Ilyas Elomari prêt à quitter le PAM?
Dans un post mis en ligne dimanche quelques heures après l’imposante manifestation d’Al Hoceima, Ilyas Elomari n’écarte plus son retour sur le Rif et son recentrage sur la politique locale et régionale.
La manifestation du dimanche 9 avril qui a réuni des milliers de manifestants à Al Hoceima aura apparemment impacté la réflexion d’Ilyas Elomari sur son parcours et son futur politique.
Parlant de “retour à mon village marginalisé“, de “fidélité aux amis et aux engagements“, de “décision de retour“ et de “décision difficile“, Elomari évoque un autre Rifain rebelle et marginalisé qui avait socialement émergé par ses propres moyens et était connu pour son franc-parler: l’écrivain Mohamed Choukri.
Cet écrivain né dans le Rif et décédé à Tanger est cité pour ses “qualités“ redécouvertes à l’aune de la politique du jour mais également pour suggérer qu’Elomari voudrait un jour écrire et s’exprimer sur “lui-même et ses trahisons“. Elomari s’interroge sur qui “après la mort de Choukri peut écrire franchement sur lui-même“?
Dans son texte posté sur Facebook, il n’apparaît pas encore clairement si Ilyas Elomari a définitivement décidé de se replier politiquement sur le Rif. Il annonce une possibilité et une option, de la même manière qu’il lancerait un ballon d’essai. L’éventualité de se replier sur le Rif n’est pas écartée. Est-ce sa propre décision ou une décision pour lui faire jouer un nouveau rôle politique dans la nouvelle page qui s’ouvre sur la région?
Ces questions trouveront certainement leurs réponses dans les prochains jours. Ce qui est certain, ce lundi 10 avril, c’est que la mort de Mohcine Fikri en octobre dernier, la mobilisation rifaine et les manifestations citoyennes jusqu’à celles du dimanche 9 avril, commencent à avoir des impacts politiques. Sécuritaires et politiciens commencent à porter sur la région un regard différent.
Quelle “utilité“ politique?
Depuis 18 mois pour ne pas remonter plus loin, Ilyas Elomari dirige le PAM et préside le conseil régional de Tanger-Tétouan-Al Hoceima. De fait, Elomari est aujourd’hui le leader du principal parti d’opposition dans son acceptation “classique“. Suite aux résultats enregistrés aux dernières législatives et à l’incapacité du PAM de contrer plus fermement les ambitions du PJD, Elomari avait été écarté du leadership de l’opposition [au PJD] au profit de Aziz Akhannouch ce qu’il a modérément apprécié.
Ce qui se passe à Al Hoceima depuis plusieurs semaines l’a sûrement amené à réfléchir sur sa véritable “utilité“ politique locale ou nationale et son rapport de fond à sa terre d’origine.
Outre les mobilisations constatées à Al Hoceima et Nador depuis plusieurs semaines, les Rifains d’Europe se mobilisent également. Fin mars, le PAM avait présenté un programme d’investissements industriels pour la région d’Al Hoceima qui semblait faire plus figure d’annonce que de projet économique mûri et ficelé. La proposition pleine de subventions à tout-va était décevante.
Ilyas Elomari dans sa carrière politique qui l’a mené de l’extrême-gauche au centre-droit n’en serait ni à sa première manœuvre ni à son premier changement de pied. L’avenir du mouvement citoyen d’Al Hoceima nous dira ce qu’il deviendra politiquement.
Ilyas Elomari, loin de Rabat après son éloignement du leadership de l’opposition, signifierait que le camp libéral n’a pas fini son adaptation à la donne politique issue des législatives du 7 octobre et de la formation du gouvernement El Otmani.