Akhannouch prépare un RNI modernisé et en ordre de bataille
REPORTAGE. Une nouvelle gouvernance, des moyens, un congrès au mois de mai: Akhannouch a annoncé dimanche 15 janvier, des décisions avec pour objectif de faire du RNI un parti plus efficace, et de le mettre plus vite en ordre de bataille.
Devant 3.000 militants venus de tout le Souss-Massa (et 2.000 qui n'ont pu entrer et qui ont regardé sur un écran géant), Akhannouch a dévoilé 100 jours après son élection, les premières mesures concrètes de réorganisation du parti. En un mot, il s’agit de faire du RNI une machine capable d’agir pour défendre un positionnement, des objectifs, être proche de l’électorat,… En d’autres termes, un parti professionnalisé, avec des permanents et des militants de base.
En défendant son projet, il avait davantage la posture d’un chef d’entreprise qui expose une stratégie que d’un chef de parti tel qu’on a l’habitude de le voir au Maroc.
En 100 jours, des experts du parti et de l’extérieur du parti ont planché pour transformer le RNI en machine de guerre (électorale).
Le diagnostic est reflété en quelques mots: “Le RNI a l’image d’un parti saisonnier, qui se réveille avant chaque élection. Cette image de saisonnalité le dessert et réduit son attractivité“.
Akhannouch veut en faire un parti de proximité, de démocratie interne, proche des gens, agissant à régler leurs problèmes.
Cela a été son intuition dès le jour de son élection. Et il a raison, car un parti sans démocratie interne, qui n’est pas proche des gens, n’est pas un parti.
Le nouveau président a annoncé que les régions seront dotées de moyens, qu’il y aura des sièges locaux “standardisés“ là où ce sera nécessaire, que le parti sera présent à chaque échelon local, y compris le quartier ou le douar.

Agharrass Agharass, nouveau cri de ralliement
Il veut améliorer la gouvernance du parti avec 2021 en ligne de mire, instaurer la démocratie représentative à l’intérieur et également la démocratie participative.
Il évoque une séparation des pouvoirs dans l’organisation, la création de cellules locales, d’organisations parallèles (femmes, jeunesse, professions).
Les différents coordinateurs seront liés au parti par des contrats de performance. Ils auront donc des objectifs qui permettront de les évaluer.
Parmi les coordinateurs, un sera spécialement désigné pour les RME.
Pour renforcer la démocratie interne et la transparence, des commissions d’arbitrage et un comité d’audit seront créés.
Cerise sur le gâteau, le parti sera doté d’un think tank.
Tout cela doit aller vite, car le prochain congrès ordinaire est fixé aux 19-20 mai et le conseil national au 21 mai.
Une appli, un call center
Les militants disposeront d’une carte à puce. Elle leur donnera accès à l’appli RNI-direct. Cette dernière est déjà disponible sur Android et dans 3 semaines sur IOS.
L’appli sera un support de communication dans les deux sens entre le parti et ses adhérents, y compris pour faire remonter l’info ou pour des concertations.
Les adhérents pourront également contacter un… call center (080 100 75 75).
"Les gens n’ont pas besoin de discours, mais qu’on résolve leurs problèmes"
Akhannouch veut positionner le parti sur le terrain de la proximité, du concret, pour résoudre les problèmes. “Nous voulons déclarer la guerre à la pauvreté, à la précarité et au chômage“.
“Les gens sont demandeurs d’attention, nous serons l’alternative, nous faisons peur“, dit-il dans une allusion transparente au PJD.
“Ils veulent rester seuls“. “Nous n’avons pas d’adversaires, nous sommes positifs pour le Maroc, ils instrumentalisent les malheurs des gens, exploitent la précarité, uniquement pour gagner les élections“. “Nous devons beaucoup travailler mais également apprendre à parler“. Akhannouch est très applaudi, parfois l’ambiance est survoltée, il est clairement populaire dans son fief du Souss.
