La guerre des communiqués entre le PJD et le RNI accroît l'attentisme
Les tractations pour la constitution du nouveau gouvernement butaient sur des désaccords de fond. Maintenant, il y a également des problèmes de forme. Le PJD a dégainé jeudi soir, et depuis, c'est un échange nourri entre les deux partis.
A son arrivée ce samedi 7 janvier à la réunion des élus du PJD à Maâmora, Abdelilah Benkirane a déclaré qu’il attendait encore la réponse promise par Aziz Akhannouch suite à leur rencontre du mercredi 4 janvier.
“Je ne réponds pas aux communiqués, j’attends la réponse directe“, a déclaré Benkirane.
Il reproche à Akhannouch de ne pas avoir répondu au bout de 48H comme il s’y était engagé. Akhannouch avait en effet déclaré à la presse, mercredi à sa sortie de la rencontre avec Benkirane: “Nous y verrons plus clair dans 48H“.
Au lieu de cela, Akhannouch a diffusé vendredi après-midi, un communiqué dans lequel il déclare avoir pris connaissance des positions exprimées par l’UC et l’USFP et que des rencontres allaient avoir lieu entre différents partis. En d’autres termes, avec l’UC, l’USFP et le MP.
Dans son allocution devant ses élus, Benkirane est allé plus loin: “Akhannouch doit me répondre pour son parti, pas pour les autres“.
Akhannouch lui a répondu par le biais du nouveau directeur du RNI, le député Mustapha Baitas qui a diffusé un communiqué en trois points:
-Benkirane ne peut pas reprocher au RNI de répondre par un communiqué car c’est ce qu’il fait lui-même depuis le début des tractations.
-Le lendemain de la rencontre Akhannouch-Benkirane, le chef du PJD a réuni son secrétariat général et a annoncé par communiqué, la reconduction de la majorité sortante sans même attendre le retour d’Akhannouch. En d’autres termes, il a fermé toutes portes de négociation.
-Il n’y aura pas de rencontre Benkirane-Akhannouch avant que ce dernier ne rencontre les autres partis.
Mardi prochain, nous serons le 10 janvier 2017, les tractations boucleront leur troisième mois.
Dans ce théâtre politique, le Maroc devient presque un décor d’arrière-plan: la lutte contre le chômage, le dossier du Sahara (Union Africaine, ONU), les relations avec l’UE, les réformes économiques et sociales,… Tout cela est relégué à plus tard.
Au cours de ces trois mois, Benkirane a changé plusieurs fois de posture. Il a manié les communiqués, les fuites organisées, les ballons d’essai, les bouderies, les menaces de démission,… Et ce n’est pas fini, d’autres obstacles menacent l’aboutissement des négociations.
Maintenant, il y a les questions d'égo. Le ping pong reprend par déclarations interposées. Pour Benkirane, une négociation, c'est le prix fixe: "Voici mes conditions, c'est à prendre ou à laisser. Et si vous ne prenez pas, c'est que vous êtes contre la démocratie, contre les urnes et pour tout dire, vous n'êtes pas quelqu'un de bien".
Au mieux, et à ce rythme, ce n’est pas une question de jours mais de semaines ou de mois. Et si le gouvernement était constitué, il ne sera pas aisé de surmonter la méfiance qui s’est désormais installée.
Dans les milieux économiques, l’impatience est perceptible. Le Maroc peut-il se permettre de perdre encore du temps?