En France, le retour réussi des mythiques platines vinyle Technics
Mythique série choyée des DJ du monde, les platines vinyle SL-1200 Technics sont de retour, prouvant un regain d'intérêt pour la haute-fidélité audio, à rebours de la pourtant récente tendance MP3.
"On les malmenait, mais elles tenaient le choc, les SL-1200", se souvient un ancien d'une radio libre de Bourgogne en France du milieu des années 1980.
La marque Technics sonne anglophone, mais elle est japonaise. Ces platines, fabriquées à partir de 1972 par Matsushita Electric Industrial (aujourd'hui Panasonic), se sont imposées dans tous les studios et discothèques avant de disparaître en 2010.
Interrompue quatre ans, victime de la déferlante MP3 qui a porté un coup dur aux CD (eux-mêmes tueurs des vinyles) et au matériel de lecture, Technics, marque née en 1965 également connue pour ses enceintes et amplificateurs, a repris vie en 2014.
"Nous avons eu nombre de demandes pour redonner vie à la gamme de platines", assure un des techniciens chargés de superviser la production de ces appareils dans une usine d'Utsunomiya, au nord de Tokyo.
Pour les nouvelles variantes, "il a fallu faire revenir des anciens qui avaient quitté la société afin qu'ils nous donnent les secrets", raconte-t-il.
Silencieusement, une équipe de techniciens d'élite gantés, masqués et coiffés d'un bonnet, s'applique, dans une salle blanche, à façonner le produit, avant de le transférer à un collègue qui l'inspecte sous toutes les coutures et fait disparaître la moindre trace, la moindre poussière.
"Le vinyle enregistre le signal sonore tel qu'il est produit, un niveau que n'égale pas le numérique, où le son est échantillonné (reproduit et extrapolé à partir d'échantillons)", rappelle Michiko Ogawa, une pianiste de jazz.
Les pros le savent: les illustres studios londoniens Abbey Road (The Beatles, enregistrements de La Callas remastérisés, etc.) se sont immédiatement dotés des nouvelles SL-1200.
Dans un monde où domine l'image (TV, écrans de smartphones), faire entendre et comprendre la profondeur d'un son tel qu'il est créé par un instrument, une voix dans toute son authenticité, est un défi, d'autant plus que toutes les conditions sont aujourd'hui réunies pour que la reproduction musicale soit infidèle: écoute en situation de mobilité dans un environnement bruyant, avec un smartphone et un casque ou, pire pour les audiomaniaques, des oreillettes sans fil.
Mais "la capacité des réseaux a été démultipliée au point de pouvoir désormais créer, transmettre et stocker des fichiers audio haute résolution (Hi-Res) non compressés", ce qui permet de conjuguer la commodité d'Internet avec une qualité proche du son originel et d'inciter à redécouvrir les vinyles qui sont aussi des objets de collection", analyse Mme Ogawa, selon qui "la qualité audio est une chose qui ne se perçoit "que si elle se goûte, comme un aliment".
"Les 300 premiers exemplaires des nouvelles Sl-1200 pour le Japon ont été vendus en 30 minutes", se félicite-t-elle. D'où la décision d'en fabriquer plus et d'étendre encore la gamme dont le prix va jusqu'à 3.500 euros.
(Avec AFP)