Attentisme Politique. Ce qu’il a coûté à l’économie
Sollicité par Médias24, le Haut commissariat au plan évalue l’impact du retard de la formation du gouvernement sur l’économie marocaine, tout en s’attardant sur les secteurs les plus sensibles.
D’abord une précision faite par le HCP: contrairement à 2012 où les budgets de fonctionnement étaient débloqués par 1/12ème, et où l'investissement n'a pas été débloqué avant le vote de la loi de Finances, cette année, la totalité du budget a été débloquée par décrets.
Cela voudra-t-il dire pour autant que le retard accusé dans la formation du gouvernement est sans effet sur l’économie?
Sollicité par Médias24 au sujet de l’attentisme politique et son impact sur l’économie, le HCP a fait preuve de prudence, tout en soulignant clairement que l’attentisme ambiant "aura des retombées sur l’économie et qu’un blocage politique prolongé accompagné d’une absence de données arrêtées sur la fiscalité, les politiques monétaire et sociale… ne pourra qu’aggraver le ralentissement de la demande intérieure, en particulier de l’investissement".
Une décélération tous azimuts
Les principaux indicateurs économiques disponibles à fin décembre 2016 montrent un ralentissement du rythme de croissance de l’économie nationale au quatrième trimestre. Quelques chiffres:
-La consommation domestique n'a progressé que de 2,8% contre 2,9% au troisième trimestre 2016 ;
-L’investissement n'a progressé que de 6,4% contre 8,7% en glissement trimestriel ;
-L'indice de confiance des ménages a été de 73,5 points au quatrième trimestre 2016 contre 73,8 points au trimestre précédent et 77,1 points en glissement annuel.
Et l’emploi public?
Le recrutement dans la fonction publique -plus de 23.000 postes budgétaires prévus dans le PLF 2017- est gelé en attendant l’installation du gouvernement. Ces nouveaux postes ont été programmés pour combler des départs massifs à la retraite. C'est dire qu'il y a urgence.
Outre une hausse du chômage, ce retard aura pour conséquence:
-Davantage de lourdeur administrative ;
-Une baisse des revenus ;
-Un ralentissement de la consommation domestique qui, à son tour, affectera l’activité économique dans sa totalité.
Pour rappel, le mois de janvier avait connu une baisse alarmante dans le secteur de la grande consommation.
Les secteurs les plus touchés par l’attentisme
Certes, toutes les branches d’activités sont touchées par l’attentisme politique, mais à des degrés différents. Les plus sensibles demeurent les chantiers publics en cours d’exécution, les producteurs de services rendus à l’administration et les PME sous-traitantes, sujets à des rallongements des délais de paiement.
Selon une analyse sectorielle du HCP, c’est le BTP déjà mal en point qui est le plus affecté par le manque de visibilité. Les ventes de ciment ont baissé de 2,7% en 2016, contre une embellie de 9,9% en 2015, et la valeur ajoutée du secteur n’a progressé que de 0,8%, au lieu de 3%, une année auparavant.
Cette évolution a été confirmée par l’enquête de conjoncture du BTP réalisée par le HCP. Au quatrième trimestre de l’année écoulée, 34% des entreprises ont déclaré une diminution de leur activité, contre seulement 9% l’année précédente. Les carnets de commande ont, également, subi en baisse pour près de 47% des entreprises contre 14%, jugés bien garnis.
L’informatique n’est pas en reste. En 2016, les ventes des équipements informatiques ont baissé d’environ 9% par rapport à 2015. Un secteur dans lequel l’administration publique compte pour près de 40% des achats, selon le HCP.