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La coalition arc-en-ciel d’El Otmani: couleurs politiques et clins d’œil culturels

Composé de six partis politiques, de ministres de souveraineté et de différentes sensibilités régionales et culturelles, le gouvernement d’El Otmani constitue une véritable coalition arc-en-ciel.

La coalition arc-en-ciel d’El Otmani: couleurs politiques et clins d’œil culturels
Jamal Amiar
Le 9 avril 2017 à 12h20 | Modifié 9 avril 2017 à 12h20

L’expression coalition arc-en-ciel ou rainbow coalition née dans les années 30 aux Etats-Unis a connu son retour en politique en Belgique dans les années 90 puis sous la présidence Obama entre 2008 et 2016. La mise en place d’une rainbow coalition représenteune capacité à fédérer et à rassembler différentes sensibilités politiques en intégrant des représentants deminorités culturelles et ethniques.

Cette configuration, au-delà des rapports de forces intrinsèques aux jeux de pouvoir,  représente une méthode pour concilier les différences identitaires et politiques. Le concept de coalition arc-en-ciel est en ce sens éminemment moderne et pertinent car il est inclusif.

Sous nos cieux d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient où les droits des femmes et de multiples minorités sont régulièrement bafoués, l’expression peut détonner. Il faut donc l’exprimer sans illusions excessives.

 

Des Rifains, des Soussis, des Fassis, des islamistes, des libéraux, des anciens communistes et des technocrates, des ministres voilées et d’autres non

Parler de coalition arc-en-ciel dans le cas de l’équipe dirigée par le PJDiste Saadeddine El Otmani, c’est d’abord noter qu’elle rassemble des sensibilités politiques et culturelles très différentes.

 A côté de nombreux inclassables ou encore inconnus, on y trouve des natifs du Rif (Abdelouafi Laftit, Mohamed Aujjar et Mohamed Laârej), des Soussis (Saâdeddine El Otmani, Mohamed Hassad, Aziz Akhannouch), des Berbères du Moyen-Atlas (Hamou Ouhelli et Lahcen Daoudi), des Fassis (Mohamed Boussaid) ou Marrakchis (Moulay Hafid Elalamy), des islamistes (El Otmani, Mustapha Ramid et Mohamed Yatim), des soufis (Ahmed Toufiq), des libéraux ( Mohamed Sajid et Rachid Talbi Alami), des anciens communistes et des technocrates, des ministres voilées et d’autres non.

Au-delà des appartenances politiques, on sait que dans certains cas les proximités ethniques et culturelles permettent de rapprocher les points de vue.

Dans des moments de tension et de nécessaire construction sociale comme le Maroc en vit aujourd’hui, l’imagination raisonnée doit être au pouvoir. Beaucoup de monde s’offusque de la présence d’un Mustapha Ramid au ministère des Droits de l’homme par exemple.  Mais Mohamed Aujjar et Nabil Benabdellah ne sont-ils pas là pour contrer ses éventuelles velléités trop conservatrices?

La composition du gouvernement El Otmani montre qu’un ancien communiste respecte le  référentiel d’un islamiste sans pour autant accepter qui l’impose aux autres. Un islamiste marocain au gouvernement reconnaît l’importance et la place de l’amazigh et de la liberté de culte dans notre pays.

On trouve dans ce gouvernement des personnalités rodées au monde l’entreprise et de l’investissement: Aziz Akhannouch et Moulay Hafid Elalamy. Leur responsabilité est également de veiller à une répartition inclusive des richesses. Il y a ensuite des femmes, même si une seule est ministre et huit autres sont ministres déléguées ou secrétaires d’Etat. Certaines sont voilées d’autres pas. Certaines sont des militantes partisanes, une autre banquière. Arc-en-ciel.

Puis viennent les sensibilités culturelles. Mettre au ministère de l’Intérieur un natif de Tafrisst à l’heure où la population d’Al Hoceima et du Rif manifeste dans la rue a du sens. De même avoir à la Culture un natif de Nador et élu d’Al Hoceima en la personne de Mohammed Laârej envoie un message d’inclusion.

Une jeune Rkia Derhem née à Laâyoune au Commerce extérieur aidera à faire passer des messages autant à Laâyoune qu’à Tindouf et à Strasbourg.  Alors que Rabat et Bruxelles continuent de discuter les termes de l’application de leur récent accord commercial, la présence de Rkia Derhem dans une délégation marocaine aura son intérêt.

Des expériences prometteuses et fragiles

Les expériences politiques arc-en-ciel ont pour point commun d’être constamment tiraillées entre des sensibilités diverses. D’office, cela ne leur confère aucune garantie de durée. L’apprentissage du compromis politique et de la tolérance ne sont pas linéaires. Les points de rupture ne sont jamais très loin. C’est pour cela qu’existent les institutions, les règles de droit et les rapports de force. Parfois le fil casse.

Cependant nous pouvons dire que cette semaine, le Maroc s’est doté d’un gouvernement arc-en-ciel, une expérience assez unique dans une région du monde réputée pour ses rigidités politiques, religieuses et culturelles. Ce n’est pas le moindre des mérites de l’actuelle expérience que de rechercher une synthèse. Jusqu’aux prochaines élections législatives.

 Au risque de se répéter, disons qu’une coalition arc-en-ciel reste avant tout un ensemble d’acteurs aux sensibilités et aux origines différentes qui arrivent à se mettre l‘accord sur l’essentiel. Il faut pour cela des gens intelligents, ouverts et efficaces dans leur attributions. Il faut au minimum cela pour gouverner un pays complexe et engagé dans d’importants challenges.

Au-delà des couleurs, ce sont les résultats qui comptent

Ces challenges peuvent se résumer ainsi: sur le plan économique, il s’agit de continuer d’encourager l’investissement et la création d’emplois; sur le plan politique intérieur, il s’agit de poursuivre des réformes nécessaires dans l’administration publique et l’enseignement; sur le plan extérieur, il s’agit de rester vigilant au sujet de l’intégrité territoriale du pays.

Maintenant que tout le bien est dit du cool que représente une coalition arc-en-ciel en ce début de législature, au final se sont les résultats qui comptent. La mise en place d’une coalition arc-en-ciel est une manière de mettre en confiance l’opinion publique. Mais cela n’est valable qu’au début de l’action.

Les Marocains ont d’abord des attentes d’amélioration de la situation de l’emploi et des conditions de vie dans les périphéries des villes. Dans une province telle que le Rif où contrebande et trafics de drogue ne constituent que des pis-aller et des terreaux de troubles sociaux et politiques les urgences sont criantes. Comment peut-on être et vouloir être moderne et observer chaque jour sans agir les centaines de femmes et d’hommes mulets à Bab Sebta et aux portes de Mélillia et constater sans broncher que notre pays détient depuis des années des records en matière d’exportation de cannabis?

Là où les Marocains souhaitent certainement que le gouvernement n’échoue pas, c’est dans sa réforme du système éducatif. Une réforme de l’administration publique apportera économies budgétaires, gains de places dans le Doing Business, une balance des paiements plus équilibrée, des emplois créés, et des Marocains réconciliés avec leur Etat. Ce gouvernement dispose de quatre ans pour réussir. C’est beaucoup de temps dans un monde qui évolue à toute vitesse.

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Jamal Amiar
Le 9 avril 2017 à 12h20

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