Agresseurs, souriez, vous êtes filmés!
Contrer les agresseurs en les filmant et en diffusant leurs photos sur la toile. Ce phénomène est de plus en plus fréquent. La police n'y est pas insensible, même si des dérives sont à noter.
Casablanca, le 5 décembre 2016. Il est presque dix heure du matin. Dans une petite ruelle du quartier Hay Salama (Moulay Rachid), deux individus se disputent violement un sac. L'un d'eux porte un sabre. C'est l'agresseur. Il assène à la victime des coups. Plusieurs dizaines de coups, dont certains visent la tête et le visage. La victime, un jeune homme, subit les coups, mais ne lâche pas son sac. Il lance des hurlement étouffés. Il appelle à l'aide.
De l'aide, il en aura. Une femme d'une soixantaine d'années intervient. Elle fait avec ce qu'elle a. Une babouche. Courageux, mais pas de quoi dissuader l'assaillant, qui poursuit son entreprise. La femme crie. Des jeunes du quartier ont entendu ces cris. Ils prennent l'agresseur d'assaut. Ce dernier abandonne le sac, lequel, visiblement, contenait de l'argent. Il rejoint un complice qui l'attendait sur une moto. Ils prennent la fuite.
C'était une agression. Une parmi d'autres. Elle est d'une violence inouïe, comme tant d'autres. Sauf que celle-ci a été filmée. La vidéo sera, une journée plus tard, visionnée des centaines de milliers de fois.
M. l'agresseur, souriez, vous êtes filmé! Votre visage va parcourir les réseaux sociaux, votre identité sera dévoilée en un temps record. La police vous arrêtera sans apparente difficulté, car une partie des investigations aura été entamée sur Facebook, où les photos de l'agresseur présumé circuleront, de partage en partage, jusqu'à l'ériger en personnage public. Avec toutefois des dérapages. Dans le cas d'espèce, les photos de l'intéressé le montrent au bord de la plage, près de la piscine, sa vie privée étalée au grand jour…
Le 6 décembre, la DGSN émet un communiqué. Elle y annonce que le suspect, un multirécidiviste de 27 ans, a été arrêté et placé en garde à vue. Son complice, le motocycliste, fait lui l'objet d'un avis de recherche. Le même communiqué ne manque pas de faire allusion à la vidéo.
Contrer le crime en le filmant, et en diffusant la vidéo sur Facebook, Tweeter, Youtube… Un coup de main inespéré à la police. Pour les réseaux sociaux, c'est une nouvelle démonstration de force.
De quoi donner des idées… En droit pénal, la preuve est libre. Enregistrer une scène d'agression peut - ce n'est pas systèmatique - constituer une preuve matérielle. Et la police réagit de plus en plus à ces vidéos. Même si la pratique peut donner lieu à des dérives. Cette source à la DGSN nous parle de vidéos anciennes, déterrées. D'autres vidéos remettent en scène des protagonistes qui ont déjà fait l'objet de condamnations.