Ce que gagne le Maroc avec sa présence au sein du Comité Exécutif de la CAF
Lors de la 39ème Assemblée Générale de la Confédération africaine de football (CAF), le Maroc a obtenu un siège au sein du Comité Exécutif. Un poste qui lui confère des avantages perdus depuis plus de 13 ans.
Depuis le 16 mars, le Maroc est de retour au sein du Comité Exécutif de la Confédération Africaine de Football (CAF). Faouzi Lakjâa, président de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), est devenu le représentant de l’Afrique du Nord au sein du "gouvernement" du football continental.
En battant l’Algérien Mohamed Raouraoua, président de la Fédération Algérienne de Football, Faouzi Lakjaâ met fin à 13 ans d’absence au niveau de cet organe stratégique et exécutif de la CAF.
"Depuis la défaite de Said Belkhayat en 2004, qui n’avait pas, rappelons-le, eu le soutien du Maroc et avait fait campagne tout seul, nous n’avions presque personne au sein de la CAF", regrette Moncef Belkhayat, ancien ministre des Sports et fin connaisseur des arcanes du football africain.
La présence du Royaume s’est effectivement affaiblie au sein de la CAF depuis 2004 avec l’éviction de Said Belkhayat. "Il était très actif au sein de la CAF, depuis son élection en 1988, il avait un poids important et un mot à dire dans toutes les décisions et depuis 2004, nous avons perdu cela", explique Moncef Lyazghi docteur et chercheur en politiques sportives.
Les seuls représentants qui restaient encore avaient des postes dans quelques petites commissions, qui n’ont aucune influence dans la prise de décision, contrairement au comité exécutif qui est le centre du pouvoir.
13 longues années de disette
"Nous avons tendance à minimiser, mais la présence au sein du comité exécutif donne un avantage très significatif grâce au lobbying et à l’influence, les pays qui y sont présents ont toujours su tirer profit d’une façon ou d’une autre", résume l‘ancien ministre.
Plusieurs observateurs du champ footballistique marocain estiment que depuis le départ de Belkhayat, le Maroc a été lésé dans quelques décisions. Si la dernière en date reste le retrait de l’organisation de la Coupe d’Afrique en 2015, d’autres événements antérieurs prouvent à quel point cette absence était regrettable.
Lors des éliminatoires de la Coupe du Monde 2006, par exemple, le Maroc avait hérité d’un groupe très difficile, avec entre autres la Tunisie et le Kenya.
"La Tunisie a réussi à imposer le huis clos pour sa rencontre contre le Kenya qu’elle a gagnée, contrairement au Maroc qui a joué devant un nombre impressionnant de supporteurs et le match s’est soldé sur un score nul. D’ailleurs, la Tunisie a fini première du groupe avec un point d’avance seulement sur nous et les Aigles de Carthage ont joué le mondial allemand", rembobine avec amertume Moncef Lyazghi.
Retour gagnant?
Le retour du Maroc coïncide cette année avec un gros changement au sein de la CAF. Le départ de Issa Hayatou du poste de président qu’il a occupé pendant presque 30 années est en soi un tournant. "C’est un vent de renouveau qui souffle sur la plus haute instance footballistique du continent avec le nouveau président malgache et le Maroc peut accompagner cette mutation", remarque Moncef Lyazghi.
La présence de Faouzi Lakjâa procurera au Maroc une meilleure position pour négocier les prochaines échéances. A titre d’exemple, nous citons l’ambition marocaine d'organiser un jour une Coupe du Monde. "Nous pouvons désormais assurer, plus ou moins, les voix du continent africain, contrairement à avant où même des membres de la CAF ne votaient pas pour nous", rappelle Moncef Lyazghi.
Le rôle de Lakjâa pourra être renforcé avec la présence des autres Marocains dans les différentes commissions, à l’instar de la commission d’arbitrage, ou par exemple celle de l’organisation des compétitions. D’un autre côté, si le Maroc veut devenir un jour représentant de la CAF au sein de la FIFA, il était nécessaire de passer par la case du Comité Exécutif, ce qui est chose faite maintenant.
L’enjeu d’un siège au sein de cette instance, peut aussi être matériel. "Aujourd’hui, la CAF est devenue riche avec les droites télé qui se négocient à des montants astronomiques, et cet argent doit être reversé aux fédérations sous plusieurs façons. En étant influents, des pays ont bénéficié de plusieurs avantages à l’image des formations pour les entraîneurs, pour les arbitres ou même en matière d’infrastructures", détaille Moncef Belkhayat.