Méduses, poissons tropicaux, sardines…: Le réchauffement affecte déjà les mers marocaines
Tropicalisation et gélification de l'océan, mortalité massive d'animaux marins dans certaines régions, hausse de la température de la mer, apparition d'espèces tropicales, épisodes de mortalité massive de poissons... L'Institut national de la recherche halieutique (INRH) a observé, ces dernières années, de nombreux signaux de l'impact des changements climatiques sur les ressources halieutiques. Éclairage.
Le Maroc dont le domaine maritime est d'une superficie d'un million de km2 abritant d'importantes ressources halieutiques, doit redoubler d'efforts pour s'adapter aux changements climatiques. C'est l'enseignement majeur qui ressort de l'intervention de Najib Charouki, chercheur auprès de l'INRH, dans le cadre d'un panel consacré aux défis des changements climatiques dans le secteur halieutique au Maroc, au salon Halieutis à Agadir.
Les signaux qui ont été détectés ces dernières années par l'INRH à travers des études, des observations ou des investigations - menées sur le terrain - prouvent que l'impact au Maroc des changements climatiques sur les ressources halieutiques est significatif.
"Durant 2011 et 2015, années marquées par le réchauffement de la mer au niveau mondial, la phénologie de deux espèces, à savoir la sardine et l'anchois, a démontré des anomalies", a précisé Najib Charouki. "En 2011, la taille de première maturité de la sardine est descendue au-dessous de 11 cm tandis qu'en 2015, la ponte de l’anchois s’est étalée au-delà de la période estivale jusqu’à la fin d’automne", a-t-il détaillé.
"Un autre phénomène observé par l'INRH - à l'issue d'une campagne d'évaluation dans les zones démersales en 2010 - est la tropicalisation de l'océan", indique-t-il. C'est-à-dire l'expansion des espèces d'eaux chaudes, comme celles figurant ci-dessous.

Espèces d'eaux chaudes détectées au Maroc (Source: INRH)
L'impact des changements climatiques conjugué aux effets de l'exploitation non durable de la mer est également palpable du côté des espèces planctoniques, a fait savoir le panéliste. "C'est le cas de plusieurs espèces comme le Lithodesmium, qui est une diatomée (ndlr, microalgue) détectée accidentellement durant les saisons d'été et d'automne de l'année 2015, en abondance élevée au large de l’atlantique sud et la Baie de Cintra près de Dakhla. Et celui du Rhizosolenia, qui est une diatomée de plus en plus abondante ces dernières années, en particulier l’été 2015." "Ce sont des espèces qui ont une affinité avec les eaux chaudes", a souligné Najib Charouki.
Gélification des océans: les méduses toujours plus nombreuses
Selon les observations scientifiques en mer de l'INRH, les apparitions massives du macro-plancton gélatineux sont de plus en plus fréquentes et concernent divers groupes à l'instar des cténaires, des méduses et des tuniciers. Ce phénomène récurrent au niveau mondial advient, selon la communauté scientifique, à cause des activités humaines dans les océans.

Occurrence de capture des méduses dans les coups de chalut (Source: INRH)
Énième phénomène et non des moindres: la mortalité massive d'animaux marins observée par l'INRH dans quatre régions à savoir, Laayoune, Mohammedia, Sidi Ifni et le nord en Méditerranée. "À Laayoune, la mortalité massive des poissons pélagiques et mugilidae (ndlr, mulets) a été respectivement observée en septembre 2012, en octobre 2013 et 2014, ainsi qu'en novembre 2015", a indiqué Najib Charouki.