Il continue à lancer des piques au PJD: "Ils jouent aux victimes, mais les vraies victimes c’est nous qui avons été pris à partie. Nous sommes Oulad ennass, des gens bien. Nous n’avons pas peur de l’armée du totalitarisme, ils ne nous font pas peur, le Maroc n’a pas besoin d’obscurantisme, la démocratie ne consiste pas à écraser les autres quand on a gagné“.
Dans la ville
La veille, dans le véhicule qui nous emmène de l’aéroport à la ville, nous sommes trois journalistes, nous ne pouvons nous empêcher de parler politique. Le chauffeur intervient spontanément dans la conversation, la politique est contagieuse et lui non plus, ne peut s’empêcher:
“Benkirane sait additionner 1+1. Mais il ne peut additionner des milliards. Akhannouch sait le faire. Le Maroc a besoin de quelqu’un comme lui“.
“Agadir, c’est mort, le gouvernement n’a rien fait pour nous (…). Un jour, le Roi va prendre ses valises et les laisser à leurs querelles“…
Quelques bribes donc d’une conversation avec un chauffeur qui parle trois langues (berbère, darija et français), émigré de Mhamid Ghizlane vers Agadir depuis une quinzaine d’années.
Cela ne vaut pas un sondage, mais cela donne raison à l’un des axes choisi par Akhannouch: “Nous serons là pour résoudre les problèmes des gens, pas pour des discours et des incantations“. L’allusion vise le PJD.
Résoudre les problèmes des gens n’est pas chose aisée. Il faut un appareil. Celui du RNI n’est pas très performant. Des sources internes affirment que le parti a subi des “tirs amis“, ce qui explique son score, en particulier à Casablanca, Marrakech et Tanger (1 seul siège dans chacune de ces villes).
C’est comme si vous héritez d’une entreprise et vous vous rendez compte de l’étendue du désastre: le produit n’est pas bien défini, il ne correspond pas forcément à la demande, il est mal distribué, il n’y a aucune communication entre le siège et la force de vente, vos parts de marché reculent, la gestion des ressources humaines n’est pas transparente, vous n’avez pas les moyens de vos ambitions, vous ne connaissez pas le nombre de vos adhérents (si, si), …
“Akhannouch n’est pas un chef de parti, c’est un chef d’entreprise. Il se comporte comme un chef d’entreprise“. C’est un pilier du RNI qui le dit, dans une conversation avec Médias24.
“- Et donc?
- C’est une bonne chose. Cela peut donner des résultats. Mais irons-nous assez vite? Arriverons-nous à convaincre le consommateur final, autrement dit l’électeur?“
Akhannouch annonce qu’il veut travailler dans un horizon de 5 ans, échéance des législatives, les communales et les régionales de 2021. Il veut faire un vrai parti, car les temps ont changé.
Un vrai parti a besoin d’un leadership (Akhannouch en a), d’une démocratie interne, d’un socle idéologique et d’une stratégie de conquête. Aujourd’hui, 100 jours après son élection, il en est au stade des mesures d’urgence, et des premières stratégies de communication et de fonctions supports.
Faire rencontrer le produit et le consommateur sera le défi final. En chef d’entreprise, il sait travailler sur l’offre, la demande, la distribution de ses produits, la planification stratégique. Il n’en est qu’au début. Il faudra attendre pour pouvoir juger.
Sur le papier, la stratégie d‘Akhannouch est juste et il se donne les moyens d’agir. Il va buter sur une difficulté: trouver les ressources humaines, compétentes et intègres, en nombre suffisant, pour doter le Maroc d’un vrai parti social et libéral.
Mais il avance vite et les pas semblent assurés. Les moyens sont au rendez-vous. Prochaine étape: le congrès. En juin, le parti sera en ordre de marche et on aura les premières remontées du terrain.
A première vue et à ce stade, le PJD a de quoi s’inquiéter, car le projet semble crédible.