La Cour des comptes relève les insuffisances des stocks de sécurité en 2015 (blé, pétrole)
Les résultats d'une enquête de la Cour des comptes font état de plusieurs dysfonctionnements touchant les stocks de sécurité et les capacités de stockage des principaux produit pétroliers, les stocks de blé tendre ou encore le sucre. Les stocks de fuel présentent la situation la plus critique avec des niveaux ne dépassant pas cinq jours de couverture en 2015.
La Cour des comptes a publié, ce 10 janvier, son rapport de mission réalisée sur "les stocks de sécurité au Maroc" en 2015. Il porte sur les produits pétroliers, le blé tendre, le sucre, les médicaments et les produits sanguins, "principaux produits représentant un intérêt économique ou social majeur".
Les résultats dévoilés font état d'un "déficit structurel dans les stocks de sécurité et les capacités de stockage des principaux produit pétroliers", de la "dispersion des stocks de blé tendre", de "l'imprécision des obligations de stockage des produits médicaux", ou encore de l'insuffisance "des stocks des produits sanguins liée à la faiblesse des dons de sang".
Une situation corrélée à "l'absence d’un cadre global et cohérent, intégrant les différents intervenants dans le contrôle et le suivi des stocks de sécurité", à la "faiblesse du suivi et du contrôle et non-application des sanctions prévues" mais aussi à la "non-évolution de la réglementation".
Pétrole: La Samir y est pour quelque chose
La situation des stocks des produits pétroliers en 2015 a été particulièrement inquiétante. En clair, fin 2015, le niveau des stocks était loin de celui prévu par la réglementation, qui est de 60 jours de consommation pour les produits raffinés chez les distributeurs. Or:
- Pour le gasoil, les stocks disponibles ne permettaient de couvrir qu'en moyenne 24,1 jours de consommation.
- Pour le butane, ces stocks ne couvraient que 27,5 jours de consommation.
- Quant au supercarburant, les stocks disponibles ne couvraient que 34,8 jours de consommation.
- Les stocks de fuel chez les distributeurs présentaient la situation la plus critique avec des niveaux ne dépassant pas cinq jours de couverture en 2015, sachant que ce produit est utilisé essentiellement dans la production de l’énergie électrique et dans certaines industries.
- Un écart également significatif était enregistré pour les stocks de carburéacteur (carburant des avions) qui ne présentaient que 19 jours de consommation.
De manière générale, les stocks atteignaient des niveaux critiques ne dépassant pas 10 jours de consommation durant certains mois.
- Concernant le pétrole brut, l’obligation réglementaire de détenir 30 jours de ventes par le raffineur n’était respectée qu’à moitié avec des stocks ne couvrant que 15,7 jours de ventes au mois de juillet 2015.
La situation des stocks de sécurité des produits pétroliers qui était déjà problématique avec un marché approvisionné à parts relativement égales par les importations de produits raffinés et de ceux produits par le raffineur local (La Samir), se trouvait plus risquée après l’arrêt de l’activité de ce dernier. En effet, depuis son arrêt, le marché national est entièrement approvisionné par l'importation de produits raffinés, ce qui accroit son exposition aux aléas du marché international, note le rapport.
Les stocks de blé tendre marqués par des fluctuations significatives
En 2015, le stock moyen de blé tendre "a été de 14,9 MQx pour un écrasement moyen mensuel (représentant la consommation de ce produit), de près de 4 MQx, ce qui offre une couverture de plus de 3,5 mois d’écrasement."
"Les stocks de blé tendre sont, généralement, marqués par des périodes de grand stockage coïncidant avec la période des récoltes et des périodes de chute des stocks durant les mois précédant la production nationale", constate la Cour des comptes, ajoutant que "des fluctuations significatives sont régulièrement enregistrées entre les mois de la même année." Par exemple, "le mois de décembre 2015 a enregistré un stock de 7,6 MQx couvrant moins de deux mois d’écrasement."
Concernant les modes de stockages, la Cour note une prépondérance des modes traditionnels, c'est-à-dire en magasin, avec 65% des capacités globales par rapport au stockage en silos. "Ce dernier étant plus moderne et offre un stockage de meilleure qualité et permet un suivi plus facile et précis ", indique-t-elle.
En 2015, les stocks de sucre dépassaient l'obligation de stockage
La situation des stocks de sécurité en sucre montre que les disponibilités chez l’opérateur dépassent en général l’obligation de stockage qui est d'un mois. En 2015, le stock disponible a dépassé, en moyenne, deux mois de consommation.
En cours d’année, le niveau des stocks connaissait toutefois "des fluctuations significatives avec des périodes de fortes réserves correspondant, en général, à la période estivale et une phase de faibles réserves coïncidant avec la période hivernale et s’étalant jusqu’au début du printemps", indique la Cour.
De même, les importations ont représenté, en moyenne, environ 66 % sur la période 2013-2015. Une situation qui marque, selon la Cour des comptes, "une dépendance du marché extérieur du sucre". Cela implique "une exposition significative aux problèmes potentiels d’approvisionnement en ce produit sur le marché international et aux fluctuations de ses cours."