Cour des comptes: “La SMIT vit de la cession de son patrimoine foncier et non de ses services”
Bilan très maigre pour la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT) à fin 2015. C’est ce que révèle le rapport 2015 de la Cour des comptes, à travers plusieurs observations, liées à la promotion des investissements touristiques, ou à la contribution de la SMIT à la mise en œuvre de la Vision 2020, entre autres.
Le dernier rapport 2015 de la Cour des comptes remet en exergue les résultats de la mission de contrôle de la gestion de la Société marocaine d'ingénierie touristique. Des résultats qui avaient été publiés début 2017 et qui évoquent une faible contribution de la SMIT au tourisme national, ainsi que ses finances fragiles.
Placée sous la tutelle technique du ministère du tourisme, la SMIT a pour principale mission de réaliser ou de faire réaliser, pour le compte de l’Etat ou des personnes morales de droit public, des études concourant au développement du produit touristique ainsi que la promotion des investissements touristiques.
Mais en ce qui concerne ce dernier volet, la Cour des comptes révèle qu’entre 2012 et 2015, et sur 158 prospects touchés par la SMIT, trois conventions seulement ont été signées. Qui plus est, la Cour révèle que le bilan des participations de la société aux forums est nul en termes de conclusion de conventions et contrats.
"Au vu des faibles contributions de la SMIT dans ce domaine, il est possible de conclure qu’après plus de huit ans de son existence, la société n’a pas pu développer une réelle activité de démarchage lui permettant de participer activement à la promotion des investissements touristiques", avance la Cour.
Par ailleurs, et dans le cadre des études d’ingénierie de la SMIT, il a été noté que celle-ci inscrit dans ses plans d’action des études à réaliser sans pour autant mentionner leur consistance ni les raisons de leur réalisation, et que la plupart des études effectuées n’étaient pas prévues par le plan d’action triennal de la société, exception faite des études menées en vue de donner forme aux objectifs de la Vision 2020.
"Ceci a eu pour résultat un éparpillement observé au niveau des thèmes et des sites concernés par les études réalisées au titre d’une même année", souligne la Cour des comptes.
En outre, ces études "ne sont exploitées ni par des entités publiques ni par des investisseurs privés, pour construire ou valoriser un quelconque produit touristique", ajoute la Cour.
Et quant aux études effectivement engagées pour identifier le produit touristique et la proposition de travaux d’aménagement, dans le cadre de la mise en œuvre de la Vision 2020, la Cour des comptes note que cela n’a pas pu "amorcer une vraie dynamique de mise en œuvre des produits touristiques proprement dits, tels que définis dans les contrats programmes régionaux (CPR)".
Elle ajoute: "Ceci témoigne du manque, de la part de la SMIT, d’une planification préalable susceptible de rendre opérationnels les programmes découlant de ladite Vision".
Ainsi, selon les données du ministère du tourisme, le taux de réalisation des projets issus des CPR est uniquement de 0,29% à fin juin 2015.
D’une autre part, l’analyse de certains indicateurs comptables et financiers de la SMIT alerte sur des "éléments de fragilité", selon la Cour des comptes.
En effet, sur toute la période 2010-2014, le résultat d’exploitation de la SMIT est négatif. En outre, celle-ci n’assure pas un niveau régulier de produit d’exploitation, "lequel variait sur la période étudiée en dents de scie", ajoute la Cour.
Il suit, en effet, le rythme des ventes de terrains dont la SMIT dispose et qui constituent sa principale source de revenus, en plus de la subvention reçue annuellement du ministère du Tourisme, qui est de 19,7 MDH. La Cour des comptes note également que la SMIT réalise des marges négatives sur la cession de certains lots à usage commercial.
"La SMIT est donc une entreprise qui vit de la cession de son patrimoine foncier et non de sa propre production, notamment, en services de conseil et d’ingénierie touristique", conclut la Cour des comptes.