Pollution: “Stratégies frauduleuses” depuis plus de 25 ans, Renault dément
"Des stratégies frauduleuses" ont été mises en place depuis plus de 25 ans au sein de Renault pour fausser les tests d'homologation de certains moteurs, soupçonne la Répression des fraudes qui estime que "l'ensemble de la chaîne de direction" est impliquée.
Le numéro deux du constructeur, Thierry Bolloré, a apporté à l'AFP "un démenti formel". "Renault ne triche pas. Tous les véhicules ont été homologués conformément à la réglementation en vigueur", a-t-il assuré. "Renault réaffirme que ses véhicules ne sont pas équipés de logiciels truqueurs", a-t-il précisé.
La Bourse de Paris a toutefois mal réagi, le titre enregistrant à la clôture le plus fort recul du CAC 40 (-3,67%), dans un marché quasi-stable.
Dans un rapport dont l'AFP a eu connaissance mercredi 15 mars, le gendarme de Bercy suspecte le constructeur automobile d'avoir utilisé "un logiciel" programmé pour parvenir à respecter les normes réglementaires européennes antipollution.
Ce document, dont Libération a révélé l'existence, se concentre sur des modèles récents, mais la DGCCRF, qui s'appuie sur le témoignage d'un ex-salarié, estime que certaines pratiques remontent à 1990.
"Plusieurs véhicules étaient équipés de dispositifs de détection de cycle" qui permettaient à la voiture de repérer si elle était en train de passer des tests d'homologation. Dans ce cas, l'électronique adaptait le fonctionnement du moteur pour que ce dernier émette moins de polluants, d'après cet ancien technicien qui a quitté le groupe en 1997.
La première génération de Clio, sortie en 1990, était concernée pour les moteurs essence, d'après lui.
La DGCCRF estime que "l'ensemble de la chaîne de direction de la société qui rend compte en dernier ressort à son PDG Carlos Ghosn" est impliquée.
"Aucune délégation de pouvoir n'a été établie par M. Ghosn concernant l'approbation des stratégies de contrôle utilisées pour le fonctionnement des moteurs", relève notamment la Répression des fraudes qui conclut à "la responsabilité" du PDG.
L'enquête du gendarme de Bercy se concentre sur les moteurs diesel Euro 5 et Euro 6, homologués à partir de septembre 2009.
Le document met en lumière des écarts importants entre les performances de certains d'entre eux au moment de leur homologation en laboratoire et leur utilisation en conditions réelles, en particulier les modèles Renault Captur et Clio IV qui dépasseraient le seuil réglementaire d'émission de dioxyde de carbone respectivement de 377% et de 305%.
(Avec AFP)