Maroc. La Banque Mondiale relève la montée du chômage des jeunes
La Banque Mondiale prévoit un taux de croissance du PIB de 3,8% pour cette année, et espère que le nouveau gouvernement poursuivra les réformes. Parmi les risques à venir, l'institution cite le chômage des jeunes.
La région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA), en proie à la guerre et à la violence, et dans un contexte marqué par les faibles cours du pétrole, verra son taux de croissance fléchir de 3,5 % en 2016 à 2,6 % en 2017, selon le Rapport semestriel de suivi de la situation économique dans la région MENA publié mardi 18 avril par la Banque mondiale en marge d'une réunion organisée par le Fonds monétaire arabe. Cependant, après 2017, sous l'impulsion des réformes en cours, la situation devrait s'améliorer légèrement, et la croissance pourrait dépasser 3 % en 2018 et en 2019.
"Aucune zone dans la région n'a échappé aux répercussions de l'instabilité qui y sévit: vies dévastées, perturbation des échanges commerciaux, découragement des investissements…, souligne Hafez Ghanem, vice-président de la Banque mondiale pour la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Malgré tout, les perspectives de développement de la région inspirent désormais à la Banque mondiale un "optimisme prudent" en raison des signes prometteurs que laissent entrevoir les résultats des réformes économiques, de la stabilité que laisse deviner le marché du pétrole, et du fait que tôt ou tard, tous les conflits finissent par être résolus. »
Bien qu'on s'attende à un recul de la croissance globale de la région sous l'effet d'un ralentissement des économies des pays exportateurs de pétrole, les pays importateurs de pétrole devraient afficher de meilleurs résultats et connaître une croissance de 3,5 % en 2017, alors qu'elle n'était que de 2,9 % l'année précédente.
Voici la partie du rapport spécifiquement consacrée au Maroc:
>Les constats et développements récents
-Les aléas du temps continuent à rythmer la croissance économique du Maroc.
-Le chômage des jeunes: La légère baisse du taux de chômage masque la baisse continue du taux d’activité.
“Le nombre de jeunes âgés de 15 à 24 ans qui ne sont ni en cursus scolaire, ni en emploi, ni en formation, est estimé à 1,7 million en 2016“. La Banque Mondiale fait ainsi allusion au pic démographique marocaine qui se rapproche et à la montée du chômage des jeunes.
>Les perspectives: Taux de croissance en hausse.
Avec de bonnes précipitations depuis la chute de 2016, la croissance du PIB devrait revenir à 3,8 pour cent en 2017.
La suite est moins engageante: “Toutefois, il est peu probable que ces développements cycliques positifs se traduisent par des améliorations structurelles majeures sur le marché du travail“. En d’autres termes, la croissance ne crée pas autant d’emplois que nécessaire.
“Les retards persistants dans la formation du nouveau gouvernement suite aux élections législatives d'octobre 2016 ralentissent l'élan de la réforme“.
À moyen terme, “les perspectives économiques marocaines devraient s'améliorer, pourvu que le prochain gouvernement reste déterminé à poursuivre des politiques macroéconomiques prudentes et à mettre en œuvre des réformes structurelles visant, entre autres, à renforcer l'environnement des affaires, à moderniser l'administration publique et à améliorer l'accès à des services publics de qualité“.
“Le passage progressif à un régime de taux de change plus flexible annoncé par Bank Al-Maghrib devrait également contribuer à renforcer la compétitivité du Maroc“, écrit la Banque Mondiale. Cette phrase ne peut signifier qu’une seule chose: des corrections possibles et à la baisse de la valeur du Dirham lorsque l’inclusion dans les chaînes de valeur mondiales l’exigera.
>Risques et défis
Les risques sont liés à la “volatilité de la production agricole marocaine, aux faibles perspectives économiques dans la zone euro et à la possibilité continue d'évolutions géopolitiques négatives dans la région“. “La modernisation du secteur agricole, la diversification du secteur industriel et l'extension des secteurs de services contribueraient à atténuer les risques sous le contrôle du gouvernement“, recommande la Banque Mondiale. Cela nécessiterait des efforts importants pour renforcer les institutions de marché marocaines, en particulier celles qui régissent l'affectation efficace du travail et du capital et une intégration plus poussée dans les chaînes de valeur mondiales.
“À la suite de la libéralisation réussie des prix du pétrole à la pompe, la hausse projetée de 30 pour cent des prix internationaux du pétrole permettra également de tester l'acceptabilité et la robustesse du nouveau système de tarification. Le Maroc reste confronté au défi d'une transformation structurelle relativement lente“.
Le pays est resté structurellement orienté vers des activités non échangeables (comme la construction). “Compte tenu de cette orientation, le pays a réalisé peu de gains de productivité au cours des deux dernières décennies en dépit d'un niveau élevé d'investissement“.
“Les efforts d'investissement - dominés par des grands projets d'infrastructure financés par l'État - n'ont pas encore déclenché un décollage de croissance“, écrit l’institution.
Pour obtenir des gains plus élevés de productivité et de compétitivité à moyen terme, des efforts majeurs sont nécessaires pour renforcer la gouvernance publique, moderniser l'administration publique, renforcer la connectivité entre les régions et améliorer les résultats du système éducatif. “En fin de compte, la prospérité future du Maroc est fondamentalement liée à sa capacité à accumuler du capital humain“, conclut-elle.