Régionalisation. Ilyas El Omari: “90% des décrets d’application sont inexistants“
Ilyas El Omari, président de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima (TTHA) et n°1 du principal parti d’opposition (PAM), a consacré, toute sa conférence de presse dédiée au bilan de sa première année d’exercice, à critiquer la tutelle et à défendre un bilan fait de subventions. Deux sujets n'ont néanmoins pas été évoqués : les incidents d’Al Hoceima et le futur du cannabis.
Ilyas El Omari a démarré sa conférence de presse, organisée le 10 janvier, par deux gestes politiques remarqués. Il a commencé par faire enlever le micro frappé du logo du PAM posé devant lui avant d'indiquer, au détour des premières phrases d’introduction, que “90% des décrets d’application de la loi sur la régionalisation sont inexistants, ils n’ont pas encore été publiés“.
On a presque semblé voir à ce moment-là le visage du ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad surgir sur le mur, fronçant les sourcils …
El Omari a poursuivi en soutenant que “la région a refusé de percevoir 4 MDH de revenus issus de la taxation des carrières car ce montant est faible et ridicule, et doit être revu“. El Omari a également critiqué le retard pris dans le transfert aux régions des pouvoirs en matière d’aménagement du territoire.
Beaucoup de subventions, peu de concertation
Si El Omari critique la mise en œuvre de la loi 111-14 qui porte sur “la régionalisation avancée“, des élus de la majorité critiquent eux le fonctionnement du conseil régional.
L’élu du RNI (majorité) Zinelabidine El Houssaini a signalé sur sa page Facebook ce 10 janvier qu’il a pu obtenir la veille une réponse du président de la région à une question écrite envoyée... le 25 août dernier. L’istiqlalien et premier vice-président Mohamed Saoud a dans un courrier adressé le 8 janvier à Ilyas El Omari, et dont Médias24 a obtenu copie, regretté l’absence de concertation entre les composantes de la majorité.
Durant une présentation qui aura duré près d’une heure et demie suivie d’une séance de questions-réponses de 45 minutes, El Omari a égrené les actions de sa région dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la lutte contre l’analphabétisme, du soutien au milieu associatif et du soutien aux étudiants.
Le bilan de l’action de la région TTAH se résume à l’usage d’une généreuse enveloppe des subventions attribuées aux associations ainsi qu’à un rôle d’appoint pour combler les déficits de l’Etat dans les secteurs de base: construction de salles de classe dans le primaire, embauche de personnel médical pour le milieu rural et mise en place d’un hôpital mobile pour le monde rural, soutien à l’université Abdelmalek Essaâdi où le nombre d’inscrits en droit est sept fois supérieur au nombre de places dans l'amphithéâtre.
El Omari a illustré et déploré les écarts sociaux au sein de la région. “Ce que vous voyez à Tanger, n’est pas ce que vous voyez à Al Hoceima ou dans la campagne“, a-t-il insisté.
De la “réparation“, pas de projection
Si, durant les 90 minutes de sa présentation, El Omari n’a pas abordé une seule fois le dossier d’Al Hoceima et la mort de Mohcine Fikri, la presse a soulevé le sujet. “J’ai écrit au Chef du gouvernement, au ministre de l’Intérieur et à ceux de la Justice et de la Pêche“, a-t-il révélé avant de poursuivre: “Benkirane m’a dit que je n’avais pas à lui écrire et les ministres de l’Intérieur et de la Justice m’ont dit que le dossier est devant la justice; ce qui signifie que je dois me taire si le dossier est devant la justice“.
Concernant les sujets d'Al Hoceima, du cannabis et du monde rural rifain, du futur du projet Lixus ou de celui des décharges de nombreuses agglomérations du nord dont celles catastrophiques de Tétouan et d’Asilah, Ilyas El Omari a donné davantage l’impression d’être pris par un job de “réparation et de secours“ que par une tâche de projection de la région vers l’avenir.