Istiqlal, requérant l’anonymat, qui avance que l’élection du nouveau secrétaire général de l’UGTM s’est faite dans le respect des statuts du syndicat.
"Il n’y a aucune chance pour que la justice accède à la requête de Cherrat car l’élection a eu lieu en présence de tous les cadres syndicaux et a été supervisée par des huissiers de justice assermentés. Le changement de SG à la tête de l’UGTM signe la fin de Chabat qui n’arrive pas à comprendre que le film est terminé et que les rats quittent le navire, un par un."
"Grâce à l’ingénieur Enaâm âgé de moins de 60 ans, le syndicat va retrouver sa vitalité car il était devenu un immense hangard vide dirigé par des retraités au service exclusif de Chabat. Ce dernier a beau continuer à manger seul des pop-corn dans une salle et un écran vides, il a perdu un soutien de poids et la Chabiba ne suffira pas à assurer sa réélection à la tête du PI", se réjouit notre réformateur qui ajoute que le temps des populistes est fini au Maroc.
Selon un autre membre du parti, la réunion du comité exécutif qui se tiendra jeudi 11 mai sera décisive pour savoir si le conflit entre réformateurs et pro-Chabat va recommencer de plus belle ou si le secrétaire général sortant reconnaîtra enfin que sa candidature est compromise par manque de soutiens.
D’une manière ou d’une autre, ce nouvel épisode de guerre fratricide n’augure pas la tenue rapide du congrès de l’Istiqlal qui doit renouveler toutes les instances dirigeantes de l’Istiqlal.