Euromonitor voit le Maroc réorienter ses alliances stratégiques et en tirer profit
"Le retour du Maroc au sein de l’Union africaine représente un pas crucial dans la réorientation par le Royaume de ses alliances stratégiques". C’est par ces termes qu’Euromonitor présente et qualifie l’action du Maroc en Afrique en ce début 2017.
Dans des déclarations à Médias24, la puissante firme internationale d’information économique et de marketing juge que "face à la faible croissance économique européenne et aux bas prix des matières premières, le renforcement par le Maroc de son partenariat économique et politique avec les pays africains est déterminant pour le futur de ses activités économiques et commerciales".
Lea Meyer, attachée de recherche chez Euromonitor International, met en avant les efforts du Maroc en matière d’infrastructures: de l’expansion de l’aéroport Mohammed V en cours à celle de l’aéroport de Marrakech-Ménara achevée le mois dernier, en passant par la prochaine livraison du port de Tanger Med II et les débuts du TGV marocain annoncés pour le premier semestre 2018.
On peut ajouter à ces éléments, l’extension du réseau autoroutier, le doublement des voies de circulation vers Boujdour et Laâyoune et le démarrage effectif des études pour relier Agadir au réseau ferroviaire national.
Plate-formes et outils pour l’Afrique
D’ores et déjà, des plateformes telles celles de Tanger Med, port et logistique, et de services comme le Casablanca Finance City (CFC) jouent un rôle non négligeable dans le commerce et l’investissement vers et en provenance de l’Afrique. On peut y ajouter l’extension du réseau africain de Royal Air Maroc qui dessert aujourd’hui plus de 20 capitales d’Afrique de l’Ouest, de l’Est et du centre.
Lea Meyer note que ces investissements combinés devraient sensiblement accroître l’activité du secteur touristique marocain et attirer plus d’investissements étrangers; ceux-ci ont atteint 30 MMDH en 2015. A côté de ce chiffre, l’amélioration du classement du Maroc dans le Doing Business international devrait favoriser la tendance à l’investissement direct au Maroc et au choix du Maroc comme plateforme vers d’autres pays d’Afrique. Le Maroc se situe à la 68e place contre la 74e pour l’Afrique du Sud, la 77e pour la Tunisie, la 122e pour l’Egypte, la 156e pour l’Algérie.
En termes de stabilité politique à court et moyen termes, le Maroc peut être considéré comme le pays offrant le plus de garanties et de sécurité au niveau régional, mais aussi par rapport à une Afrique du Sud en proie à des difficultés politiques et sociales qui ne devraient pas s’estomper avant le bouclage des élections présidentielles de 2019.
Pour la première fois également depuis 2011, le secteur du tourisme a repris sa croissance à la hausse avec un fort apport de la diaspora marocaine de l’étranger estimée à près de cinq millions de personnes, dont quatre en Europe.
Expérience marocaine
Selon Euromonitor, le retour du Maroc au sein de l’UA permettra à divers acteurs régionaux de tirer parti de l’expérience marocaine en matière d’infrastructures, dans l‘industrie agroalimentaire et le tourisme tout en encourageant les investissements privés dans d’autres pays africains. Banques marocaines et CFC devraient y contribuer.
Euromonitor revient sur le projet de gazoduc Nigeria-Maroc qui doit approvisionner et permettre la commercialisation des ressources en hydrocarbures du Nigéria mais aussi de pays tels le Sénégal et la Mauritanie à l’horizon 2022, tout en permettant l’accès à une énergie à un prix abordable et donc à une facilitation des investissements productifs sur le Golfe de Guinée et le long de la côte atlantique africaine.
Enfin, la firme internationale met en relief le rôle que peut jouer le Maroc dans la réussite du plan Vision 2063 de l’UA, notamment en matière de négociations d’accords-cadres de libre-échange commercial.
A l’heure où Euromonitor analyse les synergies Maroc-Afrique, le Roi Mohammed VI se trouvait à Lusaka en Zambie après des visites effectuées au Sud Soudan, au Ghana et en Ethiopie depuis le début janvier 2017. Depuis 2011, Mohammed VI a effectué près de 50 visites dans des pays africains.
Dans une note publiée plus tôt ce mois-ci, Euromonitor avait jugé l’année 2017 celle de la reprise économique au Maroc, notamment alimentée par la consommation intérieure et une bonne saison agricole avec un potentiel de croissance supérieur à 4%.
Parmi les bémols à ces tendances positives, Euromonitor souligne une prolongation de l’arrêt des réformes au Maroc en raison de blocages politiques, et le risque d’attentats, minime certes, mais ravivant toujours les spectres de l’instabilité politique dans une région Mena à l’image et à l’attractivité fortement malmenées par la situation régionale.